De façon générale, les initiatives visant à promouvoir une offre culturelle afin de favoriser sa « découvrabilité » concernent les moteurs de recherche comme Google ou des plateformes en ligne, existantes ou à concevoir. Ce sont cependant deux types de projets différents pour lesquels le type d’information à produire détermine des activités, compétences et ressources nécessaires différentes.
Google: rédiger et communiquer
Afin de fournir des réponses sous forme d’extraits, Google exploite le texte de pages HTML bien conçues et avec du bon contenu. Des données, même encodées sous forme de balises, n’ont pas les qualités d’interprétabilité et d’expressivité d’un texte. Ceci est d’autant plus important que, depuis plus d’une décennie, l’algorithme de Google est entré dans le domaine du langage humain. Alphabet, la compagnie propriétaire du moteur de recherche, expérimente Bard, une technologie similaire à ChatGPT.
Pour atteindre les objectifs d’une stratégie numérique, il y aurait donc intérêt à améliorer le contenu rédactionnel du site en tenant compte des intérêts des publics cibles et des principes d’optimisation. On ne répétera jamais assez que la connaissance du marché est la clé de la relation entre une offre culturelle et ses publics cibles.
Balises Schema.org et fonctionnalités de Google
Pour générer des aperçus détaillés liées à des offres culturelles, Google n’utilise que deux éléments du langage de balisage Schema.org: Book et Event.
La balise Book s’applique au livre, mais son usage est cependant limité aux fournisseurs proposant un large choix de livres. Cette préférence pour des intermédiaires commerciaux concerne aussi la deuxième balise, Event, qui décrit un événement. Il n’est généralement pas nécessaire de la produire car les données sont collectées auprès des billetteries et exploitées uniquement durant une courte période précédant la date du spectacle.
Un contenu rédactionnel riche et pérenne, sur un site bien conçu, est donc essentiel pour se démarquer et se positionner auprès de clientèles ciblées.
Plateformes: documenter et organiser
La production et l’utilisation de données et métadonnées convient à des projets qui ont pour objectif de faciliter la gestion et l’utilisation de l’information. En voici des exemples:
Ajouter des données dans Wikidata les rend découvrables et réutilisables sur cette plateforme. Celle-ci offre également la possibilité de partager et lier des données sans avoir à maîtriser l’architecture complexe du Web sémantique.
Des projets sont également réalisés en exploitant des données de Wikidata en complémentarité avec d’autres sources de données.
D’autres projets centrés sur les données concernent l’adoption d’un modèle de métadonnées pour des plateformes et des catalogues en ligne. Dans un domaine tel que la musique, par exemple, le référencement d’œuvres selon un modèle uniforme sert à harmoniser les données produites par différents acteurs de l’industrie utilisant les mêmes systèmes ou plateformes.
L’adoption de normes et de bonnes pratiques communes pour produire des données permet également d’optimiser des stratégies de promotion et de collecter de l’information plus précise sur la consommation.
On ne devrait cependant pas imposer un seul modèle de métadonnées pour tous les systèmes. Par exemple, une bibliothèque et une librairie ne décrivent pas un livre de la même façon en raison de leurs missions et activités spécifiques. De plus, un modèle est fait de choix et d’exclusions, ce qui soulève d’importants enjeux de diversité culturelle et de décolonisation.
Rédiger un texte ou produire des données?
La rédaction et les données répondent à des usages et des objectifs spécifiques. Un texte descriptif permet de communiquer de l’information de façon expressive, alors que des données permettent d’organiser et de réutiliser de l’information. Ces deux types de production numérique ne doivent pas être confondus :
- Rédaction – Par exemple, votre projet repose sur la transmission d’information rédigée à l’intention de vos publics sur un site web, un réseau social, un média numérique ou Wikipédia (dans le respect de ses principes fondateurs).
- Données et métadonnées – Par exemple, votre projet repose sur l’organisation, le tri et la représentation de l’information dans un catalogue en ligne, une base de données classique, des graphes de données liées avec les technologies du Web sémantique ou un projet comme Wikidata.
| Rédaction | (Méta)données |
|---|---|
| Attention d’une audience | Réutilisation de l’information |
| Récit, narration | Entités, éléments factuels |
| Composition éditoriale | Structure logique |
| Créativité, style, ton | Standardisation |
| Signification indépendante du contexte | Signification dépendante du contexte |
Un texte à propos d’une création musicale a un plus grand potentiel d’attention et de séduction que des données brutes, surtout pour une personne ne connaissant ni l’œuvre ni ses interprètes. Par conséquent, sur une page web, il aura beaucoup plus de valeur pour l’algorithme de Google, qui pourra l’analyser, le contextualiser et en utiliser les extraits répondant aux questions des utilisateurs.
Comme on l’a vu plus précédemment, les données jouent un rôle central dans une plateforme d’écoute en continu car elles permettent d’en enrichir les fonctionnalités (recherche, tri, recommandation, etc.). Elles ne jouent cependant pas celui d’une campagne de promotion.
En conclusion
Le problème de la découvrabilité, c’est de mettre la solution avant le diagnostic et la stratégie. C’est peut-être aussi, comme le dit Jean-Robert Bisaillon, le résultat du « récupérationnisme politique ». L’emballement qui pousse les individus et organisations à produire des données dans le but d’influencer les moteurs de recherche tient en effet du solutionnisme et nuit au développement d’expertise.
Il faut apprendre à la fois à rédiger pour des publics cibles et à prendre soin des données, là où elles sont utiles. Toute initiative de promotion d’offres culturelles doit reposer sur une réflexion stratégique et une méthodologie de projet spécifique. Également, il ne peut y avoir de progrès sans un suivi constant des technologies numériques que l’on envisage de mettre en œuvre afin de promouvoir l’accès à la connaissance et à la culture. Pour cela, il est nécessaire que les programmes de soutien prévoient des budgets et échéanciers conséquents.
Merci Josée pour cet article éclairant comme d’hab! Comment sommes-nous certains que Google n’utilise que les balises Schema Book et Event? Je proposais récemment aux gens de Culturepedia d’ajouter des données structurées sur les pages de leur série de balados sur la découvrabilité. Est-ce dire qu’il serait inutile de mettre des balises PodcastSeries et PodcastEpisode sur le site https://www.culturepedia.ca/le-balado/ ? Actuellement, si je te Google, tu n’apparais pas dans les 5 premières pages de résultats comme contributrice aux épisodes 5 et 6. Après, eh bien je ne sais pas… Au plaisir de te lire. JR
Bonjour Jean-Robert,
Je te remercie de commenter mon billet sur mon blogue plutôt que sur un réseau social. Un commentaire est un échange de connaissances et il est ici, pérenne. C’est aussi une façon de résister à la centralisation du Web.
Je commence par ta remarque sur les pages de résultats de Google. L’efficacité du référencement ne peut pas être mesurée par ce type de test. Les publications de Google contiennent fréquemment des avertissements à ce sujet: les résultats sont alignés sur le profil de la personne qui utilise l’application et il ne faut pas en tenir compte pour déterminer si un contenu atteint sa cible. Le profil personnel comprend des facteurs principaux comme la langue d’utilisation, la géolocalisation et les requêtes précédentes, l’historique de l’utilisation du moteur et de toutes les applications et destinations sur le Web visitées et utilisées. Le placement publicitaire, par achat de mots clés, peut cependant être mesuré parce qu’il s’agit d’un autre fonctionnement.
En passant, les principes fondamentaux de référencement et de rédaction ne sont pas appliqués dans les pages du site de Culturepedia. Notamment: un sujet important (une balado) = une page/URL, respect de la hiérarchie des titres et liens externes. C’est pour cette raison que je conseille de nous inspirer de Wikipédia pour améliorer la valeur informationnelle de nos sites (« Home of the entity »: autorité, expertise) et de ne pas nous satisfaire de la création d’un article sur l’encyclopédie dans l’espoir d’influencer un algorithme.
Concernant l’utilisation des balises Schema.org, Google fournit des consignes sur ce qu’il appelle données structurées (récupération d’une expression qui désigne des données dans un format normalisé, quel que soit le langage ou la BD). Les fonctionnalités que le moteur a développées servent principalement à l’affichage d’aperçus lorsque cela convient au type de requête et au profil utilisateur. La balise Schema « type », permet de catégoriser un élément du contenu d’une page (fil d’Ariane, média, offre, etc.). Ceci pourrait préciser le type d’offre, mais n’a pas d’effet déterminant sur l’algorithme si la page ne fournit pas de texte utile et original qui permet l’association avec la requête et le profil de l’utilisateur. Plus le sujet est bien développé et rédigé avec les mots qui touchent un public cible, plus il a des chances d’être utilisé par l’algorithme et, très bientôt, par un robot conversationnel. Une page web bourrée de balises et métadonnées, mais ne comportant qu’une information standardisée et peu susceptible de retenir de captiver une audience, a très peu de valeur pour une machine qui ne vise qu’à répondre aux intérêts de la personne qui l’utilise et non, à ceux des promoteurs d’offres.
Pour les balados: les trouverez-vous sur Google Podcasts? Pour les proposer, voir les prérequis. Certains groupes médias, comme BBC, se sont retirés de cette plateforme pour conserver le contrôle sur la promotion, la mise en contexte et la collecte de données.
Je ne prétends pas avoir de réponses définitives. Mais pour ne pas avancer dans le noir, le sujet des moteurs de recherche (ne pas oublier Bing) devrait mobiliser les spécialistes du référencement et de la recommandation, des sciences de l’information, de même que ceux des sciences cognitives.
Au plaisir d’une prochaine conversation, en personne ou sur écran,
Josée
Je comprends et partage en partie cette prudence face au techno-solutionnisme entourant la découvrabilité culturelle. En effet, la mise en valeur des catalogues, les stratégies éditoriales, les outils de recherche, le marketing numérique et l’expérience utilisateur demeurent des éléments fondamentaux pour favoriser la découverte réelle des contenus culturels.
Toutefois, il est également important de reconnaître que les enjeux d’interopérabilité des données et de normalisation sont aujourd’hui incontournables dans des environnements numériques mondiaux dominés par les plateformes et les systèmes algorithmiques.
Les normes internationales comme ISO, ISNI, ISAN, EIDR, ISRC ou ISWC, ainsi que les protocoles d’échange de données comme DDEX dans l’industrie musicale, jouent désormais un rôle stratégique essentiel afin de structurer, relier, authentifier et rendre exploitables des corpus culturels de très grande ampleur.
Ces infrastructures de données ne constituent évidemment pas, à elles seules, une solution magique à la découvrabilité. Cependant, elles permettent de créer les fondations nécessaires à des mesures fiables, auditables et interopérables des contenus culturels dans des environnements numériques extrêmement complexes.
Les études de cas et les preuves de concept réalisées dans différents contextes réglementaires démontrent d’ailleurs qu’il devient possible d’analyser et de mesurer de très vastes corpus audio et audiovisuels avec des niveaux de robustesse de plus en plus élevés. Le parcours du CRTC sur les enjeux de découvrabilité et de mesure des contenus culturels francophones fut certes long, parfois sinueux et fortement politisé, mais plusieurs résultats obtenus demeurent néanmoins très concluants sur les plans méthodologique, scientifique et possiblement réglementaire.
Avant même de réfléchir à diverses solutions technologiques ou d’investir massivement dans des initiatives numériques dont les impacts demeurent difficiles à mesurer, il devient donc essentiel d’établir d’abord un diagnostic rigoureux de la situation : comprendre les comportements des publics, les limites des plateformes, la qualité des métadonnées disponibles, les capacités de normalisation, ainsi que les mécanismes réels de circulation et de recommandation des contenus.
Sans cette lecture préalable de l’écosystème numérique, il devient difficile d’évaluer objectivement l’efficacité réelle des stratégies de découvrabilité qui seront mises en œuvre. La plus grande force de l’industrie culturelle numérique réside justement dans le fait qu’une grande partie de ses mécanismes peut être mesurée efficacement. Le véritable problème ne réside donc pas dans les possibilités qu’offre la science des données, mais bien dans la résistance et le refus systématique de certaines plateformes de se soumettre aux lois et aux cadres réglementaires de notre nation.
Bonjour Denis,
Toutes mes excuses pour la publication tardive de votre commentaire, très apprécié, n’en doutez pas. En ce qui concerne les projets de données, nous sommes sommes sur la même longueur d’onde ; ) Cependant, il faut bien prendre garde à ne pas reporter sur l’ensemble des secteurs culturels et artistiques les stratégies et moyens mis en œuvre pour les modèles industriels particuliers qui sont ceux des enregistrements musicaux et audiovisuels. Si la découverte et la consommation de ces derniers se fait en majeure partie sur des plateformes (par abonnement ou non), il n’en n’est pas de même pour d’autres types de productions comme les arts visuels et la danse. D’où la nécessité –et là encore nous sommes d’accord– de faire une lecture approfondie de l’écosystème numérique. Car ce dernier est composé d’une diversité d’espaces numériques aux codes et usages différents de ceux des plateformes de données. La découverte étant encore majoritairement sociale (https://statistique.quebec.ca/fr/document/decouverte-produits-culturels-numerique), ne serait-il pas indispensable de maîtriser et coordonner les moyens appropriés selon les publics et objectifs visés?