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De données structurées à contenu structuré

Extraits de sites web qui répondent à des questions, sur Google.
Variabilité des textes extraits du site web en fonction de l’interprétation de l’intention de la recherche.

Je le répète: il faut retomber en amour avec nos sites web. Nous devons réinvestir le domaine du langage sur ces espaces numériques privilégiés que sont nos sites web.

L’hypertexte en réseau

Le World Wide Web dont c’est aujourd’hui l’anniversaire,  est cette application de l’Internet qui permet de relier des éléments d’information pour former un hypertexte. Nos site web sont des espaces numériques privilégiés parce des standards universels et libres nous offrent la possibilité de publier et partager des contenus, indépendamment des règles des plateformes commerciales et sociales. Sur nos sites web, nous détenons un contrôle stratégique: décider de la façon de documenter une chose et faire des liens qui la place dans un écosystème de connaissances.

Afin de réduire l’angle mort de la promotion de la culture sur le Web, nous pourrions beaucoup mieux documenter nos offres sans nécessairement plonger dans des domaines de connaissances complexes.

Le Web des moteurs de recherche

De quelles machines est-il question ici? Il s’agit des moteurs de recherche qui indexent les pages web, ce qui exclut les plateformes pour lesquelles il faut ouvrir une session (Spotify, Netflix, les réseaux sociaux). À celles-ci, on peut ajouter le Web sémantique qui est une extension du Web permettant de relier des données.  Ce sont des espaces numériques différents et qui font appel à des structures, règles et technologies spécifiques. Le Web des moteurs de recherche est celui des contenus accessibles, repérables et interopérables.

Wikidata permet de valider l’identification d’entités spécifiques et de fournir de l’information factuelle, comme une date de naissance. Cependant, c’est le contenu d’un site web qui contient le texte de la réponse à une question. Les moteurs de recherche analysent et évaluent, à présent, le texte des pages web afin d’en interpréter le sens avec certitude.

Rédiger pour des moteurs plus intelligents

L’information collectée sur les sites est mise en relation avec un système d’organisation de la connaissance qui permet de mieux interpréter une chose et d’enrichir la « compréhension » qu’a une machine de cette chose:

  • Interprétation: de quoi est-il question?
  • Classification: de quel type de chose s’agit-il?
  • Contexte: à quels autres types de choses/personnes est-ce relié?

Il faut lire l’article ci-dessous pour constater la rapidité du développement des systèmes d’analyse du langage (ce à quoi servent les graphes de connaissance). Cette évolution est en marche, que ce soit chez Google ou tout autre entreprise tirant profit de l’extraction de l’information.

It is clear that Google is moving rapidly toward a quasi-human understanding of the world and all its algorithms will increasingly rely on its understanding of entities and its confidence in its understanding.

▣ Jason Barnard. « Tracking Google Knowledge Graph Algorithm Updates & Volatility ». Search Engine Journal, 11 mars 2021.

Nous devons prioriser l’amélioration de nos sites web afin de nous rendre plus intelligibles, comme personne physique ou morale. Ceci permet de résister à une centralisation de l’information qui aplanit la diversité des expressions et des perspectives et de relier les acteurs de nos écosystèmes sans l’intervention d’algorithmes.

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Alors, quelle serait la valeur informationnelle de votre site selon votre moteur de recherche favori?

L’angle mort de la promotion de l’offre culturelle sur le Web

Planche dPlanche de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert: taille de la plume pour l’écriture. Morburre, [CC BY-SA 3.0], Wikimedia Commonse l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert: Taille de la plume pour l’écriture.
Planche de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert: taille de la plume pour l’écriture. Morburre, [CC BY-SA 3.0], Wikimedia Commons
L’angle mort de la promotion de l’offre culturelle dans un monde numérique est la faible valeur informative de nos sites web.  Quand une œuvre est mieux documentée dans une brochure que sur le site de son auteur, il est clair que les sciences du langage et de l’information n’ont pas été prises en compte dans sa conception.

Or, ce ne sont plus les balises Schema.org insérées dans le code ni les articles de Wikipédia qui facilitent le travail des moteurs de recherche  en les rendant intelligents. C’est, à présent, le traitement automatique du langage naturel. Celui-ci permet aux algorithmes d’évaluer l’information présente sur une page web et lisible par les humains.

Plus l’information offerte par le texte est riche et contextualisée par des liens vers d’autres pages web, plus elle a de valeur pour nous et, par conséquent, pour les moteurs de recherche dont l’objectif est de nous offrir les meilleurs résultats possibles.

Un travail de spécialistes

Après quelques années d’accompagnement d’entrepreneurs culturels, je peux affirmer que rares sont les non-initiés sachant manier avec aisance des notions et des mécanismes qui demeurent complexes, même pour des spécialistes du Web. Ce billet sur les définitions divergentes de ce qu’est une ontologie permet de mesurer le défi d’établir une compréhension commune et claire d’une notion pourtant fondamentale des systèmes documentaires. Et pour celles et ceux qui persévèrent, les concepts et pratiques nouvellement acquis sont trop éloignés de leurs activités pour qu’ils soient en mesure de les intégrer aux opérations et de se livrer à la veille technique qui s’impose en permanence.

Structurer de l’information pour une variété d’usages et de systèmes, c’est un travail de spécialistes. Le rôle de créateurs de contenu consiste à documenter cette information et à raconter comment elle s’insère dans notre monde.  Ils peuvent se faire aider afin de produire l’information répondant le mieux aux intérêts des publics cibles et de fournir des liens nécessaires aux humains et aux machines pour apporter du contexte, favorisant ainsi la découverte.

Voici les étapes qu’il faudrait suivre afin d’améliorer la valeur informative de la page web consacrée à une offre culturelle:

1- Stratégie: quelle information, à quels publics, pour quels résultats

Mieux un contenu est documenté, plus il est susceptible de pouvoir réponse à une question. Il est donc important de baser la conception du contenu d’une page sur une solide connaissance des publics cibles. D’où la nécessité d’une stratégie et d’une concertation entre les producteurs, diffuseurs et toutes autres parties concernées. Toutefois, l’élaboration d’une stratégie de ce type requiert une formation préalable mobilisant divers spécialistes.

2- Documentation: les choses et les relations entre ces choses

L’adaptation de nos contenus culturels à l’environnement numérique commence par l’écriture. Tous les éditeurs de sites web doivent à présent mieux organiser et documenter leurs contenus pour les rendre plus repérables. Pour Google, « documenter » signifie: bien décrire un contenu et fournir du contexte en faisant des liens entre des concepts. Plus la documentation est exhaustive et clairement libellée, plus elle a de la valeur pour les utilisateurs — et plus la page web de l’offre culturelle devient une source d’information de qualité.

3- Balises: signaler certains types de contenus

Certains types de contenus — comme les vidéos, par exemple — peuvent apparaître sous forme d’extraits, dans la liste de résultats de Google (résultats enrichis). L’utilisation de balises permettant de catégoriser des contenus n’est donc pertinente que pour un petit nombre d’offres. Les modèles descriptifs recommandés sont ceux qui concernent les projets de développement des services du moteur de recherche.  De plus, les consignes à suivre évoluent en fonction du résultat des expérimentations et de l’avancement du traitement automatique du langage.

Nous devons, alors, éviter de développer des fonctionnalités qui deviennent rapidement obsolètes ou, pire, qui réduisent notre capacité d’innovation en l’encadrant dans la logique d’affaires d’une plateforme. Il faut donc que nous demeurions  extrêmement vigilants afin que nos projets nous apportent une réelle valeur et ne tombent pas dans le solutionnisme technologique.

4- Wikipédia: création d’article utile, mais non essentielle

Wikipédia facilite l’identification d’un concept ou objet spécifique, mais ce sont les pages web qui sont les sources primaires pour Google. Contrairement à la croyance courante, la production d’une fiche de réponse (appelée « knowledge panel ») résulte du traitement du contenu provenant de différentes pages web. Celles-ci sont qualifiées par le moteur de recherche pour l’information qu’elles offrent. En analysant certains brevets déposés par Google, on peut déduire que son utilisation de l’encyclopédie n’est ni constante, ni déterminante. Créer un article Wikipédia n’est donc pas une activité essentielle dans un plan de découvrabilité, même si cela peut accroître la notoriété d’un sujet lorsqu’il contient des connaissances utiles et des liens vers d’autres articles.

L’écriture: une « solution » à la portée de tous!

Adapter nos contenus culturels à l’environnement numérique commence donc par une technique millénaire: l’écriture. Nous pourrions beaucoup mieux documenter nos offres culturelles sur nos sites web sans nécessairement plonger dans des domaines de connaissance complexes. Il suffit d’apprendre à décrire des choses et les relations entre ces choses pour des systèmes qui, eux-même, apprennent à lire afin de fournir la meilleure information à leurs utilisateurs.  Bref, avant de se lancer dans la modélisation de données ou le web sémantique, il serait temps de revenir aux stratégies de communication, ainsi qu’aux bonnes pratiques de rédaction web.

Deux leviers à ajouter au rapport de la mission franco-québécoise sur la découvrabilité

Leviers de la découvrabilité des contenus culturels francophones (source: MCCQ).
Rapport franco-québécois sur la découvrabilité en ligne des contenus culturels francophones.

Le rapport sur la découvrabilité en ligne des contenus culturels francophones résulte d’une mission conjointe des ministères de la Culture du Québec et de la France. Il dresse un bon état des lieux d’un ensemble de phénomènes et d’actions, sans égarer le lecteur dans les détails techniques. Un excellent exercice de synthèse, donc, réalisé par Danielle Desjardins, auteure de plusieurs rapports pour le secteur culturel et collaboratrice du site de veille du Fonds des médias du Canada.

Cependant, dans le schéma des 12 leviers à activer pour une meilleure découvrabilité des contenus culturels francophones (voir plus haut), il manque à mon avis deux éléments essentiels:

  • Est-ce aux acteurs culturels que revient la charge de rendre l’information concernant leurs créations ou leurs offres numériquement opérationnelle?
  • Quel espace numérique offre les meilleures conditions de repérabilité, d’accessibilité et d’interopérabilité de l’information ?

Premier levier: mises à niveau des métiers du Web

Il est important de sensibiliser les acteurs culturels à l’adoption de pratiques documentaires telles que l’indexation de ressources en ligne. Ceci dit, la mise en application des principes, ainsi que le choix de modèles de représentation de contenus en ligne, sont des compétences qui ne s’acquièrent pas comme on apprend à se servir d’un logiciel. On ne peut pas attendre de toute personne et organisation du secteur culturel de tels efforts d’apprentissage. D’autant plus que la production de l’information pour le numérique fait appel à des méthodes et savoirs relevant des domaines du langage et de la représentation des connaissances autant que des technologies numériques.

Si les données structurées sont perçues comme des solutions pouvant accroître la visibilité d’offres culturelles sur nos écrans, elles appartiennent à des domaines de pratiques pas suffisamment maîtrisés au sein des métiers du Web. C’est pourtant bien vers des spécialistes en développement, intégration, référencement et optimisation que se tournent les acteurs culturels cherchant à rendre le contenu de leurs sites web plus interprétable par des machines. Or, à ma connaissance, il n’existe actuellement pas de formation et de plan de travail tenant compte de l’interdépendance des volets sémantiques, technologiques et stratégiques du web des données.

Il devient de plus en plus impératif d’identifier les connaissances à développer ou à approfondir chez les divers spécialistes contribuant à la conception de sites web aux contenus plus repérables. Il serait également souhaitable de soutenir un réseau de veille interdisciplinaire ayant pour objectif de contextualiser et d’analyser l’évolution de l’écosystème numérique.

Exemple: dans la foulée d’une étape importante de ses capacités d’interprétation (traitement automatique du langage), Google a mis à jour, cet été, ses directives d’évaluation de la qualité de l’information. Il va sans dire que c’est important.

Deuxième levier: modernisation des sites web

Dans le Web des moteurs de recherche intelligents, la reconnaissance des entités passe par l’indexation de pages web et l’analyse des contenus. Les sites web devraient donc être des sources d’information de première qualité, tant pour les internautes que pour les moteurs de recherche.

Est-il normal de ne pas trouver toute l’information, riche et détaillée, sur le site de référence d’une entreprise culturelle? Pour le bénéfice des projets numériques, il est vital de concevoir des contenus pertinents pour les machines, lesquelles évaluent à présent la qualité des sources d’information afin de générer la meilleure réponse à retourner à l’utilisateur.

Pour une productrice ou un artiste, il est beaucoup plus stratégique de faire de son site web une source primaire, en attribuant une page spécifique à la description de chaque œuvre, que de créer un article sur Wikipédia. Rappelons que Wikipédia n’est pas une source primaire pour les moteurs de recherche. De plus, l’usage du vocabulaire (Schema.org) ne leur fournit qu’un signal faible sur la nature d’une offre.

Un savoir commun, entre information et informatique

L’adaptation des contenus culturels à l’environnement numérique repose, avant tout, sur de meilleurs sites web. Ces espaces offrent les conditions optimales d’autonomie, repérabilité, accessibilité et interopérabilité. Leur modernisation requiert des acteurs clés, que sont les spécialistes du Web, une mise à niveau rapide de leurs connaissances et de leurs pratiques.

Finalement, afin d’opérer cette mise à niveau et de développer ces savoirs communs, il faut bien entendu insister sur l’interdisciplinarité entre les métiers du web et, notamment, le domaine des sciences de l’information.