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Données ouvertes et liées: le web comme base de données

Les données ouvertes et liées (linked open data) sont au cœur des grands projets numériques en culture et leur potentiel va bien au-delà de l’amélioration de la découvrabilité de contenus.

Un web plus intelligent

En 2001,  une décennie après avoir inventé une façon de partager des documents en réseau  (World Wide Web), Tim Berners-Lee propose de renforcer cet espace de collaboration en rendant des données plus facilement utilisables et interprétables par des machines.  Il décrit, dans un article, les objectifs et éléments du web sémantique.  Selon cette extension du web, des données qui sont structurées (par exemple, les métadonnées d’un catalogue de films) peuvent être partagées et réutilisées, indépendamment des enjeux d’interopérabilité technologiques, systémiques et même linguistiques.  D’abord, une mise en contexte sur cette évolution du web qui est également appelée « web de données ».

De stockage centralisé à diffusion décentralisée

La base de données n’est pas conçue pour être interopérable avec toutes les autres bases de données. C’est un mode de gestion centralisée qui date d’avant le web, ses standards et la décentralisation de l’information.  Chaque base de données a une structure et des identifiants qui lui sont spécifiques. De plus, les relations entre les données sont induites, c’est à dire qu’elles ne sont pas exprimées sous forme de données mais par la structure de la base.  Emmagasinées dans une base de données, elle sont donc inaccessibles et difficilement interprétables par des logiciels.  C’est pourquoi, pour que ces données puissent être réutilisées et reliées entre elles, il faut qu’elles soient ouvertes et liées.

Données ouvertes  pour être accessibles

La plupart des données ouvertes qui sont à notre disposition, au Québec et au Canada,  sont disponibles selon des licences qui spécifient les conditions de leur réutilisation. Cependant, celles-ci se trouvent dans des silos qui freinent leur exploitation. Il n’y a pas de structure, de métadonnées et de formats communs entre les jeux de données. Il est donc impossible, pour un agent automatisé, comme une application de recherche, de trouver, parmi les fichiers, les données qui fournissent l’information recherchée.  Il convient alors de les publier « dans le web » sous forme de données liées pour ne pas laisser d’autres sources d’information ou d’autres contenus culturels répondre aux intentions des internautes.

Données ouvertes et liées pour être référencées dans le web

Des données liées sont des données qui sont intelligibles dans un format compréhensible par des machines.  De manière similaire à une page web, on publie une donnée dans le web en lui donnant une adresse ou URI (Uniform Resource Identifier) selon le même protocole de transmission (HTTP). Grâce aux URI qui les identifient, les données ouvertes sont référencées sur le web.  À l’aide des ressources qui sont décrites par les URI, le web sémantique « met en place deux notions très importantes, soit (1) référer à des concepts (et non pas du texte) et (2) faire des liens entre ces concepts. »  Cette distinction entre les recherches navigationnelle (mots clés) et informationnelle (concepts) se trouve dans une très éclairante initiation au web sémantique rédigée par Caroline Barrière, chercheuse en traitement automatique des langues.

C’est en faisant des liens vers ces ressources , à partir de nos propres données, qui sont-elles-mêmes sous forme d’URI, que nous créons des réseaux de données. Ces réseaux permettent à notre culture d’être référencée, trouvée et réutilisée.  En voici un exemple:

Croiser Robert Lepage, François Dompierre et Dominique Michel à la Bibliothèque nationale de France

La mise « dans le web » des données de la Bibliothèque nationale de France a débuté en 2011. C’est un des projets de données ouvertes et liées qui sont soutenus par l’État français, conformément à la Feuille de route stratégique sur les métadonnées culturelles.

Auteurs liées à Laurie Anderson dans data.bnf.fr, les données ouvertes et liées des collections de la Bibliothèque nationale de France.
Auteurs liées à Laurie Anderson dans data.bnf.fr, les données ouvertes et liées des collections de la Bibliothèque nationale de France.

La version web sémantique de la Bibliothèque nationale de France fournit de l’information beaucoup plus utile qu’une liste de documents correspondant aux mots recherchés: un nouveau mode d’accès à la connaissance. Grâce à ses données ouvertes et liées, la BnF rend visible les relations entre des ressources, des personnes et des activités.

C’est ainsi  qu’une recherche sur la compositrice et plasticienne Laurie Anderson nous fait naviguer de la musique au cinéma, en passant par les arts de la scène. En suivant les liens des contributions communes avec d’autres auteurs, on croise Yves Jacques et Robert Lepage (La face cachée de la lune). Et chez Robert Lepage, on peut voir les liens pointant vers les oeuvres qui ont influencé sa création, croiser Denys Arcand et jeter un coup sur une partie de sa filmographie pour découvrir les oeuvres du compositeur François Dompierre et une partie de la carrière de l’actrice Dominique Michel.

Dommage qu’il y ait si peu d’images libres de droits pour mieux représenter les personnes et les créations qui font notre culture. Il faudrait prendre l’habitude de contribuer à Wikimedia Commons, la base de données multimédia à laquelle s’alimentent des projets comme celui de BnF.

Connaissance augmentée et distribuée

Nous pouvons accroître la découvrabilité de notre culture de façon pérenne et innovante. Il est également possible d’étendre la connaissance que nous avons de nos propres ressources en liant nos données entre elles. Nous pourrions alors l’enrichir par des liens vers d’autres sources de données ouvertes et liées qui contiennent de l’information à propos de notre culture et de notre patrimoine, comme BnF, Digital Public Library of  America, MusicBrainz ou VIAF.

Ce ne sont pas les moyens qui manquent pour commencer à expérimenter de nouvelles manières de valoriser des données culturelles.  Un de ces moyens est, par exemple,  le téléversement des données dans Wikidata.

Mais, face à la complexité des enjeux techniques des métadonnées (pour preuve: cette typologie des métadonnées pour le patrimoine culturel), il manque une vision d’ensemble des parcours possibles.  Pour cela, il faut rassembler les compétences informationnelles et technologiques nécessaires pour aider des organismes ou des initiatives collectives à faire des choix afin de démarrer des projets rapidement.

Pourrait-on rêver d’un regroupement interdisciplinaire sur les données ouvertes et liées pour accompagner les démarches et projets dans le secteur culturel ?

Données liées et recommandation

I want AI-driven products to come with questions, suggestions or answers I wouldn’t have thought of.

Design Principles for AI-driven UX, Joël Van Bodegraven

Vers le métaweb. Matrice du niveau de connectivité sociale et informationnelle de Nova Spivack

Le web sémantique est cette évolution du web dont une des formes est l’utilisation d’un modèles de données structurées par des moteurs de recherche comme Google. Faire des relations sémantiques entre des données, à l’aide de métadonnées, facilite le raisonnement automatisé sur des inférences. Le web sémantique favorise la découvrabilité, mais permet surtout de repousser les limites que sont nos modèles de pensée et nos systèmes actuels.

Il est essentiel d’améliorer nos systèmes d’information et nos processus et d’adopter les meilleures pratiques du web des données  (diapos à visionner absolument) pour produire des données facilement exploitables.

Données structurées, données ouvertes et liées: est-ce la même chose ?

Données structurées et données ouvertes et liées sont des expressions dont l’usage indifférencié peut nuire à la prise de décisions qui ont une grande importance pour la réussite d’un projet dans le domaine culturel. Par données structurées , on fait ici référence à la technique d’indexation préconisée par Google (structured data). Ces expressions désignent deux manières différentes de travailler dans le web des données. Ce billet concerne les modèles de données et outils proposés afin de documenter des ressources pour les moteurs de recherche.

Un autre billet abordera les avantages spécifiques des données ouvertes et liées.

Guide des données structurées de Google pour documenter des livres.
Guide des données structurées de Google pour documenter des livres.

Google et le web sémantique

En 2013, Google effectue un des plus importants changements sur son algorithme de recherche en plus d’une décennie.

Baptisée Hummingbird , la nouvelle mouture s’appuie sur le sens et le contexte plutôt que sur la pondération de mots clés. Elle fait également appel à un savoir encyclopédique qui est organisé comme un graphe de connaissances et qui est constitué en grande partie à partir de Freebase, une base de données structurées collaborative, acquise par Google. Cette masse de données, appelée Knowledge Graph, permet de à l’algorithme de classer l’information et, de ce fait, de savoir à quelles autres informations elle est liée. C’est une logique similaire à celle de Wikipédia, où chaque article comporte plusieurs liens internes et externes.

La nouvelle version de l’algorithme peut donc effectuer des recherches en mode « conversationnel » (Où faire réparer mon téléphone?) et, surtout, améliorer les résultats de recherche grâce aux concepts du web sémantique: des métadonnées qui donnent le sens des données et qui permettent de faire des liens qui produisent de l’information. En comprenant le sens et le contexte de la demande, il devient possible, pour le moteur de recherche, de mieux interpréter l’intention de l’individu qui la transmet.

De la liste de pages web aux résultats enrichis

Depuis, la recherche de (méta)données qui font du sens prend progressivement le pas sur la recherche de mots clés. C’est une transition que l’on peut très facilement constater sur nos écrans mobiles. Nous passons donc d’une liste de pages qui comportent les mots clés recherchés à une agrégation d’informations qui résulte de liens entre des données structurées.

Il y a toujours une recherche de pages, mais ce sont les données qui décrivent des « ressources » (personnes, choses, concepts) qui sont désormais importantes. Au web documentaire, celui où l’information est présentée métaphoriquement en pages, s’ajoute le web des données, celui où toute connaissance est de la donnée qui peut être collectée et traitée par des machines. Celles des moteurs de recherche et celles de toute entité qui souhaite s’en servir pour développer un service ou un produit qui aurait de la valeur.

Schema: représentation pour moteurs de recherche

Les données structurées sont exprimées selon un modèle de métadonnées qui a été conçu par un regroupement de moteurs de recherche (Google, Bing, Yahoo! et le russe, Yandex). Ces données sont publiées dans le code HTML des pages où sont présentées les ressources qu’elles décrivent. Ces données sont publiques, mais pas ouvertes. Mais ce sont cependant des données liées puisque le modèle Schema permet de produire des triplets (symphonie pour un homme seul (sujet) – est de type (prédicat)- électroacoustique (objet)). Quelques exemples sont présentés dans un billet précédent l’usage de données structurées par Google. Le rôle des données structurées et des liens vers Wikipédia est expliqué plus en détail dans un guide sur la documentation des contenus produit pour le Fonds indépendant de production, avec la collaboration de TV5.ca et l’appui de la SODEC.

Apprendre à documenter: une étape nécessaire

Alors, documenter une ressource à l’aide de données structurées, en intégrant celles-ci dans la page web de la ressource, est-ce « travailler pour Google » ?

Oui, bien sûr. Mais, ce n’est qu’un premier pas dans l’apprentissage pratique du rôle clé des données dans une économie numérique. Mais s’en tenir à cette étape, c’est conformer notre représentation de la culture à un modèle de représentation et à des impératifs d’affaires qui sont hors de notre contrôle et qui ne répondent à des impératifs économiques qui avantagent la plateforme.

Ne pas dépendre d’entreprises qui se placent au-dessus des lois et des États est un des enjeux qui motivent des gouvernements et des institutions à soutenir, par des politiques et des programmes de financement, des projets basés sur les principes et les technologies du web sémantique qu’ils peuvent contrôler. Nous verrons, dans un prochain billet, les opportunités qu’offrent ces technologies pour l’innovation et la promotion de la culture.

Trois enjeux communs pour les métadonnées en culture

Voici trois enjeux dont il faudrait discuter, de façon prioritaire, au sein des organismes, institutions, entreprises et regroupements associatifs afin de tracer des itinéraires et des destinations dans une problématique dense et complexe.
Chasse aux trésors

1. Mise à niveau de nos systèmes d’information

La problématique des métadonnées, dans le domaine culturel, prend sa source en amont des processus de gestion de l’information, soit lors de la saisie des données dans un un système ou un logiciel qui n’a pas été conçu pour générer des métadonnées interopérables. Il est également plus facile  de convaincre des gestionnaires d’investir dans  un nouveau site web que dans un modèle de métadonnées  normalisées et interopérables pour lequel il est difficile de fixer des indicateurs de rendement.

Qualité des données

Plus de 60% du temps de travail des experts  des données est consacré au nettoyage  et à l’organisation des données. Il est possible de produire des données qui soient exploitables, plus facilement et à moindre coût, en  mettant en application des principes de qualité inspirés, par exemple, de ceux qui guident la production de données ouvertes et liées pour l’Union européenne.

De la base de données au web de données

Au web des documents, s’est ajouté celui des données. Nous nous éveillons lentement à des modes de représentation et d’exploitation de l’information qui ne font plus référence à des pages, mais à des connaissances et à des ressources.

Dans le web, un contenu c’est de la donnée. Si les pages web s’adressant à des humains demeurent toujours utiles, ce sont les données décrivant des ressources (modèle Schema ou triplets du web sémantique) qui permettent à certaines technologies de classer et de relier l’information obtenue afin de nous fournir des réponses et, surtout, des suggestions.

Indexation de contenu et normalisation de données

Bien que des termes comme « métadonnées » et, même « web sémantique », se retrouvent désormais au programme de nombreux événements professionnels, au Québec et au Canada, trop rares sont les initiatives et projets où il est fait appel à  des équipes pluridisciplinaires comme cela se fait au sein de gouvernements, d’institutions ou d’initiatives collectives, en Europe et aux États-Unis.

Est-il possible de réaliser des projets d’une complexité et d’une envergure que l’on peine à mesurer en dehors du cadre habituel d’un projet de développement technologique ?  On peut en douter. Nous manquons de compétences en ce qui concerne la représentation de l’information sous  forme de données liées, ainsi que sur les principes et méthodes de la documentation de ressources.  Comment pourrions-nous, alors, atteindre des objectifs qui permettraient de tirer tous les avantages possibles des données qui décrivent nos contenus culturels ?

Plus concrètement, comment pourrions-nous entreprendre les démarches nécessaires à la réalisation  d’objectifs similaires à ceux du projet DOREMUS  qui  réunit Radio France, Philharmonie de Paris et Bibliothèque nationale de France ?

«Permettre aux institutions culturelles, aux éditeurs
et distributeurs, aux communautés de passionnés
de disposer :

  • de modèles de connaissance communs (ontologies)
  • de référentiels partagés et multilingues
  • de méthodes pour publier, partager, connecter, contextualiser, enrichir les catalogues d’œuvres et d’événements musicaux dans le web de données

Construire et valider les outils pédagogiques qui permettront le déploiement des standards, référentiels et technologies dans les institutions culturelles

Construire un outil d’assistance à la sélection d’œuvres
musicales.»

Il serait temps de moderniser les programmes  de formation  universitaire en bibliothéconomie et sciences de l’information et en technologies de l’information et d’encourager des intersections. Sans quoi, nous ne disposerons pas suffisamment de ressources compétentes pour passer du web des documents au web des données.

2. Décentralisation de la production de métadonnées

Les initiatives qui présentent le plus grand potentiel pour le développement de compétences  en matière de  production et réutilisation de données sont celles où les organismes sont appelés à participer activement à l’élaboration de leurs modèles de données, aux décisions en ce qui a trait à l’utilisation des données et à la conception de produits ou services. C’est par la pratique que les gestionnaires et entrepreneurs sont sensibilisés à l’utilité et à la valeur des données qu’ils produisent et qu’ils collectent.

Comme le signale Fred Cavazza, dans un récent billet, il nous faut réduire la dette numérique avant d’entreprendre une véritable  transformation:

«Nommer un CDO, créer un incubateur, organiser un hackathon ou nouer un partenariat avec Google ou IBM ne vous aidera pas à vous transformer, au contraire, cela ne fera que reporter l’échéance. Il est donc essentiel de réduire la distance au numérique pour chaque collaborateur, et pas seulement les plus jeunes ou ceux qui sont directement impliqués dans un projet.»

À ce titre, externaliser l’indexation des ressources culturelles (production de métadonnées) ne saurait être considéré comme un choix stratégique dans une économie numérique puisqu’il éloigne les acteurs du traitement des données et les confine à des rôles de clients ou d’utilisateurs, sans opportunités d’apprentissage pratique. En effet, se pencher  sur l’amélioration  et la valorisation de données descriptives et de données d’usage est le meilleur moyen de développer une culture de la donnée et d’acquérir les connaissances qui permettent de transformer des pratiques et de se réinventer. En plus de responsabiliser les organismes et entreprises et d’assurer la découvrabilité numérique de leurs ressources,  la décentralisation de la production de métadonnées renforce la résilience de l’écosystème; chacun des acteurs devenant un foyer potentiel de partage de connaissances et d’expérience.

3. Reconnaissance de la diversité des modèles de représentation

La centralisation de la production de métadonnées favorise généralement l’adoption d’un  seul modèle de représentation des ressources, au détriment de la diversité des missions, des cultures,  et des pratiques. Dans le domaine du patrimoine culturel, par exemple, il existe près d’une centaine de modèles de description différents. Tous ne conviennent pas à la production de données ouvertes et liées, mais il demeure que cette diversité des modèles est essentielle car elle répond à des besoins et contextes d’utilisation spécifiques.

C’est dans le même esprit, qui a permis au web de devenir ce qu’il est (voir « small pieces loosely joined » de David Weinberger, un des penseurs du web), qu’il faut s’entendre sur des principes  et des éléments permettant de faire des relations entre différents modèles de métadonnées.  Cette démarche comporte des enjeux de nature conceptuelle, technologique, voire même économiques et de politiques publiques. Face à un tel niveau de complexité,  nous ne devrions pas tarder à rassembler, autour de ces enjeux, des spécialistes  du développement d’ontologies et des questions d’interopérabilité des métadonnées.

*

Ce ne sont pas de nouveaux portails, plateformes et applications qui nous permettront de ne pas dépendre totalement d’entreprises se plaçant au-dessus des États eux-mêmes. Une « solution technologique » aussi extraordinaire soit-t-elle, ne remplace pas une vision et des stratégies. Surtout lorsque les modèles économiques, dont nous tentons d’imiter les interfaces sans en maîtriser le fonctionnement, reposent sur l’exploitation de données par des algorithmes et des technologies d’intelligence artificielle.

Découvrabilité et métadonnées: nous sommes nuls en documentation de contenu

La documentation des contenus devient un enjeu prioritaire quand des moteurs de recherche deviennent moteurs de réponses et de suggestions. Surtout dans le domaine des arts et de la culture.  Curieusement,  nombreuses sont les initiatives qui font dans le dilettantisme en matière d’information numérisée. Car le problème est bien d’ordre documentaire.  Petite mise en perspective à la lumière de l’actualité.

Comment nettoyer les écuries d'Augias par Christian Fauré
Comment nettoyer les écuries d’Augias, par Christian Fauré (via Gautier Poupeau, lespetitescases.net)

« From search to suggest» (Eric Schmidt, Google)

Les ventes d’enceintes acoustiques intelligentes (smart speakers) dépassent celles d’autres équipements électroniques  comme les casques de réalité  virtuelle ou les vêtements  connectés. Les grandes plateformes et leurs partenaires (de nombreux manufacturiers d’enceintes acoustiques) se livrent à une concurrence effrénée, enchaînant les itérations afin de lancer et tester de nouveaux modèles.

/…/ smart speakers have become the fastest growing consumer technology in recent times, surpassing market share gains of AR, VR and even wearables.
Smart speakers are now the fastest-growing consumer technology

Depuis peu, certains constatent que ce sont des applications et des algorithmes qui nous pointent ce que nous devrions voir ou écouter.

/…/ how consumer power can meaningfully express itself within the “Suggest” paradigm, if consumer power will continue to exist at all. If the Amazon Echo, Google Home, or whatever else that comes down the pike becomes the primary way of consuming podcasts, the radio, or music, what does the user pathway of selecting what to listen look like? How are those user journeys structured, how can they be designed to push you in certain ways? (The “Power of the Default,” by the way, is a very real thing.) How would discovery work? Which is to say, how does the market look like? Where and how does the consumer make choices? What would choice even mean?
If podcasts and radio move to smart speakers, who will be directing us what to listen to?

C’est un constat que partagent plusieurs observateurs des changements qui sont à l’oeuvre dans le web , notamment chez ceux dont la puissance s’est établie sur l’indexation et le classement de l’information. Laurent Frisch, directeur du numérique de Radio France, est l’un de ces observateurs.

Dans tous les cas, la problématique des assistants vocaux est de passer d’un monde où on pouvait faire des recherches mises en ordre par des algorithmes, nous laissant le choix de cliquer sur le résultat de notre choix, à un monde dans lequel les besoins seront anticipés avec la proposition d’une réponse unique. Il faut donc que lorsque nous avons la bonne réponse, nous puissions être trouvés et écoutés au bon moment. C’est très compliqué, c’est nouveau pour tout le monde. Les radios ont un atout : elles partent avec un temps d’avance puisqu’elles ont une matière première. Par contre, ça ne veut pas dire que ce sera automatique. Il y aura des challenges, notamment pour réussir à être des réponses pour ces assistants vocaux.
La radio en 2018 vue par Laurent Frisch

Penser/Classer (George Perec)

Nous avons un problème: nous avons abandonné l’indexation et le classement de nos ressources à des bases de données qui ne sont pas conçues pour être interopérables avec d’autres systèmes et à des spécialistes des technologies qui n’ont ni les compétences en documentation, ni les connaissances du domaine (ontologies, taxonomie).

Nous avons cessé d’investir temps et ressources dans la documentation de nos contenus lorsque la micro informatique est entrée dans nos organisations. Nous nous sommes fiés à des structures proposées par des programmeurs guidés par leurs propres objectifs et compréhension pour créer des métadonnées et des systèmes de classement. Ces systèmes nous interdisent toute visibilité sur nos contenus, collections et répertoires et toute possibilité de lier nos données aux autres données mondiales afin que nos contenus demeurent pertinents et génèrent de  la connaissance.

Les enjeux de la découvrabilité, les métadonnées propriétaires et non standards,  ainsi que la faible qualité des données sont avant tout un problème documentaire du à l’ignorance ou au rejet de méthodes et normes qui, pourtant, existent et évoluent. Ce problème ne pourra être  résolu que si nos stratégies numériques, ainsi que nos institutions d’enseignement,  passent d’une vision technocentriste à une vision systémique du numérique.  Concrètement, cela implique l’ajout de la littératie de l’information (de quoi est faite l’information numérisée et comment circule-t-elle) aux programmes de formation, l’adoption de normes pour l’acquisition et le développement d’applications et l’inclusion des compétences en sciences de l’information à toute démarche autour des données.

Comme l’a si clairement expliqué Fabienne Cabado , directrice générale du Regroupement québécois de la danse, dans un récent billet, c’est notre modèle de pensée et nos réflexes qu’il faut changer.

/…/le virage numérique ne consiste pas à numériser nos archives ni à produire les plateformes les plus grandioses, mais plutôt à transformer nos manières de regarder le monde, de le penser, de le construire et d’y évoluer. Ils l’ont dit et répété: l’innovation réside avant tout dans l’adoption d’une pensée systémique.
Perspectives numériques

En attendant  que nos leaders prennent la mesure du problème et apprennent à se servir d’autres solutions que celles auxquelles ils sont habitués, il est encourageant de constater le cheminement des idées et leur assimilation par les têtes pensantes du secteur culturel.

Culture et numérique : créer une nouvelle plateforme ou adapter le système ?

N’en déplaise à ceux et celles qui n’ont vu que dénigrement et manque d’ambition dans les réactions qui ont suivi la proposition d’Alexandre Taillefer (vidéo, 43:39 min.), celle-ci a favorisé des échanges révélateurs de la véritable nature de la transformation numérique à poursuivre. Proposer la création d’une nouvelle plateforme culturelle ne fait que remettre à plus tard les nécessaires adaptations qu’un système doit entreprendre pour durer et prospérer.

Frohawk Dodo

Face à complexité: la diversité des perspectives

La réaction de Sylvain Carle, exprimée à chaud lors de cette première édition du Forum Culture + Numérique, a été répercutée sur les médias sociaux.

Tellement pas d’accord avec la vison de plate-forme « du Québec pour le Québec » de @ataillefer. Un modèle anti-internet, anti-ouverture. #fcn

— Sylvain Carle (@sylvain) 21 mars 2017

À  l’émission de radio La sphère, diffusée le samedi suivant l’événement, Martin Lessard en a fait le sujet de sa chronique. Même les médias grands publics ont repris ce qui semblait une polémique, mais qui pourrait être le début d’échanges qui n’ont jamais eu lieu de façon ouverte et avec toutes les parties concernées.

Il y aurait pourtant lieu de faire converger les différentes lectures des causes et des symptômes du malaise croissant qui afflige plus spécifiquement les domaines des arts et de la culture dans le contexte de la transformation numérique. Ces quelques publications témoignent de la diversité des perspectives et des approches proposées pour une même problématique. Cette diversité constitue, selon moi, notre meilleure outil pour faire face à la complexité des changements qui se manifestent différemment et à divers niveaux dans des systèmes qui sont tous interdépendants.

Voici quelques perspectives qui sont toutes pertinentes et guidées par la recherche de solutions:

Le grand défi n’est-il pas plutôt de faire se rencontrer ces ressources mutualisées et les usagers/consommateurs? ET si au contraire, Taillefer et toi étiez du même combat?

Ce que je vois, c’est que vous êtes sans doute du même combat, mais à deux bouts du spectre. Toi, du côté de la ressource, du produit, de l’œuvre, et la mise en place des infrastructures qui faciliterait leur découvrabilité. Mais comme tu dis : « l’offre culturelle est abondante et que notre attention, elle, est limitée. » Et le problème est tout là. Cet aspect manque à ton équation. Non seulement notre attention est limitée, mais elle est dirigée, elle est détournée… par ces grandes plateformes. Taillefer, quant à lui, avec sa proposition, ne s’occupe que de l’usager; il aimerait créer un canal pour attirer l’usager et faire pointer son « attention » ailleurs, sur d’autres produits, d’autres biens et services. Locaux, ceux-là.

Et si finalement ces deux bouts du spectre devaient travailler ensemble, travailler soutenir la visibilité des ressources et des produits, mais aussi sur cette attention dispersée des usagers ?

Mais d’accord, il faut oublier la plateforme.

  • Suzanne Lortie, professeure à l’École des médias de l’UQAM, a commenté, comme suit, un article sur Facebook:

C’est ça, je crois, qui motive Alexandre Taillefer. Et c’est bien parfait.

« What Amazon Prime is selling most of all is time. Every executive I spoke to, when asked about how it all fits together, cites this desire to get you whatever you want in the shortest window possible. Stephenie Landry, the Amazon vice president who launched Prime Now in 2014 and has overseen its expansion into 49 cities in seven countries, explains that her business merely has to answer two questions: “Do you have what I want, and can you get it to me when I need it?” The rest of the customer experience is built around answering both questions in the affirmative. »
Why Amazon Is The World’s Most Innovative Company Of 2017

Et dans ses interventions qui émaillaient le fil des commentaires, elle a évoqué le modèle de rémunération du risque dans le cadre d’investissements publics; un modèle dont l’inadéquation affecte plus spécifiquement les nouveaux produits culturels.

 » si la discussion porte en même temps sur la reconfiguration des marges des détaillants et la mutualisation de la logistique, il faut donc commencer par le commencement pour les produits culturels: revoir les notions de pari passu, les piscines qui se remplissent consécutivement. »

Les systèmes grâce auxquels nos contenus culturels et artistiques sont produits et diffusés doivent s’adapter au contexte numérique pour y jouer un rôle plus proactif. N’y a-t-il pas là  des discussions qui sont trop souvent éludées, mais qu’il faudrait avoir le courage d’accueillir ?

Politique culturelle en crise ?

Certains états d’Asie ont, dès le début du 21ième siècle et alors que se développaient de nouveaux modèles économiques, pris des mesures visant à protéger leur culture et leurs productions. La culture a été intégrée à la politique industrielle de la Corée afin de préserver son identité culturelle et de favoriser ses productions au sein des marchés national et international. Protectionnisme ? Peut-être, mais il s’agissait avant tout de rechercher un équilibre entre  productions culturelles nationales et étrangères auprès des consommateurs.

Même si la présence, dans une même phrase, des mots « culture » et « économie » soulève la méfiance de plusieurs, il faut lire les publications résultant d’ateliers menés par des universitaires en économie, arts, culture et communication à propos des échecs des économies créatives et du recadrage des politiques culturelles. Selon un des auteurs, une économie de la culture devrait avoir pour éléments clés des politiques industrielle, des médias, de la ville, des arts, des artistes et autres travailleurs culturels, ainsi que de la culture et du développement durable. Selon lui, une politique industrielle, adaptée aux spécificités du domaine culturel, ne devrait plus être uniquement une stratégie de production, mais tenir compte de l’ensemble de l’écosystème, ce qui inclut la consommation (ou l’audience).

 » if we do introduce the question of cultural value into industrial policy then this cannot be simply a strategy for production – as Nicholas Garnham saw long ago. The market, the audience, the public and how they consume, access, participate, judge, learn, share and adapt has to be an essential part of an ‘industrial’ strategy. Production and consumption have to be seen as a whole in terms of cultural as well as economic value. »
After the Creative Industries: Cultural Policy in Crisis

Nous avons eu des consultations sur le renouvellement de la politique culturelle et sur la stratégie numérique du Québec, mais rarement abordons-nous les enjeux socio-économiques auxquels nous faisons face autrement que par le biais d’initiatives aux objectifs bien spécifiques et, conséquemment, aux impacts limités. En investissant nos efforts sur la création de nouveaux éléments plutôt que d’adapter nos systèmes, ne rendons-nous pas nos industries culturelles  encore plus vulnérables aux contraintes externes ?

Pour aller plus loin: Antifragile: Things that gain from disorder, de Nassim Nicholas Taleb.

Déclaration des communs numériques pour un Québec postindustriel

Il n’est pas minuit moins cinq, nous avons dépassé minuit. C’est fait !
/…/ Nous allons vivre dans un monde postaméricain, postInternet, post néolibéral et postmoderne, Michel Cartier

Société post-industrielle et ses modèles, par Michel Cartier, Le 21e sicèle

Dans Le 21e siècle, Michel Cartier réalise une extraordinaire synthèse des mutations que nous traversons, Bien plus qu’une révolution technologique, c’est un véritable changement de société qui s’est amorcé. Et il se fera avec ou contre nous.

C’est dans cette perspective que près d’une vingtaine d’associations, collectifs, entreprises et organismes sans but lucratif, qui jouent un rôle actif dans l’écosystème numérique québécois, s’unissent pour signer une Déclaration des communs numériques dans le cadre du processus de consultation de la Stratégie numérique du Québec.

La Déclaration affirme l’urgence de remettre le numérique au service de l’humain, de ses capacités fondamentales et des biens communs afin d’améliorer la vie des gens et de soutenir une démocratie plus inclusive.

Démarche de cocréation et processus itératif

FACIL et les collaborateurs du Café des savoirs libres se sont proposés d’inviter divers associations, collectifs, entreprises et organismes sans but lucratif à participer à la cocréation d’une déclaration commune plutôt que de contribuer individuellement à la consultation gouvernementale. Le 12 novembre 2016, lors d’une première rencontre, à Montréal, à la bibliothèque Mordecai Richler, les participants se sont entendus sur des principes généraux plutôt que sur des moyens, afin de rassembler des signataires partageant les mêmes préoccupations. La démarche se veut itérative et ouverte aux regroupements et associations qui se reconnaîtront dans cette déclaration ou qui souhaiteraient s’en inspirer pour élaborer leur propre document.

Les signataires de la Déclaration croient :

  • Que le gouvernement doit s’assurer que  les citoyen.ne.s et les membres de la société civile soient davantage engagé.e.s dans l’élaboration de cette Stratégie du numérique qui a des implications dans la fabrique de leur vie aujourd’hui et demain;
  • Que le gouvernement se doit d’être exemplaire en s’engageant à amorcer en son sein les changements organisationnels et culturels requis afin de moderniser l’État, de s’ouvrir à la démocratie participative et d’améliorer les services aux citoyens (dépoussiérons le rapport Gouverner ensemble, présenté en 2012 par Henri-François Gautrin , alors député de Verdun et leader parlementaire adjoint du gouvernement);
  • Que de nombreuses voix n’auront pas eu les moyens et les capacités d’être entendues et
  • Que des questions fondamentales n’auront pas été posées et discutées à travers la méthode de consultation actuelle.

La Déclaration soulève certaines d’entre elles.
Lire la Déclaration des communs numériques (PDF, 56 Ko)

Web des données: les connexions qui transforment

Web des données depuis 4 ans (2010).

Comme il est possible de le constater en effectuant une recherche avec Google, le web se transforme progressivement et, avec lui, les systèmes d’information.

Nous passons de bases données qui sont conçues pour retrouver une information à des données ouvertes et liées qui, publiées dans le web, permettent à des machines d’établir des connexions et de générer, par inférence, une information qui ne se trouve pas dans notre base de données.

Sélection de lectures parmi mes signets les plus récents sur Diigo:

Connexion

Le web a été conçu pour être exploré par des humains et par des machines. Pour les modèles d’affaires numériques, la découverte de ce que nous ignorions a beaucoup plus de valeur que la recherche de choses que nous connaissons.  C’est, notamment, pour cette raison que les géants du numériques investissent dans les technologies du web sémantique (ou web des données) car elles permettent de représenter les connexions possibles entre différents éléments d’information.

“The value that I see going forward is the linking part of the data environment,” Wiggins added. “You start searching at one point, but you may be linked to things you didn’t know existed because of how another institution has listed it. This new system will show the relationship there. That’s going to be the piece that makes this transformative. It is the linking that is going to be the transformative.”

Searching for Lost Knowledge in the Age of Intelligent Machines – As search engines are radically reinvented, computers and people are becoming partners in exploration.

Curation de données

Nouvelle compétence clé: la curation de données, à la quelle on ajoutera le nécessaire esprit critique qui ne peut être remplacé par les algorithmes.

Avec tous les algorithmes statistiques et tous les outils d’analyse automatique de données (« big data analytics ») du monde, nous aurons encore besoin d’hypothèses causales, de théories et de systèmes de catégorisation pour soutenir ces théories. Les corrélations statistiques peuvent suggérer des hypothèses causales mais elles ne les remplacent pas. Car nous voulons non seulement prédire le comportement de phénomènes complexes, mais aussi les comprendre et agir sur la base de cette compréhension. Or l’action efficace suppose une saisie des causes réelles et non seulement la perception de corrélations. Sans les intuitions et les théories dérivées de notre connaissance personnelle d’un domaine, les outils d’analyse automatique de données ne seront pas utilisés à bon escient. Poser de bonnes questions aux données n’est pas une entreprise triviale !

La litéracie en curation de données

Médiation

Comment éveiller des décideurs aux changements radicaux qui sont annoncés partout, mais qui ne s’expérimentent pas dans le quotidien puisqu’il se transforme de façon beaucoup plus lente et progressive ?

In addition to the artworks and product demos, there are video infographics explaining what companies can and are doing with your data right now, whether it’s credit score calculation, email metadata analysis, or how your wifi-enabled smartphone is basically always snitching on you.

Once you’re thoroughly alarmed by the reality of what we have given up in freedom for the conveniences wrought by our ad-driven world, the team has helpfully created a Data Detox Bar where you can learn about reasserting control over your network existence and limiting your exposure. And the entire exhibit is staffed with all white-wearing “Ingeniouses” who will answer questions or just provide a shoulder to scream into after discovering that there is no such thing as “anonymized data.”

For the truly curious, of which I am one, there are workshops and presentations that provide an even deeper look into the gaping maw of our networked world.

Go to The Glass Room. If Black Mirror Had a Showroom, This Would Be It

Stratégie numérique pour le Québec: sur les modèles d’une nouvelle économie

Site de la consultation sur la stratégie numérique, Ministère de l'Économie, de la Science et de l''Innovation, Québec.

Mes contributions, dans le cadre de la consultation sur la stratégie numérique du Ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation du Québec. Celles-ci témoignent de ma perspective, qui est essentiellement orientée vers les sciences de l’information. Et c’est d’une pluralité de regards et d’expertises sur les enjeux des transformations en cours dont nos dirigeants ont besoin.

C’est malheureusement, pour ceux et celles qui souhaiteraient offrir autre chose qu’une liste de souhaits, une démarche qui appartient plus à la réalisation d’une étude de marché qu’à un processus structuré d’écoute pour enrichir une réflexion (décision?) gouvernementale. Voici mes contributions fournies en quatre temps, compte tenu de l’espace accordé, mais qui sont ici, allongées de quelques mots afin d’en préciser le sens.

Économie numérique 1/4 – Les modèles
Des modèles d’affaires centrés sur l’exploitation de l’information: la donnée a plus de valeur que le produit qu’elle décrit et l’exploitation de données est plus rentable que la production de ressources. Nous n’avons pas de culture de la donnée (absence de normalisation et d’interopérabilité des bases de données, au sein d’un même système d’information et entre organisations apparentées).

Économie numérique 2/4 – Les données
Les données de nos BD sont inexploitables dans le web (normalisation, interopérabilité, sémantique) parce que nous concevons des systèmes sans penser à générer de l’information pour qu’elle soit largement diffusée. Nous formons des professionnels compétents mais nous les confinons à la gestion de bibliothèques.

Économie numérique 3/4 – Les compétences
Nous sommes mal équipés pour comprendre et réagir rapidement aux changements en cours. Nous passons du web des documents au web des données. Nous risquons d’être mis hors jeu par des joueurs qui participent à l’élaboration des règles que nous ne maîtrisons pas, alors que nous focalisons sur le développement d’outils.

Économie numérique 4/4 – Le web des données
La capacité de découvrabilité de nos produits dépend de plateformes étrangères qui, elles, s’enrichissent avec l’exploitation des données que nous générons. Allons-nous continuer à soutenir le développement de silos de données ou apprendre les changements qui  sont à l’oeuvre dans le web  et à quoi servent des métadonnées?

Fablabs en bibliothèques: documenter une démarche de cocréation

Cartograhie collaborative des fablabs en bibliothèque.
Cartograhie collaborative des fablabs en bibliothèque à District 3, Université Concordia, Montréal, 23 septembre 2016.

Par leur mission, les bibliothèques contribuent au réseau des communs (voir la définition à la fin de ce billet), ces ressources partagées qui permettent à chacun de créer de la valeur. Comment peuvent-elles se transformer afin d’accompagner leurs différents publics pour qu’ils puissent développer leur potentiel créatif ?

Alors que ces lieux et la profession même de bibliothécaire se transforment, les fablabs, ces laboratoires de fabrication ouverts au public, deviennent des terrains d’expérimentation de choix pour actualiser la fonction de médiation. Mais comment mutualiser les apprentissages et connaissances pour permettre à d’autres bibliothèques et, par extension, de nombreux citoyens, de faire cette expérience ?  C’est sur ce sujet qu’une activité a été offerte dans le cadre de la Semaine québécoise de l’informatique libre (SQIL), en septembre dernier.

Proposée par le Café des savoirs libres (dernière mutation du collectif informel Bookcamp Montréal) et organisée par la Ville de Montréal (direction des bibliothèques publiques), cette activité réunissait des bibliothécaires et des représentants de fablabs québécois dont Monique Chartrand (Communautique).

Bibliothèques et fablabs: mode d’emploi des communs

Documenter une activité est une forme de reconnaissance offerte à ceux et celles qui ont donné de leur temps et partagé leurs connaissances. C’est également une information qui pourrait être partagée avec les citoyens qui sont concernés par ces services, ainsi qu’avec d’autres contributeurs potentiels.

Cahier des participants
Retour sur l’activité de cocréation: scénario, projets choisis, liste des participants, références utiles.

Cartographie collective des fablabs
État des lieux des fablabs en bibliothèques, au Québec: tableau  à compléter.

Projet de collaboration professionnelle
Le Wiki Fabs labs Québec fera une place spéciale aux bibliothèques. Ce projet a pour cofondateur Guillaume Coulombe, qui maîtrise le wiki sémantique et qui a également réalisé une encyclopédie du violon traditionnel québécois.

Documenter pour faciliter la réutilisation

Voilà qui mérite d’être souligné: un excellent travail de documentation d’une démarche de cocréation.  Une habitude à développer par tous les organisateurs d’activités participatives pour lesquelles on attend un résultat: cocréation, hackathon, maker space et même si ne n’est plus tendance, quelquechose-camp.  (si vous n’êtes pas familier avec ce vocabulaire, lire Viens dans mon tiers-lieu, j’organise un hackathon en open source).

Documenter le déroulement d’une activité (scénario), la contribution des participants, les enjeux et propositions formulés, ainsi que, le cas échéant, les engagements pris est un le meilleur moyen pour obtenir des résultats concrets. C’est un effort indispensable pour partager plus largement, mobiliser et, surtout, préparer le passage à l’action.

Les communs, qu’est-ce c’est ?

Valérie Peugeot, présidente de Vecam, une organisation qui milite pour une appropriation des pratiques numériques par les citoyens, explique très clairement, en deux minutes, ce que sont les communs dans cette vidéo. Madame Peugeot a également participé, en présentiel, à la conférence sur les communs numériques.