Et si nous retombions en amour avec nos sites web?

William Moore de la réserve de Mattagami, Ontario, réparant un filet.
John Macfie, 1958, Archives publiques de l’Ontario sur Flickr.

Pourquoi l’évolution de nos sites web s’est-elle arrêtée au document numérique alors que chez des entreprises, comme Amazon ou Spotify, elle se concrétise par le déploiement de plateformes de données?

Les interactions que nous pouvions organiser sur nos domaines se sont atrophiées car nous avons laissé aux algorithmes le soin de faire des liens de proximité, de sens, de popularité ou autres. Ces liens qui favorisent la découverte et le rayonnement, nous ne les contrôlons pas.

Décloisonner les parcours de formation

Est-ce faute de ne pas avoir adapté, en les décloisonnant, des formations comme l’informatique, la communication et les sciences de l’information à la complexité de nouvelles pratiques? Dans le Web, les logiques technologiques, informationnelles et industrielles s’entrecroisent à présent pour former un nouveau champ de connaissances pour lequel il n’existe pas encore de savoir commun.

Entrer dans le domaine du langage

Ou, encore, est-ce faute de n’avoir pas réalisé que la donnée relève  beaucoup plus du langage et de la pensée que du calcul et de la technologie?

Les concepts et particularités propres aux différents domaines de l’activité humaine ne sont pas aisément traduisibles dans la pensée mathématique des machines. L’information n’est plus uniquement un enjeu d’ingénierie, une chose à stocker, à transformer et à faire circuler. Dans le Web, elle relève du domaine du langage, décrivant des choses et des relations entre ces choses. Cette perspective, pourtant essentielle à l’ère de l’intelligence artificielle, est pratiquement absente des méthodes courantes de conception.

S’affranchir du document

Ou, tout simplement, est-ce parce que des solutions d’utilisation facile et très souvent gratuites nous ont été offertes? Avons-nous finalement laissé à d’autres les défis de l’évolution du Web et de nos architectures de connaissances? Cette évolution était pourtant prévisible dès 2009, la nouvelle méthode de conception de sites proposée cette anné-là par la BBC dans un billet de blogue en faisant foi.

Ne plus troquer l’acquisition d’expertise pour la facilité

Je crois bien que nous avons graduellement délégué à des entreprises, par algorithmes interposés, le choix des mots et des liens définissant qui nous sommes et la régulation des flux d’information dans un espace qui n’est pourtant qu’un sous-ensemble du Web. Nous avons renoncé au contrôle sur la découverte et la recommandation dont nous disposions grâce à nos blogues, nos répertoires et même, nos collections de fils RSS — j’utilise encore la mienne!

Alors que nous concevons encore un site web comme un ensemble de documents, les acteurs de la nouvelle économie prospèrent grâce à des sites web conçus comme des plateformes de données. Ces plateformes permettent d’aller beaucoup plus loin que la publication d’information. Par exemple:

  • Trouver, réutiliser et partager des contenus par les utilisateurs et à l’interne;
  • Définir les rôles, responsabilités et règles de gouvernance relatifs à chaque ensemble de données.
  • Faciliter l’accès, de façon transversale, aux connaissances nécessaires pour la recherche de solutions et l’innovation.
  • Et, surtout, relier les métadonnées descriptives des ressources aux données d’usage résultant de l’interaction des utilisateurs avec les contenus.

Réapprendre à faire du Web

Avant de tenter de mesurer le rayonnement de contenus culturels sur les plateformes, il faudrait se demander si nous en maîtrisons les conditions, sur nos sites web et au sein de nos écosystèmes numériques.

Nous avons choisi la gratuité et la facilité des plateformes qui sont la propriété d’entreprises sachant, mieux que nous, exploiter l’information tirée des interactions avec nos contenus. Le contexte actuel de la pandémie semble avoir accentué notre dépendance envers ces services qui entretiennent notre espoir de retrouver nos publics et nos clients.

Nos sites web nous offrent pourtant toujours la possibilité de développer et d’afficher nos écosystèmes de liens et de nommer les choses qui nous rassemblent. Afin de ne pas les laisser s’atrophier, nous devrions nous en servir pour mieux représenter nos domaines d’activité, nos contenus, ainsi que nos réseaux.

Solutionnisme et inégalités: gare aux écueils de la transformation numérique

jeu de mikado
Jeu de mikado, Heurtelions [CC BY-SA], Wikimedia Commons
Le recours au « tout numérique », dans les circonstances de la crise actuelle entraînée par la pandémie, révèle de nombreuses inégalités. Qu’il s’agisse de l’enseignement à distance, de la dématérialisation des services publics ou, même, du traçage des personnes, les propositions de « solutions » tiennent généralement pour acquis que l’informatique connectée est à la portée de tout le monde. Nous devons éviter les écueils de la transformation numériques que sont le solutionnisme et la création d’inégalités numériques.

Imaginer nos propres solutions

J’ai élaboré, dans un précédent billet, sur le piège du solutionnisme technologique:  « Ce ne sont pas des plateformes numériques qui ont permis à Netflix et compagnie de bouleverser l’industrie. C’est d’avoir compris le potentiel du Web et pensé autrement l’accès, la distribution et la production de contenus audiovisuels, en osant remettre en question les modèles établis.»

Cette expression peut s’appliquer au sentiment d’urgence qui nous pousse vers le développement d’un outil avant même d’avoir défini le problème, exploré les causes possibles et analysé les systèmes sociaux et techniques.

Il ne faut pas tomber dans ce piège et nous contenter de reproduire des stratégies et des outils qui ont été conçus pour servir d’autres objectifs que les nôtres.

Internet pour réduire les inégalités

Voici quelques éléments qui favoriseraient la transformation numérique, en commençant par la condition de base:

  • Accès Internet sur tout le territoire.
  • Accès Internet à la maison (gratuit ou à coût modique).
  • Bande passante nécessaire pour l’accès de qualité à du contenu audiovisuel.
  • Ordinateur à la maison (échapper aux coûts de l’obsolescence programmée,  promouvoir les logiciels libres). Équipement en nombre suffisant pour les besoins d’une famille confinée.
  • Connaissances informatiques et habiletés numériques suffisantes (autonomie des utilisateurs, sécurité informatique, protection de la vie privée).
  • Équipement adapté et logiciels et contenus web accessibles aux personnes en situation de handicap temporaire ou permanent.
  • Service de médiation: outils d’accès –et de contribution– à la connaissance et à la culture, littératie de l’information (bibliothèques publiques, initiatives citoyennes).
  • Commerçants, fonctionnaires, profs et professionnels ayant des compétences numériques suffisantes ou les ressources nécessaires pour offrir un bon niveau de services en ligne.
  • Amélioration du niveau d’alphabétisation (compréhension des consignes d’utilisation des services en ligne et des instructions techniques).

Technologies plus simples, accessibles et durables

Dans une tribune, Jean-François Marchandise, cofondateur de la Fondation Internet nouvelle génération, partage ce constat sur le besoin de médiation numérique :

Aujourd’hui, une grande partie de l’innovation numérique repose sur un numérique de luxe. Nous allons vers des « toujours plus », adaptés à un monde en croissance éternelle et en ressources infinies…
A contrario, il va davantage falloir composer avec un numérique moins high tech, qui puisse fonctionner avec trois bouts de ficelle, de manière plus décentralisée, avec une moindre dépendance au lointain, une relocalisation des savoir-faire.

De plus, si tous les citoyens sont égaux, ne devrions-nous pas élaborer des propositions numériques en fonction du plus bas dénominateur numérique commun ?

Pilotage d’initiatives et intelligence collective

Cette pandémie devrait nous faire réaliser que nous devons changer nos méthodes de travail et prendre garde aux inégalités numériques et au solutionnisme technologique.

Si nous souhaitons tirer des apprentissages constructifs de la complexité de cette situation, nos équipes de projets doivent être interdisciplinaires et nos analyses doivent tenir compte de l’interdépendance des systèmes. Les outils de communication et de travail collaboratif peuvent faciliter la circulation des idées. Cependant, seule une réelle transformation du pilotage des initiatives numériques, vers une forme d’intelligence collective, pourrait les rendre plus efficaces et accroître leurs bénéfices.

Pour que le Québec puisse se relever le plus rapidement de cette crise, l’ensemble de la société doit participer à la création de valeur (savoir, culture, industrie). Et pour cela, il faudrait d’abord réparer la fracture numérique, faire de l’accès Internet un service public essentiel et apprendre à piloter des projets dans la complexité.

Découvertes culturelles: au-delà du marketing et du techno-solutionnisme

Wikipedia as a marketing tool, livre sur Google Books
Les utilisateurs préfèreraient-ils une encyclopédie ou un répertoire commercial?

Notre focalisation sur le marketing et les solutions technologiques est-elle un risque pour la diversité culturelle ? L’absence de vision partagée et la course aux résultats  peuvent-elles faire perdre aux acteurs de la culture la maîtrise stratégique des choix en matière de diffusion et d’accès ?

Nous espérons des solutions mécanistes qui accroîtront la consommation en imposant des offres culturelles à la façon des vieux modèles publicitaires. La mise en données de contenus culturels ne doit pas nous faire oublier qu’il appartient à chacun de réaliser la partie la plus stratégique d’un projet numérique : décider de la façon dont une chose (une œuvre, par exemple) doit être documentée et déterminer ce qui la relie à d’autres informations dans le web des données.

L’emploi du mot « initiative », de préférence à « projet », souligne l’importance de la démarche et des apprentissages, par rapport à la livraison d’un outil ou la modernisation d’un système. Voici comment nos initiatives pourraient être plus marquantes.

Miser sur l’éducation et l’accès à la culture

Le marketing peut entraîner la consommation de produits et services culturels, mais ce sont l’éducation et l’accès à la culture qui peuvent faire découvrir et apprécier la culture.  Or, il faudrait une plus grande porosité entre les politiques et projets éducatifs et culturels pour miser sur l’environnement familial et social pour faire connaître la culture.

Il faudrait également donner un rôle plus actif, dans nos plans et initiatives numériques, aux médiateurs de proximité que sont les professionnels des bibliothèques publiques et scolaires.

Privilégier les initiatives qui favorisent la diversité

Nous cherchons, par tous les moyens,  à ce que la culture locale soit vue et consommée, de préférence à d’autres offres.  Nos propositions techniques partagent cependant les défauts des plateformes dominantes. Qu’il s’agisse de baliser des contenus pour les moteurs de recherche ou de créer de nouvelles bases de données interrogeables, la façon dont sont conçues ces  « solutions » technologiques nuit à la diversité des offres culturelles.

  • La centralisation des décisions et du traitement de l’information renforce l’uniformisation.
  • La popularité comme principal critère de sélection défavorise les contenus de niche, les cultures et langues en situation minoritaire dans un répertoire, sur un territoire ou par rapport au reste du monde.
  • L’uniformisation du traitement documentaire, par l’imposition d’une méthode de classification, de vocabulaires et de référentiels spécifiques, appauvrit la qualité de l’information. Par conséquent, elle en diminue l’intérêt et la valeur pour différents publics.  Les initiatives de  décolonisation des modèles descriptifs tentent de réparer les ravages du rouleau compresseur de l’uniformisation sur la citoyenneté culturelle des peuples autochtones.
  • Les systèmes de recommandations et de personnalisation des offres  culturelles reposent sur la similarité des produits et services ou sur la similarité des profils des utilisateurs.

Ne pas céder des choix stratégiques

À l’arrivée de l’informatique, nous avons confié l’organisation de l’information à des systèmes de bases de données, selon les termes d’entreprises. Il est temps de remettre, selon nos propres termes, cette intelligence dans nos sites web et, plus spécifiquement, dans nos catalogues, collections, répertoires,  fonds et archives. Nous ne devrions pas abandonner la création de sens et de liens à des opérateurs de plateformes et à des fournisseurs de services.

Être trouvé ou découvert et laisser des traces numériques sont les fruits d’un travail de documentation. Celui-ci est trop souvent escamoté par la recherche d’une solution technologique. De plus, les façons de décrire des productions ou des offres culturelles offrent peu de possibilité de mettre celles-ci en relation avec des intérêts et des passions.

Par exemple, les catalogues et répertoires en ligne pourraient grandement améliorer l’expérience des utilisateurs en devenant des bases de connaissances interactives et interconnectées. Il serait ainsi possible d’intégrer de nouvelles informations et des liens vers d’autres ressources grâce aux contributions de chercheurs et d’amateurs.

Documenter: laisser des traces, créer du lien et faire sa marque

Documenter la culture et rendre cette information pertinente, attrayante et utile pour divers publics et usages sont la responsabilité de tous les acteurs du milieu culturel. Il manque une méthode de travail et des outils faciles à utiliser pour réaliser, en équipe ou avec des partenaires, l’évaluation de l’information publiée sur le web et le choix des métadonnées qui feront des liens entre les offres culturelles et les publics cibles.

C’est dans cette perspective qu’a été conçu un guide destiné aux artistes et aux organisations du milieu de la danse. Cette approche, en trois étapes (stratégie, information, technologie) repousse les choix technologiques à la toute dernière étape afin de remettre la documentation de la danse à ceux et celles qui la font.

Extraits du lancement du guide Bien documenter pour favoriser la découverte en ligne, réalisé pour la Fondation Jean-Pierre Perreault, dans le cadre de l’initiative La danse dans le web des données.

Le journalisme d’enquête et le graphe de connaissances de Google

Google annonce un changement à son algorithme afin de promouvoir le journalisme d’enquête.

Mais ceci servira surtout à améliorer la quantité de données contenues dans son graphe de connaissances (knowledge graph) et d’étendre son influence sur ce que nous voyons sur le web.

Diagramme: Intégration d'information collectée sur le web dans le graphe de connaissances de Google.
Intégration d’information collectée sur le web dans le graphe de connaissances de Google. Source: SEO by the Sea.

Bill Slawski est un spécialiste de l’optimisation pour moteurs de recherche. Sa formation de juriste lui permet de porte une attention particulière aux  demandes de brevet. Il en commentait  une, récemment, qui fait référence au développement du graphe de connaissances (knowledge graph) de Google.  Elle concerne l’intégration, dans son graphe,  d’information collectée sur le web, afin d’accroître la masse de données :

The patent points out at one place, that human evaluators may review additions to a knowledge graph. It is interesting seeing how it can use sources such as news sources to add new entities and facts about those entities.

Comme chez les autres entreprises dont le modèle d’affaires repose sur la donnée, une grande partie du traitement de l’information  et de la production de données résulte du travail non rémunéré d’amateurs et passionnés:

How can you teach an algorithm to understand all these distinctions? Gingras said Google is doing so through its Quality Raters, a global network of more than 10,000 individuals who offer feedback on Google’s search results, which in turn is used to improve the company’s search algorithms.

Google says it will do more to prioritize original reporting in search

Ceci sert-il les intérêts du journalisme ? Probablement, mais il est trop tôt pour le vérifier. Cela sert surtout à développer une connaissance très poussée de nos rapports à l’information et de permettre à d’autres d’influencer notre vision du monde et de fabriquer des opinions.  S’informer sur le scandale Facebook – Cambridge Analytica devrait nous faire prendre la mesure de l’intervention de  ces systèmes dans notre développement social, notamment, la fabrication d’opinions et d’antagonismes.

Allons-nous vers une dette ou un déficit numérique ?

Dans un billet sur les enjeux des métadonnées, en culture, j’avais fait référence à la dette numérique. Fred Cavazza emploie cette expression pour qualifier les conséquences qui pèsent sur les organismes qui tardent à s’adapter adéquatement au changement.

Dette ou déficit numérique ? Cette question soulevée par un commentaire de Catalina Briceno, sur LinkedIn, est bien autre chose qu’un effet de style:

« notre dette numérique s’accroît »… j’espère que tu as raison. J’espère c’est bel et bien « une dette ». Cela sous-entendrait qu’il y a une capacité de « retour à niveau »… j’espère que ce n’est pas carrément un déficit… une perte pure… d’opportunités, de connaissances et de capacité d’action.

"Mind the gap", mise en garde en bordure du quai d'une gare ferroviaire.
Elliott Brown [CC BY 2.0], Wikimedia Commons
L’observation de Catalina met au jour un ensemble de questions qui témoignent de la complexité d’une problématique qui fait pression sur la culture et les médias depuis plus de 10 ans. Pour preuve, le sujet de ce billet sur le renouvellement du journalisme au secours des médias, n’a pas pris de rides.

Face aux pressions du changement, nous produisons des rapports et nous consultons.  Cependant, nous revenons invariablement aux solutions techniques et réglementaires qui font l’effet de la énième mise à jour d’un logiciel. Un logiciel qui ne serait plus ergonomique,  et  qui serait de moins en moins compatible avec de nouveaux usages et environnements.

Catalina faisait suite à ma publication, sur LinkedIn, concernant l’exploitation des données par les GAFA. Je souhaitais alors étayer un commentaire que j’avais partagé en appui à une perspective de Stéphane Ricoul, concernant la crise des médias.  Nous avons de trop rares occasions d’échanger des points de vue, hors de nos milieux respectifs. Je consigne ici, ma réponse à Catalina et les préoccupations qui accompagnent la plupart de mes missions.

Catalina, ce sera très probablement un déficit si nous persistons à financer des solutions de marketing (tablette, portail) pour résoudre des problématiques qui sont complexes et tranversales.

Nous nous contentons actuellement d’imiter les outils des entreprises qui, elles, ont investi dans du capital intellectuel et mis des années à développer d’autres modes de fonctionnement et de création de valeur.  Comment être aussi efficaces et attrayants (même pour nous, investisseurs boursiers), alors que notre compréhension du phénomène numérique est parcellaire et, trop souvent superficielle ?

Nous tentons de préserver une structure industrielle et des fonctionnements qui ne sont plus alignés sur nos propres ambitions économiques et sociales.  Parvenir, un jour, à encaisser les taxes des GAFAM, ne compensera pas l’absence de vision et la perte de connaissances.

Nos propres concurrences internes jouent contre nous, alors que nous faisons face à des entités unicéphales. Il faudrait élever le niveau de connaissances et élaborer une vision globale (et non sectorielle) et des actions transversales sur l’ensemble de nos activités.

Nous risquons, effectivement de faire face à un déficit numérique. Nous vivons dans une économie qui repose sur notre capacité à consommer toujours plus, et donc, à nous endetter. La dette (ou le déficit) numérique devient-elle, à nous yeux, aussi normale et naturelle que l’usage d’une carte de crédit pour contenter notre désir de bien-être ?

 

À quelles questions répondent vos (méta)données ?

Question: Meaning of life, the universe and everything, Douglas Adams
Capture d’écran « gVIM with 42 help », Wikimedia Commons

Mise à jour 2019-09-07: ajout, à la fin du billet, d’information concernant les cas d’usage, suite à un commentaire exprimé sur Facebook.

Produire et réutiliser des données descriptives, ce n’est pas travailler sur une solution, mais sur des questions.

Quelle est la finalité du projet ?

Comment savoir si les données d’une organisation ou d’un collectif ont un fort potentiel informationnel ? Comment ces données peuvent-elles répondre à des questions qui demandent de faire des liens entre des entités et d’interpréter des relations ?  Si ces données ne sont pas suffisamment riches en information, comment les lier avec celles provenant d’autres sources, ouvertes et privées, pour les valoriser ?

La finalité de projets de données est de générer l’information la plus riche afin de répondre à des questions à la satisfaction des publics cibles. Toute initiative devrait donc débuter par un diagnostic de la disponibilité et de la qualité des données.  Cependant, comment effectuer un tel exercice sans savoir à quels besoins répondront-elles ou, plus exactement, à quelles questions devront-elles répondre ?

Trouver les bonnes questions: la dimension cognitive des projets

La dimension cognitive des projets numériques se rapporte à la sélection, l’organisation et le traitement de l’information. Ces activités doivent réunir des perspectives et compétences diversifiées: de la connaissance du domaine et des publics à la modélisation de l’information.  Il s’agit d’un travail collaboratif qui doit être réalisé en amont de la conception technique. Cette étape est rarement bien planifiée et réalisée, faute de budget, ressources ou méthode de travail. Pourtant, elle constitue le coeur du projet.  C’est, de plus, un processus qui permet d’améliorer la littératie numérique et développer des pratiques collaboratives au sein d’une organisation et d’un partenariat.

Interroger les données: repenser les vieilles interfaces 

Les vieux modèles d’interfaces de recherche influencent notre conception des questions que nous posons aux ensembles de données.  Elles forcent les utilisateurs à formuler leurs questions en fonction de critères limités. Ces interfaces pré web qui sont encore utilisées pour donner accès au contenu de catalogues en ligne  sont nettement déclassées par la recherche en langage naturel.

Cocher des critères comme la date, l’auteur, le sujet ou le titre ont assez peu à voir avec les comportements et besoins des utilisateurs.  L’indexation des  contenus et le paramétrage du moteur de recherche des sites sont généralement peu élaborés.  Par exemple, explorer les archives du journal Le Devoir est plus intéressant à partir de l’interface de Google. Il suffit de limiter la recherche au site et d’ajouter des expressions ou, même, des questions , comme ceci: « site:https://www.ledevoir.com/  causes du changement climatique ».  On peut alors explorer les textes, images et vidéos.  Les traces de nos usages ne serviront cependant pas les intérêts du média, mais le  modèle économique du moteur de recherche.

Remplacer les cas d’usage par une approche narrative

Avant de développer de nouvelles plateformes, il y aurait place à amélioration pour répondre aux  besoins d’information spécifiques des publics et accompagner le développement de services à valeur ajoutée.

Mais trouver les bonnes questions à poser requiert une  connaissance des publics cibles et, pourquoi pas, leur participation. Pour cela, il convient de remplacer l’approche technologique (cas d’utilisation) par une approche narrative, plus concrète et plus proche du phénomène informationnel (lier des données pour raconter une histoire).

When we frame information about an object we focus attention on certain aspects of that object or its history. It’s just like choosing a new frame for a painting, which then highlights different qualities of the artwork. Framing is less about the information we feature in a label and more about how we present that information.

Le sujet de cet article dépasse le domaine muséal: What makes a great museum label?

Exploiter des données plus riches de sens

Notre relation aux contenus culturels est de l’ordre du ressenti, du goût et des intérêts. Cependant, nos bases de données et catalogues fournissent une information factuelle, organisée de façon uniforme et anodine, bien loin de la diversité des cultures et expériences humaines.  D’autres métadonnées pourraient jouer un rôle aussi important que les métadonnées classiques de type catégorie-titre-auteur, pour la personnalisation des services et pour l’analyse des données d’usage.

Sous la direction d’Yvon Lemay et Anne Klein, de l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information, Archives et création: nouvelles perspectives en archivistique regroupe des publications de recherche sur l’exploitation des archives dans le domaine culturel (arts visuels, littérature, cinéma, musique, arts de la scène, arts textiles et Web). Cette publication devrait être lue par quiconque souhaite réfléchir sur la mise en réseaux des données sur la culture.

Indexation – Émotions – Archives, la recherche menée par Laure Guitard, se rapporte plus spécifiquement à l’enrichissement des modèles de données par la représentation de la charge émotionnelle des contenus et objets (page 151).

l’indexation – professionnelle et collaborative – pourrait permettre d’inclure l’émotion dans la description des archives afin que cette dernière soit reconnue comme une clé d’accès aux documents

Je souligne, avec cette référence, l’importance de la recherche académique et des regards croisés entre domaines d’étude pour apporter de la profondeur à des idées. Les monocultures sectorielle,  disciplinaire et technologique nuisent à nos ambitions numériques.

Renforcer le volet cognitif des projets

Il faut revoir des modèles d’indexation de contenu, ou de production de métadonnées. Disposer de données plus riches permet d’analyser la relation de l’utilisateur au contenu, de mieux connaître les publics,  de développer des algorithmes de recommandation et, finalement, d’imaginer d’autres façons de valoriser des catalogues, fonds et répertoires.

Nous ne devons pas nous laisser démonter par la complexité des projets ou, pire: brûler de précieuses ressources en « coupant les coins ronds». Nous pouvons y faire face en mettant en commun des ressources et des expertises diversifiées et en élaborant d’autres méthodes de travail. Donnons-nous du temps, mais commençons dès maintenant.

Ajout d’information concernant les cas d’usage et l’approche narrative, à la suite d’une très bonne question posée par Frédéric Julien, sur Facebook.

Extrait du commentaire de Frédéric : 

Je ne suis par contre pas certain de comprendre ce que tu entends par « remplacer les cas d’usage par une approche narrative ». Au cours de la dernière année, j’ai eu la précieuse occasion de participer à quelques exercices de consultation auprès de créateurs et usagers de données dans le cas du projet 3R. Ce que j’y entendu a énormément contribué à ma réflexion sur les cas d’usage dans le cadre de l’initiative ANL [Un avenir numérique lié]. Ces deux méthodologies ne me semblent pas du en contradiction l’une avec l’autre (ni avec ce que tu décris dans ton billet… à moins que certains détails ne m’échappent).

Réponse:

/…/ une approche narrative permet de réaliser des cas d’usage en les mettant en contexte (le « comment »). J’emploie un terme fort, « remplacer »,  pour attirer l’attention sur une étape du projet sur laquelle se fondent beaucoup d’objectifs (et d’espoirs). C’est une étape cruciale pour la mise en relation de l’information avec des utilisateurs. Elle est trop souvent escamotée ou sert uniquement à construire des exemples de requêtes.
Suivre une approche narrative ne signifie pas raconter une histoire, mais analyser des comportements, des usages, des interfaces et des structures de données pour produire des exemples qui vont démontrer l’utilité ou la valeur ajoutée du système.
Cependant, les cas d’usage réalisés de façon habituelle (comme en informatique), portent sur le « quoi » (les données, les étiquettes à mettre) alors que les éléments de la recherche et de la découverte ne sont plus les mêmes:

  • Interrogation de données liées conçue comme des requêtes sur des BD tabulaires (où est le potentiel du liage de données?)
  • Travail de terrain très rarement réalisé avec des utilisateurs finaux, dont des non-usagers (ex: non-visiteurs de musées) et des non-amateurs de certains type d’offres (ex: films québécois).
  • Confusion entre parcours de recherche et de découverte (qu’est-ce que chercher? découvrir? comment cela se produit-il dans des contextes spécifiques, avec certains supports et chez certains types d’utilisateurs ?)

 

Produire des données : entre outils de marketing et bases de connaissances

La découverte optimisée pour les moteurs de recherche est-elle la  seule solution pour accroître la consommation de contenus culturels locaux ?  Sommes-nous à la recherche de nouveaux outils de marketing ou souhaitons-nous développer des bases de connaissances communes ?  Les résultats attendus à court terme, par nos programmes et partenaires  sectoriels, pèsent sur les choix qui orientent nos actions.

Google, je cherche un bon film à regarder

 

La découverte optimisée pour les moteurs de recherche

Google poursuit son évolution pour devenir notre principale interface d’accès à la connaissance. La tendance zéro clic est une  forme de désintermédiation des répertoires qui est similaire à celle que connaissent les sites des médias. Il y a quelques années que les réseaux de veille prédisent la transition des moteurs de recherche vers des moteurs de réponse.

Alors, est-il stratégique de baliser nos pages web avec des métadonnées (aussi appelées données structurées) pour que des machines comprennent et utilisent nos contenus dans leurs fiches de réponse ?

Améliorer le potentiel d’une information d’être repérée et interprétée par un agent automatisé est une bonne pratique à intégrer dans toute conception web, au même titre que le référencement de site web. Mais se contenter de baliser des pages  pour les seules fins de marketing et de visibilité n’est pas stratégique. Voici pourquoi:

  • Architecture de l’information conçue pour servir des intérêts économiques et culturels spécifiques.
  • Aucun contrôle sur le développement de la base de connaissances.
  • Uniformité de la présentation de l’information, quel que soit le pays ou la culture.
  • Modèle et vocabulaire descriptifs simples, mais adaptés à des offres commerciales (une bibliothèque publique est une entreprise locale).
  • Le moteur de recherche n’utilise que certains éléments du vocabulaire Schema.org et modifie son traitement des balises au gré de ses objectifs commerciaux (voir ce billet sur les mythes et réalité de la découvrabilité).

Des données pour générer de la connaissance

Les plans de marketing et de promotion ont des effets à court terme, mais ponctuels, sur la découverte. Cependant, nous devons parallèlement développer les expertises nécessaires pour concevoir de nouveaux systèmes de mise en valeur des offres culturelles et de recommandation qui répondent à nos propres objectifs. Ne pas également prioriser cette avenue, c’est accumuler une dette numérique et  accroître notre dépendance envers les plateformes et tout promoteur de solution.

Comme je l’ai souligné en conclusion d’un billet rédigé lors de recherches sur la découvrabilité et la « knowledge card » de Google, « , apprendre à documenter des contenus sous  forme de données est  une étape  vers le dévelopement de « nos propres outils de découverte, de recommandation et de reconnaissance de ceux qui ont contribué à la création et à la production d’œuvres. »

Pour cela, il faut élaborer collectivement nos propres stratégies pour faire connaître le contenu de répertoires et  rejoindre de nouveaux publics. Nous serions, alors, en mesure de concevoir des moyens  non intrusifs pour collecter l’information qui permet de comprendre la consommation culturelle.

Adopter une méthode de travail pour une réflexion stratégique

Concevoir et réaliser des projets autour de données liées (ouvertes ou non) demande un long temps de réflexion et d’échanges de connaissances entre des acteurs qui ont des perspectives différentes. L’initiative de la Cinémathèque québécoise peut être citée comme un excellent exemple de transformation organisationnelle par l’adoption d’une nouvelle méthode de travail.  Marina Gallet pilote ce projet qui vise à formaliser les savoirs communs du cinéma en données ouvertes et liées.  Elle a gracieusement partagé cette expérience lors de la dernière édition du Colloque sur le web sémantique.

Représentation de la diversité culturelle et linguistique

Il existe de nombreuses façons de décrire les oeuvres d’un album de musique ou un spectacle de danse. Pour représenter ces descriptions sous forme de données, il existe des modèles et vocabulaires pour différentes missions et utilisateurs.  Une part grandissante de ces vocabulaires est en données ouvertes et liées. Ces descriptions ne sont pas toujours structurées ou conformes aux standards du web, mais leur diversité est essentielle à la richesse de l’information. Il est vital que les vocabulaires utilisés pour décrire des offres et des contenus soient en français pour que la francophonie soit présente dans le web des données et qu’elle soit prise en compte par les systèmes intelligents.

Le Réseau canadien d’information sur le patrimoine annonçait ce printemps, la réalisation de la version française de référentiels en données ouvertes et liées. Philippe Michon, analyse pour le RCIP, explique comment ces référentiels essentiels au patrimoine culturel seront rendus disponibles en données ouvertes et liées.

Recherche augmentée: découverte selon les goût et l’expérience recherchée

Il faut cesser de reproduire des  interfaces et modes d’accès aux répertoires qui sont dépassés. On ne peut cependant améliorer la découverte sans investir le temps et les efforts nécessaires pour sortir de nos vieilles habitudes de conception.

Nos interfaces de recherche sont devenues obsolètes dès l’arrivée du champ unique des premiers moteurs de recherche. Nos stratégies de marketing de contenu pour le référencement de pages web  aident les moteurs de recherche à répondre à des questions, mais  effacent les spécificités en uniformisant l’architecture de l’information.

L’information qui décrit nos productions culturelles et artistiques est trop souvent limitée à des données factuelles. Il faut annoter des descriptions avec des attributs et caractéristiques riches et orientés vers divers publics et usages. Des outils d’analyse et de recommandation peuvent ainsi fournir de l’information ayant une plus grande valeur. Il ne faudrait pas espérer refiler ce travail à des intelligences artificielles: l’indexation automatique ne produira pas nécessairement des métadonnées utiles et pertinentes pour une stratégie de valorisation. De plus, il ne faut pas sous estimer la valeur que l’expérience humaine (éditorialisation, sélection, critique, mise en contexte) apporte à des services qui jouent un rôle prescripteur.

Soutenir le dévelopement de bases de données en graphes

La mise en valeur de répertoires et collections, ainsi que des actifs informationnels (textes, images, sons) d’organisations ne devrait plus reposer sur des bases de données classiques.  Les bases de données en graphes permettent de raisonner sur des données et de générer de la connaissance , en faisant des liens, à l’image de la pensée humaine:

Quelle est le parfum de glace préféré des personnes [qui] dégustent régulièrement des expresso, mais [qui] détestent les choux de Bruxelles ? Une base de donnée Graph peut vous le dire. Comment ? Avec des données de qualité, les bases de données Graph permettent de modéliser les données et de les stocker de la manière dont nous pensons et raisonnons dans le monde réel.

Ceci est tiré d’un bon article de vulgarisation sur les bases de données en graphe.

Choisir des méthodes de travail adaptées aux projets collectifs

Pour qu’un écosystème diversifié de connaissances (multidisciplinaire, multi acteurs) soit durable, il doit reposer sur la distribution des fonctions de production et de réutilisation des données entre des partenaires.  Il faut aussi réunir des initiatives collectives dans une démarche où le développement de connaissances et l’expérimentation ne sont pas relégués au second plan par des intérêts individuels ou commerciaux. Enfin, il faut élaborer et adopter de nouvelles méthodes de travail pour des projets collectifs.

Je reviendrai bientôt sur les éléments nécessaire pour la gestion participative d’une base de connaissances commune.

Architectures et bases de connaissances

Définir les finalités et les modalités des projets de liage de données est un long cheminement qui demande des apprentissages, des efforts concertés et du temps. Nos programmes devraient  être revus.  Mettre en place les conditions de réussite d’un projet collectif est un projet en soi. Il faut tenir compte d’un cadre de formation, d’une nouvelle méthode de travail et d’une progression dans la durée. Exiger des résultats à court terme oriente les projets vers des « solutions » et laisse peu de place à la remise en question des habitudes.

Nos initiatives doivent être conjuguées pour élaborer une architecture commune  de la connaissance.  Parce qu’elle sort du cadre de nos actions habituelles, c’est une avenue qui offre plus de potentiel, à plusieurs titres, que des stratégies de visibilité et de marketing.

Solution technologique pour problématiques complexes

Lego Color Bricks par Alan Chia
Alan Chia [CC BY-SA 2.0], Wikimedia Commons
Imiter des géants de l’économie numérique en développant une plateforme peut-il apporter des solutions aux problématiques complexes de la diffusion de contenus francophones dans une industrie traversée par de profonds changements ?

Tout récemment, une solution simple à une problématique complexe a refait surface dans le milieu culturel canadien.

Ottawa investi 14,6 millions dans une nouvelle plateforme de diffusion de contenus francophones, Le Devoir, 7 août 2019.

Mettre en avant une « solution » technologique permet trop souvent d’éviter d’épineux questionnements. Cependant, alors que les règles du jeu et les usages changent, nous ne devrions pas nous soustraire à un examen des conditions de création et de production qui sont soutenues par nos législations et programmes. Nous finissons par maintenir, tant bien que mal, des modèles qui fonctionnent de moins en moins.

Ce ne sont pas des plateformes numériques qui ont permis à Netflix et compagnie de bouleverser l’industrie. C’est d’avoir compris le potentiel du Web et pensé autrement l’accès, la distribution et la production de contenus audiovisuels, en osant remettre en question les modèles établis. Revoir des modèles et des programmes qui demeurent encore très « télévision » demande évidemment beaucoup d’ouverture, de courage et de vision, mais il faut espérer que ce soit encore possible.

Une proposition de plateforme de diffusion de contenus culturels québécois, avait émergée, en 2017.  En évitant de remettre en question les façons de faire, ce type de projet ne fait que reporter les nécessaires adaptations qu’une industrie doit entreprendre pour durer et prospérer.

Il semble que nous ayons encore beaucoup de difficulté à appréhender les problématiques de la production et de la consommation de contenus culturels dans un monde numérique. Ne serait-il pas temps d’adopter, pour les analyser,  d’autres méthodes que celles qui nous font tomber le piège des solutions simplistes ?

Moteur de recherche et désintermédiation

Il est possible de passer quelques heures, sur le web, à écouter de la musique et à croiser des artistes, connus et inconnus, en suivant des liens tissés par un algorithme. Et cela, sans quitter l’interface du moteur de recherche.

Désintermédiation des services d’information

Le moteur de rechercher devient une interface qui impose aux utilisateurs sa vision du monde, son algorithme, son modèle de classification et son régime de vérité: la popularité. Une uniformisation de la structure de l’information et des fonctions proposées qui efface la diversité des modèles et des expressions.

Service et application Google Voyages

Avec l’intégration de Google Voyages, grâce aux données collectées auprès des utilisateurs, il connaîtra les intérêts et comportements des voyageurs beaucoup mieux que les organisations touristiques locales et deviendra un partenaire priviliégé des entreprises touristiques. Celles-ci fournissent déjà, par le biais de Google Mon entreprise, les métadonnées qui permettent de lier et classifier les données, en mode hyperlocal. Face à une très probable désintermédiation, les associations touristiques devront mettre l’accent sur une organisation de l’information et des expériences que le moteur ne propose pas.

Nul doute que  cette nouveauté accroîtra l’intérêt pour les technologies de liage de données, tel que cette conférence sur les graphes de données, dans le domaine du tourisme.

Données d’usage et usage des données: une étude et un souhait

Comment encadrer l’exploitation des données des internautes canadiens sur les plateformes de diffusion de contenus culturels alors que nous peinons à comprendre leur fonctionnement ?

Comprendre ce qu’il se passe

À titre d’exemple,  contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas nos données qui ont le plus de valeur, c’est ce qu’en font les plateformes. L’analyse des données issues de nos interactions sociales et de notre utilisation des contenus leur permet de faire du ciblage comportemental et tout en développant une meilleure compréhension des produits et services à concevoir. Plus les données qui décrivent des contenus sont riches et détaillées, plus il devient alors possible d’identifier des caractéristiques susceptibles d’expliquer la relation entre l’utilisateur et le contenu. Pour cette raison, le croisement des données personnelles d’acheteurs de billets de spectacle avec une description d’offre limitée à un titre et une catégorie apportera peu d’éclairage sur les goûts, la motivation ou l’expérience recherchée.

Croisement de données descriptives et données d'usage.

C’est donc en pensant au besoin, pour les différents acteurs concernés, de développer une compréhension commune des enjeux que Destiny Tchehouali et moi avons rédigé une étude, commanditée par la Coalition pour la culture et les médias (CCM). Professeur et chercheur en communication internationale, à l’UQAM, Destiny est président du conseil d’administration d’ISOC Québec, organisme dont je fais également partie à titre d’administratrice.

Intitulée « Données d’usage et usage des données à l’ère des plateformes », cette étude à été réalisée dans le contexte de l’examen du cadre législatif de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes. Elle dresse un état des lieux des principaux enjeux et défis liés à l’accès, à l’utilisation et à la gouvernance des données d’usages des plateformes de diffusion culturelle. Pour conclure, nous avons dégagé des pistes de recommandations pour un meilleur encadrement de l’utilisation des données:

  • Souveraineté numérique et responsabilité en matière d’accès et de collecte des données d’intérêt public
  • Concurrence, innovation et accès aux services
  • Neutralité d’Internet
  • Découvrabilité du contenu canadien et promotion de la diversité des expressions culturelles

Mieux apprendre un sujet complexe

Participer à cette étude m’a permis de constater, une fois de plus, la nécessité,  pour tous les acteurs du domaine culturel et tous ceux qui participent à l’élaboration de politiques publiques, de maîtriser des connaissances qui sont fondamentales pour rattraper notre retard numérique. Je ne fais pas référence à des outils et usages qui peuvent être enseignés au cours de sessions d’information. Je fais plutôt le souhait d’un programme avec une approche intégrée des volets stratégiques, technologiques, cognitifs et organisationnels  de l’information dans un monde numérique.

Mutations – Modèles, usages et contenus numériques