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Comment faire un plan de « découvrabilité » pour des résultats mesurables

« La grande absente de la plupart des initiatives numériques, c’est la stratégie. »
Photo: Kelly Sikkema via Unsplash

Depuis peu, en culture, on retrouve un volet « découvrabilité » dans la plupart des appels à projets. S’agit-il d’une application technologique, de techniques de référencement ou d’une campagne de promotion numérique?  L’absence d’explications concrètes et de description des compétences requises met les  demandeurs (ainsi que les bailleurs de fonds!) dans une situation où ils ne disposent pas des guides nécessaires pour savoir ce qu’il faut faire, ni quels résultats escompter.

Un  projet dans un projet

Assurer la repérabilité d’une nouvelle création ou d’une nouvelle offre est un projet à part entière, avec ses ressources, ses objectifs et ses réalisations. Il ne s’agit pas de mettre en commun ce que chacun aura produit de son côté, mais de produire des contributions s’alimentant les unes des autres. C’est pourquoi, dans nos velléités de transformation numérique, le travail en silo est un frein à la réussite de nos projets.

Les mots qui font des connexions

C’est l’information fournie à propos des choses qui est repérable — pas les choses en elles-mêmes. Cette distinction est extrêmement importante puisque c’est le choix des éléments descriptifs qui retient l’attention d’audiences cibles et qui permet aux moteurs de recherche de connecter des offres à des intentions et des profils d’utilisateurs.

Sous le couvert nébuleux de la découvrabilité, il existe en réalité des pratiques et des standards permettant de structurer l’information pour le Web afin d’en assurer la repérabilité, l’accessibilité et l’interopérabilité.

Google ne parle pas web sémantique

Représenter des connaissances avec les technologies du web sémantique (URI, RDF…) et structurer de l’information pour des moteurs de recherche sont des projets différents qui n’ont pas les mêmes finalités.

Si votre objectif est de faire découvrir votre offre culturelle en vous servant, entre autres, des moteurs de recherche pour générer des visites, des visionnements ou des achats, le web sémantique ne vous sera d’aucune utilité!

Google n’exploite que le langage de balisage Schema.org

Pas de « découvrabilité » sans stratégie

La grande lacune de la plupart des plans de découvrabilité est l’absence ou la faiblesse de la stratégie comment pousser les bons contenus aux bons publics, sur les bons canaux, pour atteindre des objectifs mesurables. Or, ce travail est essentiel à plusieurs titres:

1 – Connaître les publics et fixer des objectifs

À quels besoins et à quels publics votre offre est-elle susceptible de répondre? Les objectifs à atteindre doivent être déterminés en fonction des intérêts et comportements de ces publics cibles ainsi que de leurs possibles relations à l’offre.

2 – Différencier votre offre

Le vocabulaire Schema.org permet de fournir une description détaillée d’une offre culturelle. Google n’en utilise cependant que certains éléments. Baliser une offre de spectacle n’est pas suffisant pour permettre à celle-ci de se différencier de milliers d’autres offres. La connaissance des publics fournit les éléments d’information et le vocabulaire pouvant aider les moteurs de recherche à faire des connexions entre les intentions et profils des utilisateurs et les offres disponibles.

3 – Faire travailler des spécialistes ensemble

Les balises et le référencement par mots clés sont des outils complémentaires s’appuyant sur la stratégie de promotion. Accroître la découverte commence par la présentation de l’offre sur le site web . Ceci a pour but de faciliter le travail des moteurs de recherche et d’améliorer l’expérience de l’utilisateur avec leur interfaces.

4 – Relier les acteurs de l’écosystème

Si un site web est absolument essentiel et stratégique, d’autres présences numériques contribuent au rayonnement d’une offre. Une bonne stratégie met donc à contribution les acteurs de l’écosystème en identifiant des points d’entrée (réseau social, vidéo, site partenaire, etc.) et en multipliant ainsi les parcours de découverte.

5 – Ne pas compter uniquement sur Google

En se contentant de produire des métadonnées sous forme de balises Schema.org, on se conforme aux modèles et directives qui répondent avant tout aux objectifs d’affaires d’un géant du numérique. Bien que le balisage d’offres pour les moteurs de recherche fasse partie des bonnes pratiques web, Google ne garantit aucun résultat (longue lecture, mais excellent billet).

6 – Mesurer l’atteinte des objectifs

Finalement, la découverte d’offres culturelles sur un moteur de recherche est difficilement mesurable. Elle dépend de plusieurs facteurs extrêmement variables, comme le profil, l’intention présumée par l’algorithme et les usages antérieurs de chaque utilisateur. Ce sont donc les objectifs et indicateurs de mesure ayant été déterminés dans le plan stratégique qui permettront d’évaluer la réussite de celui-ci.

Utiliser des métadonnées sans tomber dans le solutionnisme

Ce ne sont pas les métadonnées qui produisent des résultats, mais les moyens déterminés par la stratégie. Il faut donc proposer des initiatives plus marquantes pour la diffusion et l’appréciation de nos offres culturelles. Par exemple, renouveler l’expérience de recherche sur un site en présentant l’information sous forme de fiches, de façon similaire à Google, mais selon d’autres règles que la popularité et la similarité.

Il n’existe pas de recette. Chaque projet étant unique, il doit se différencier pour se démarquer, et ce grâce au choix des canaux, plateformes, mots, images et liens adressés aux bons publics.

Surtout, il ne faut pas se contenter d’appliquer les consignes de Google. On doit également chercher à comprendre l’interaction complexe des systèmes et identifier les éléments stratégiques que nous pouvons contrôler.

Enfin, nous ne pouvons pas encourager le milieu culturel à se conformer à un système dont nous ne comprenons pas le fonctionnement et dénoncer, dans le même temps, la domination et l’opacité des GAFAM. Cette contradiction en dit long sur les connaissances qu’il nous reste à acquérir…

Faire parler les images: repérabilité et interopérabilité des métadonnées

Indexation participative d'une photographie.
Indexation participative d’une photographie. Photogestion [CC BY-SA 4.0], Wikimedia Commons
Je mentionnais dans un précédent billet sur le rayonnement des offres  culturelles  que « des images qui parlent et font du lien » facilitent le travail des moteurs de recherche.

Les images sont des éléments d’information et des données. Elles améliorent le repérage d’entités (personnes, organisations, œuvres, lieux, événements) dans des pages web. Elles contribuent au développement de nouveaux parcours de découverte. À titre d’exemple, nous pouvons mentionner le moteur de recherche Google Images (créé en juillet 2001) et Wikimedia Commons où sont déposées un nombre grandissant d’images, dont celles de galeries d’art, pour en favoriser la réutilisation.

Voici deux annonces récentes qui devraient sensibiliser les éditeurs de sites web et professionnels du numérique à l’importance de documenter les images et/ou d’adopter de meilleurs pratiques.

IIIF (International Image Interoperability Framework)

D’abord, le mois dernier, IIIF annonçait que l’annotation des images s’étend désormais aux images des contenus audio et images en mouvement (vidéo, film). De plus, lIIF rend son modèle compatible avec l’écosystème des données liées en passant du modèle Open Annotation aux standards du Web (W3C Web Annotations) et en facilitant l’usage du langage JSON-LD pour exprimer les données. IIIF est un format de transmission de données: il ne permet pas de gérer des collections.

A critical element of this release is the ability to move beyond static digital images to present and annotate audio and moving images. This is done by adding duration to the existing IIIF canvas model, which also features x and y coordinates as means of selecting and annotating regions. Now, images and video can be juxtaposed using open source software viewers — allowing the public to view time-based media in open source media players, and allowing researchers to use open assets to create new tools and works including critical editions, annotated oral histories, musical works with thematic markup, and more.

IIIF Announces Final Release of 3.0 Specifications

Google Images

Cette semaine, Google dévoilait une nouvelle fonctionnalité qui permet de spécifier les informations relatives à la licence d’utilisation d’une image: licence payante, Creative Commons. Cette fonctionnalité permet d’utiliser le langage de balisage Schema.org (appelé « données structurées » par la plateforme) ou les métadonnées IPTC qui sont incrustées dans les fichiers des photos numériques.

L’un des moyens permettant d’indiquer à Google qu’une image peut être concédée sous licence consiste à ajouter des champs de données structurées. Ces données structurées représentent un format normalisé permettant de fournir des informations sur une page et de classer son contenu.

Licence d’image dans Google Images (BÊTA)

 

Découvrabilité = Repérabilité + Accessibilité + Interopérabilité

Standards W3C: repérabilité, accessibilité, interopérabilité

Traditionnellement, des réponses sont retrouvées à partir d’une collection de documents ou d’un graphe de connaissances.
(«Traditionally, answers have been retrieved from a collection of documents or a knowledge graph», Google AI Blog)

Traditionnellement

Ce mot est ici associé à «graphe de connaissances»: une technologie et des pratiques documentaires que nous ne maîtrisons pas. Cette association, signale l’ampleur de l’écart entre notre conception des systèmes d’information, qui a peu évolué depuis l’invention des bases de données (pré Web), et le développement de graphes de données interconnectables (entité-relation) permettant, depuis plusieurs années déjà de raisonner sur des connaissances.

Découvrabilité

Je préfère ne plus employer le terme « découvrabilité » car il porte l’illusion de pouvoir pousser des contenus sur les écrans des utilisateurs, comme à l’époque d’avant Internet. Cet espoir, qui façonne la plupart de nos projets connectés, est probablement la source de leur plus grande faiblesse.

Afin de faire évoluer nos usages du Web, il faut que nos initiatives numériques aient d’autres objectifs, plus concrets et vérifiables, que la découvrabilité. Ce mot trahit notre incapacité à faire évoluer notre compréhension du Web face à des entreprises qui se sont constituées en misant sur ses possibilités ultimes.

S’agit-il d’une caractéristique de l’information ou d’une activité de promotion? « Découvrabilité » est un néologisme dont nous n’arrivons pas à rapporter le sens à un savoir commun. Et pour cause: chaque spécialiste ou consultant l’adapte à ses compétences et à sa capacité d’intervention. L’absence de définition commune et précise ne facilite donc pas la convergence des initiatives numériques.

Je crois que nous aurions intérêt à remplacer ce concept flou par trois objectifs concrets pour lesquels il existe des connaissances formalisées et des outils pratiques: repérabilité, accessibilité et interopérabilité.

Repérabilité

Information documentée de façon à pouvoir être identifiée et localisée le plus aisément possible (architecture du site web, taxonomie, métadonnées). Synonyme: trouvabilité.

Accessibilité

L’information se trouve dans le Web et est accessible tant aux humains (contenu ouvert) qu’aux machines et algorithmes (indexation par les moteurs de recherche). L’accessibilité du web, qui vise initialement à permettre aux personnes handicapées d’accéder aux contenus et services web, est l’une des composantes de l’accessibilité numérique.

Interopérabilité

L’information est exprimée selon les standards universels, libres et ouverts d’accessibilité et de lisibilité pour les humains et les machines (protocole de communication HTTP, adressage URL, langage HTML). Voir ses enjeux, principes et typologies présentés dans Wikipedia.

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Le Web est la seule plateforme permettant de publier de l’information de façon repérable, accessible et interopérable par qui ou quoi que ce soit. C’est pour cette raison que l’amélioration de la découverte d’offres et de contenus, dans un monde numérique, dépend de la structure de l’information publiée sur les sites web.

Dans le prochain billet, nous verrons pourquoi il faut revoir la façon dont nous concevons nos sites web et ce que tous devraient savoir pour adopter de nouvelles bonnes pratiques.