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Industries culturelles: la vraie nature de la transition numérique

Initialement publié dans le blogue de Direction informatique, le 7 décembre 2015.

Le plus grand défi imposé par la révolution numérique aux industries culturelles et créatives n’est pas de nature technologique mais organisationnelle.  Nous ne voyons encore que trop peu d’expérimentations hors des modèles de création et de distribution traditionnels. Qu’est ce qui retient nos entreprises culturelles?

Lors du Sommet sur la découvrabilité, qui était organisé par le CRTC et l’ONF et qui avait lieu à Montréal la semaine dernière, j’ai eu l’impression qu’il fallait encore convaincre les participants que les changements qui bouleversent leur univers sont, non seulement irrémédiables, mais qu’ils s’accélèrent. Pourtant, nous ne sommes plus uniquement en présence de nouveaux usages numériques, mais d’une nouvelle génération de « consommacteurs » autour desquels s’élaborent des services et des outils. Un public plus difficile à joindre et qui a sa propre grammaire, comme le mentionnait Suzanne Lortie, professeur et directrice du programme en stratégie de production culturelle et médiatique à École des médias de l’UQAM, en parlant des YouTubers, ces jeunes créateurs de contenus qui sortent des codes habituels de l’audiovisuel et ont des succès d’audience.

Il y a pourtant plusieurs années maintenant qu’ont été publiés les rapports du CALQ et de la SODEC sur le nécessaire virage numérique.  Il est donc fort probable que tous étaient déjà bien au fait des transformations qui affectent la création, la distribution et la consommation de contenus culturels.  C’est pourquoi les conférences qui composaient la première partie de l’événement n’ont pas déclenché d’électrochoc mais ont rappelé l’urgence d’agir face à des écosystèmes et des modèles qui se mettent en place en ne nous laissant qu’un rôle de fournisseur de contenus.

La table ronde qui réunissait des experts, praticiens et enseignants a permis d’entrevoir, trop brièvement, ce qu’un réseau de compétences et d’expériences diversifiées pourraient apporter à des projets novateurs.  Ces « partenariats improbables » évoqués par Sylvain Lafrance, professeur à HEC Montréal et ancien vice-président exécutif de Radio-Canada, ne seraient-ils pas plutôt des alliances naturelles dont on a ignoré le potentiel ?

Face au rouleau compresseur culturel des grandes plateformes numériques ne faudrait-il pas développer un réseau de partenaires afin de miser sur la mutualisation de ressources et de compétences? Et, pourquoi, tel que le suggérait le conférencier principal et consultant en nouveaux médias, Pascal Lechevallier, ne pas établir des partenariats à l’échelle de la francophonie ? C’est cette même ouverture sur le monde et les marchés francophones, que réclamait Jean-Daniel Nadeau, journaliste au Devoir, en dénonçant la myopie des médias, à la suite du Congrès de la fédération des journalistes du Québec.

Ces questions avaient pourtant déjà été soulevées en 2012, lors d’un forum France-Canada sur les enjeux des contenus numériques, organisé par le Conseil des technologies de l’information et des communications. Plusieurs des participants au sommet de la semaine dernière y étaient d’ailleurs présents.

Le véritable défi pour les contenus culturels à l’ère numérique est de sortir d’un modèle de création et de production qui n’est plus supporté par l’écosystème. Comme je l’ai démontré dans un billet précédent, la vraie nature du changement est culturelle: il faut abattre les silos disciplinaires et organisationnels pour connecter nos réseaux de compétences et mettre en commun nos savoirs.

Ce sont les réseaux collaboratifs qui permettent de décoder les signaux faibles du changement, de varier les perspectives sur une problématique et d’élaborer un prototype de solution. Pourquoi des organisations qui ont des enjeux communs ne collaboreraient-elles pas ensemble pour expérimenter des solutions? Parmi nos créateurs et nos entreprises culturelles, quels sont ceux et celles qui rechercheront ces « partenariats improbables »?

Nos contenus culturels sont absents du web des données

Ne pas être préoccupé de la présence et de la visibilité des contenus des industries culturelles et créatives sur le web, c’est, pour une institution: attendre d’être obsolète ou, pour une entreprise:  être bientôt ou déjà mise hors jeu par les grands intermédiaires technologiques.

Googlelisation des contenus culturels: captation de l'attention et des données des interactions. Tweet partagé lors du Congrès des milieux documentaires du Québec, 19 novembre 2015.
Googlelisation des contenus culturels: captation de l’attention et des données des interactions. Tweet partagé lors du Congrès des milieux documentaires du Québec, 19 novembre 2015.

 

Mais dans tous les cas de figure, c’est être les grandes perdantes de la guerre que se livrent les grandes plateformes pour occuper nos écrans et promouvoir les contenus qu’elles ont sélectionnés en fonction de leur stratégie. Cette stratégie repose fondamentalement le transfert de la création de valeur du produit à la plateforme. Dans ce modèle, ce sont les règles d’affaires ,et non les produits qui s’adaptent selon les besoins des marchés.  Ces règles d’affaires sont les algorithmes qui  traitent les métadonnées des catalogues, ainsi que les données générées par les interactions avec les consommateurs.

Dans un billet publié la semaine dernière,sur la découvrabilité des contenus culturels, j’ai dénoncé sur la faible exploitation des catalogues, répertoires et archives de contenus et sur la perpétuation des silos de données qui font que nos produits culturels n’ont pas de masse critique, et donc d’existence, dans le web des données.

Parler de découvrabilité sans s’interroger sur les conditions requises pour provoquer la rencontre de l’offre et la demande ou pour favoriser la fortuité du croisement entre une attention disponible et une offre, c’est chercher une médication sans avoir établi de diagnostic médical.

Bien sûr, la découvrabilité est un concept qui ne date pas d’hier. À tout le moins, dans le domaine des sciences de l’information, c’est un élément familier de l’économie du document. Et certainement, il y a différents parcours de découverte pour les contenus: critique, recommandation, promotion, en ligne et hors ligne.

Mais le parcours le plus rentable est celui qui permet de tracer les contenus, de suivre leur consommation, de collecter les données sur lesquelles reposent des décisions tactiques et stratégiques. Ce parcours est celui va de la mise en ligne du catalogue (ou pour les plus avancés, la mise à disposition des données du catalogue en mode public ou ouvert) à l’enrichissement des données d’usage par les consommateurs et, indirectement, par les partenaires.

C’est ce parcours que nos institutions culturelles , comme nos entreprises de la culture et du divertissement, ne perçoivent pas encore comme une condition essentielle de survie, mais surtout, d’autonomie et de contrôle sur le pétrole de l’économie numérique: la donnée.

Comme je le mentionnais, dans le blogue de Direction Informatique,  à propos du commerce électronique:

Le catalogue de produits demeure le maillon faible du commerce électronique au Québec. Pour trop d’entreprises, c’est encore une brochure ou, au mieux, une arborescence de site web. Mais pour les plateformes commerciales à succès, il s’agit plutôt d’un ensemble de données structurées s’adressant aux consommateurs afin de faciliter leurs décisions d’achat. Et pour celles qui sont entrées dans l’économie numérique, c’est aussi la composante d’un système d’information stratégique.

Pour avoir un aperçu de ce que pourrait être ce système d’information stratégique, en culture, il faut absolument lire le 3e cahier Innovation et prospective de la CNIL. Pendant ce temps, nos institutions de mémoire collective (bibliothèques, musées, archives) découvrent le web social et participatif et se demandent s’il faut ouvrir les contenus à la participation du public.

Alors, serons-nous uniquement les clients et utilisateurs des grandes plateformes ou deviendrons-nous les créateurs et bâtisseurs de cette économie numérique?

 

Découverabilité: nos contenus culturels sont-ils visibles?

Initialement publié dans le blogue de Direction informatique, le 20 novembre 2015.

Tout comme dans le commerce électronique, le catalogue est le maillon faible des industries culturelles et créatives au Québec. À lire l’invitation du Sommet sur la découvrabilité, il semble que nous n’ayons pas encore réalisé ce qui fait le succès des plateformes comme Amazon, Netflix, iTunes ou YouTube : une culture de la donnée qui favorise les rencontres entre l’offre et la demande.

Trop rares sont les entreprises qui, quel que soit leur secteur d’activité, exploitent leurs actifs informationnels sur le web ainsi que le font de nouveaux acteurs issus du numérique qui sont ou qui deviendront rapidement leurs plus féroces concurrents. À ceux-ci il faut ajouter les géants technologiques qui ont choisi le modèle de la plateforme, plutôt que celui du produit, et qui captent lors de chaque transaction, une valeur en micropaiement ou données.

Les fonds qui restent au fond des systèmes 

Pourtant, malgré les refontes de sites, les applications et les innovations technologiques, nos contenus culturels et créatifs sont pratiquement absents du web des données. Les répertoires, catalogues, fonds et archives ne sont accessibles aux humains et aux machines que par l’entremise d’un espace de recherche, souvent peu adapté aux besoins des utilisateurs. La diffusion des contenus dépend généralement de campagnes de promotion ponctuelles et plus ou moins bien ciblées dédiées aux nouveautés, laissant dans l’internet profond des actifs riches qui profiteraient bien de la longue traîne s’ils étaient visibles. Ceci expliquerait en partie le phénomène que décrit l’auteure Annie Bacon dans un récent billet intitulé « Une industrie de la nouveauté ».

L’industrie du livre se rapproche ainsi de l’industrie du cinéma dans laquelle les films n’ont plus que quelques fins de semaines pour convaincre les cinéplexes de les garder en salle. Un mauvais premier week-end et le film disparaîtra avant la fin du mois.

Combien de rendez-vous ratés avec le public et d’opportunités de développement de marché nos industries culturelles ont-elles raté sur le web? Combien de contenus n’ont pas rencontré leurs publics faute d’être visibles et découverts, par recommandation algorithmique ou par simple diffusion de métadonnées au bon endroit?

Le catalogue, actif stratégique?

Nous accusons un retard considérable en matière de diffusion et de distribution de contenu parce que nous ne maîtrisons pas les compétences nécessaires pour transformer nos catalogues et répertoires en données exploitables et interopérables. Si nous n’accordons pas la priorité à ces actifs stratégiques, nous risquons de nous confiner au rôle de fournisseurs et clients de l’économie numérique.  Cette économie est celle de la donnée, elle repose sur la diffusion des métadonnées, ces données qui fournissent une description détaillée d’un livre, d’une chanson, d’un film ou tout autre type de contenu. Ces métadonnées facilitent la recherche, favorisent la découverte et permettent aux entreprises d’enrichir leur connaissance du marché en les croisant avec les données résultant de l’interaction des utilisateurs.

La destination, c’est l’utilisateur

Il existe, bien sûr,  des programmes qui soutiennent le développement de sites internet et d’applications, ainsi que l’appropriation de nouveaux outils. Il s’agit cependant d’actions morcelées qui, en perpétuant les silos de données, obligent les consommateurs à multiplier leurs recherches ou limitent la découverte de nouvelles offres. Selon cette perspective, chaque site ou application est une destination. Dans une perspective numérique, l’utilisateur est au cœur du modèle par les requêtes qu’il adresse, directement, aux moteurs de recherche, ou indirectement, par ses actions et ses choix. L’utilisateur est devenu la destination.

Laisser le champ libre à Google et cie?

Être visible dans une économie numérique, c’est donc aller à la rencontre de son marché. Ne pas aller à la rencontre des consommateurs en mettant les contenus à leur portée, c’est laisser le champ libre à ceux qui ont compris comment, à partir du contenu intégral ou des métadonnées d’une oeuvre, on peut générer de l’information qui soit intelligible pour des lecteurs ou des applications. Voici pour preuve, cette observation partagée sur Twitter lors du Congrès des milieux documentaires du Québec qui avait lieu cette semaine, à Montréal :

McGill-GoogleScholar_tweet-cmd2015

La force des grandes plateformes technologiques repose sur la capacité d’agréger et de croiser des données de sources différentes, de les contextualiser à l’aide des données des utilisateurs et d’en faciliter le repérage et l’interprétation pour diverses applications.

Que faire pour entrer dans le web des données?

Il faut édicter une politique visant à encourager l’adoption,  par tous les acteurs des industries culturelles et créatives, d’un modèle de métadonnées harmonisées. En cela, nous pouvons nous inspirer de la Feuille de route stratégique sur les métadonnées culturelles qui a été publiée l’an dernier, par le ministère de la Culture, en France. Ceci permettrait de briser les silos technologiques et de rassembler les entreprises et institutions autour d’un projet numérique commun qui a une véritable portée stratégique.

Une politique de métadonnées culturelles constitue un instrument de gouvernance essentiel dans une économie de la donnée parce qu’elle requiert une collaboration active :

  • Élaboration d’une vision et d’une stratégie numériques qui soient partagées par les acteurs principaux.
  • Compréhension commune des objectifs et besoins de chacun. Définition et priorisation des enjeux sémantiques, techniques, juridiques et organisationnels.
  • Alignement de projets technologiques sur la stratégie (et non l’inverse).

La visibilité des contenus des industries culturelles et créatives devient un enjeu prioritaire pour le Québec qui se prépare à entrer dans l’économie numérique. Nous devrions, sans attendre, nous inspirer des démarches qui ont été entreprises ailleurs et développer nos compétences et notre maîtrise des données.

Entreprises et institutions culturelles, vos contenus sont-ils bien visibles?

Consultation publique sur le Québec numérique et le défi de la démocratie participative

Consultation publique - Politiques numériques au Québec 20151120

Sylvain Carle nous conviait le 20 novembre dernier à une Consultation publique sur les politiques numériques au Québec. À sa façon, il nous faisait participer, en parallèle, à la démarche  du gouvernement du Québec sur la transition numérique où seuls quelques représentants des industries et institutions étaient conviés.

Plusieurs participants ont appelé à passer à l’action. Agir, oui, mais sur quoi et, surtout, dans quelle(s) direction(s) et avec quelles intentions? Nous pourrions nous ranger derrière les 13 écrits, mais tout comme les programmes des partis politiques (auxquels nous reprochons leurs processus en vase clos), il manque la vision. Cette vision d’un Québec transformé socialement et économiquement par ses citoyens qui se sont affranchis des vieux modèles de pensée, découvrent de nouveaux outils et expérimentent de nouveaux usages.

Conversations et convergence

Cette rencontre était nécessaire. Il était plus que temps que nous conversions/convergions depuis la publication des écrits des 13 étonnés. Publication qui fut médiatisée mais non accompagnée des espaces et usages du web participatif. L’invitation de Sylvain a permis de réaliser la diversité des définitions, attentes et visions de ce que signifie la transition numérique du Québec (chercher le mot clic #numQc sur Twitter). Et encore, une partie de la diversité, puisque l’assemblée était très majoritairement masculine, francophone, blanche, certainement très diplômée et entre la trentaine et la soixantaine. Ceux et celles qui se trouvent de l’autre côté de la fracture numérique n’y étaient pas représentés.

Démocratie participative

Cette rencontre, je l’espère, devrait nous rappeler d’être inclusifs, de mettre les avantages numériques au service du bien commun et de ne pas retomber, au cours de notre démarche (ou action politique), dans les ornières de ces processus que nous nous efforçons de changer.  La démocratie ouverte et participative est un apprentissage dans l’action qui demande beaucoup d’humilité et d’authenticité.

Lors de cette rencontre, et lors de toute prochaine activité, nous devons nous rappeler les mots clés de cette culture numérique que nous souhaitons tant voir contaminer les esprits, les organisations et les collectivités: pluralité, conversation, ouverture, collaboration, partage, etc. Oui, c’est difficile de changer, et oui, agir en démocratie participative nous demandera du temps et des efforts. Comment nous poser en sherpas numériques si nous ne pouvons pas y arriver?

Expo67 à l’ère numérique: nos mémoires mises en réseau

Pourquoi s’intéresser aux souvenirs d’Expo67 quand « Internet, c’est une exposition universelle à tous les jours » ?

Écoutez bien Julie Bélanger, fondatrice du groupe Expo67 sur Facebook, et Luc Gauvreau, passionné de culture et d’histoire (et un peu geek à heures). Les valeurs et l’esprit de l’événement qui a fait entrer le Québec dans la modernité sont encore bien présents et ont également marqué l’ADN culturel de Montréal.

En participant au hackathon des Journées de la culture, à Montréal du 25 au 27 septembre 2015, Luc et moi souhaitons attirer l’attention des institutions (bibliothèques, musées, archives) sur les contributions citoyennes à la mémoire collective à l’ère numérique:

  • Comment celles-ci pourraient-elles se connecter à nos souvenirs partagés?
  • Comment pourraient-elles entrecroiser nos mémoires avec leurs propres collections?

Le 50e anniversaire d’Expo67 sera plus qu’une commémoration, ce sera un point de départ pour la mise en réseau de nos mémoires et de nos cultures. Et si l’esprit d’Expo67 se manifestait dans l’île de Montréal, ses bibliothèques publiques et ses lieux de culture lors de cet anniversaire alors que nous soufflerons les 375 bougies de Montréal ?

Vidéo réalisée par Christian Aubry, au Parc Jean-Drapeau (Expo67, Terre des Hommes), le 19 septembre 2015.

Culture participative et mémoire collective: tous curateurs des souvenirs d’Expo 67

Expo 67 c’est plus qu’un événement: c’est un « éveillement ».

Ce mot est de Luc Gauvreau, un spécialiste de littérature et d’histoire québécoise qui devenu un peu geek à force de numériser des documents pour en extraire des données et les passer à la moulinette de Google Refine.

Je ferai équipe avec Luc (et d’autres volontaires) lors de l’édition montréalaise du Hackathon des Journées de la culture, du 25 au 27 septembre prochains.

Plan de l'Expo 67 appliqué sur une vue par satellite (Google Earth) des îles Saine-Hélène et Notre-Dame.
Plan de l’Expo 67 appliqué sur une vue par satellite (Google Earth) des îles Saine-Hélène et Notre-Dame.

En 2017, Montréal célébrera son 375e anniversaire. Il y aura également 50 ans que, dans un Québec tout juste sorti de la Grande noirceur,  une ville accueillait le monde sur des îlots au milieu du fleuve. Nous nous proposons de réutiliser ou adapter des technologies existantes et gratuites afin de cartographier les lieux et pavillons d’Expo 67 et d’enrichir la documentation disponible avec les contributions des citoyens. Cette interface permettra de stimuler la mémoire des visiteurs et des témoins afin de recueillir leurs souvenirs. Réunis dans un grand calendrier collectif des événements, ces témoignages pourront ainsi être partagés avec les générations plus jeunes.

Le web a permis aux passionnés d’histoire et de culture comme Luc de déterrer des documents enfouis dans les répertoires et bases de données, de partager les fruits de leurs recherches et d’accomplir des tâches souvent ingrates et pour lesquelles les institutions ont peu de ressources (ou d’intérêt). Je crois, comme Luc, que nous devons réanimer la mémoire d’un lieu qui, bien qu’aujourd’hui disparu, a tourné définitivement Montréal vers le monde et a activé dans son ADN la curiosité, l’ingéniosité, l’envie de faire autrement et un goût prononcé pour les rassemblements festifs.  Réactiver Expo 67 dans la mémoire de chacun, c’est aussi ouvrir un laboratoire nouveau pour transmettre la culture.

Nous disposons des éléments suivants:

Mises à jour (16/09/2015)

  • Site Villes éphémères, de Roger La Roche qui fait un impressionnant travail de documentation. Un bon exemple de la contribution des citoyens-experts au travail de mémoire collective.
  • Expo67 – Vive le Québec moderne! Ce blogue, signé prettykitsch, est un coffre au trésor. Parmi de très nombreux documents et anecdotes, on y trouve les archives de Claire Cloutier La Chance, qui travaillait au service des relations publiques de l’Expo, à titre de responsable des manifestations spéciales et des cérémonies officielles de la Place des Nations.

Mise à jour (17/09/2015)

  • Expo Lounge, très chouette blogue, en anglais, d’un amateur de la culture populaire de l’époque (et fan de Michèle Richard). Mention spéciale pour les anecdotes et liens vers des trouvailles.

Mise à jour (18-09-2015)

Nous recherchons des équipiers qui pourront contribuer, par leurs connaissances techniques et leurs conseils,  à faciliter la cartographie collaborative du site. Nous souhaiterions, notamment, que les citoyens puissent ajouter (sans programmation) des éléments sur la carte, les enrichir par leurs commentaires et liens vers d’autres ressources.

En complément, voici deux vidéos repérées par Luc, parmi une multitude de documents partagés sur YouTube:

Tout comme Luc, les membres du groupe Expo sur Facebook et tant d’autres ailleurs sur Internet, l’auteur de ces modélisations expose au présent des bribes de notre histoire sociale et culturelle.  Le projet que nous souhaitons concrétiser lors du hackathon est bien plus que de la technologie. Il vise une mise en relation d’éléments qui leur donnera encore plus de sens et une mise en réseau de passionnés autour d’un sujet commun. Nous avons bon espoir que les institutions de la mémoire collective accueillent avec intérêt les initiatives issues des cultures de la participation et du réseau.

Il est primordial que  la mémoire de cet événement ne se perde pas et qu’il soit possible aux générations futures de découvrir ce qui a amener le monde à Montréal et permis aux Montréalais de s’ouvrir sur le monde.

BDSO : la gouvernance des données en mal de leadership

Initialement publié dans le blogue de Direction informatique, le 6 août 2015.

BDSO - Banque de données des statistiques officielles sur le Québec
Banque de données des statistiques officielles sur le Québec.

L’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a annoncé l’abolition prochaine de la Banque de données sur les statistiques officielles du Québec (BDSO), qui contient des indicateurs socioéconomiques provenant de plusieurs ministères et organismes publics du Québec.

Cette nouvelle envoyait un bien mauvais signal à tous ceux qui s’efforcent de faire entrer le Québec dans l’ère numérique. Quelques heures plus tard, on apprenait que le gouvernement remettait en question cette décision. Quoi qu’il en soit, les enjeux soulevés demeurent bien présents.

En uniformisant et en regroupant les indicateurs au même endroit, la BDSO facilite en effet l’accès à de l’information de qualité pour divers utilisateurs, notamment des chercheurs, des journalistes et des entrepreneurs. Abandonner aux différentes institutions la décision de publier ou pas leurs données, ainsi que le choix des formats de publication, ne permettrait plus d’assurer leur qualité, leur interopérabilité et leur accessibilité. C’est exactement ce que font les organisations qui n’ont pas de politique encadrant la qualité des données, et qui démontrent généralement peu d’intérêt pour leurs actifs informationnels.

La zone grise des actifs informationnels

Emboîtant le pas aux géants de l’économie numérique, de nombreux États se tournent désormais vers l’exploitation des données afin de faciliter la prise de décision, réduire les risques et découvrir de nouvelles opportunités de développement.

Au Québec, malheureusement, pour la majorité des administrations publiques comme pour la plupart des entreprises, il s’agit toujours d’une zone grise. Hors des champs de compétence des directions TI et incompris de la plupart des dirigeants, les ensembles de données forment des amas disparates, difficilement exploitables, et ce, malgré les promesses de l’informatique décisionnelle, ce fameux «BI».

Politique de qualité des données

S’il existe bien, depuis 2004, un Cadre de référence gouvernemental en gestion intégrée des documents, la normalisation des ensembles de données à travers tout l’appareil d’État semble encore échapper au dirigeant principal de l’information.

Mieux que tout méga-système informatique, cette approche contribuerait pourtant à faire disparaître les silos technologiques et organisationnels qui entravent l’efficacité de la fonction publique. Sans approche concertée pour formuler et appliquer des politiques de qualité et d’accès aux données, chacun conserve le choix de sa méthode d’organisation et de ses formats. Et c’est ainsi que les silos perdurent.

Qui est responsable des données?

Si le titre désormais populaire de Chief Data Officer (directeur général des données) témoigne de la volonté de transformation numérique de certaines organisations, il est encore trop tôt pour en constater les résultats concrets.

Cependant, on s’interrogera sur l’autorité et les moyens réels qui lui sont accordés afin d’assurer à la fois la stratégie, la gouvernance et la mise en œuvre de la gestion des données à travers l’organigramme. Il serait peut être plus judicieux de considérer la littératie des données comme une compétence essentielle pour tout dirigeant, au même titre que les autres compétences numériques.

La décision de l’ISQ est donc de nature à semer le doute sur la capacité de nos dirigeants à repérer et décoder les transformations socioéconomiques en cours. Elle envoie donc un signal négatif à ceux qui cherchent un contexte favorable à l’innovation et au développement de la nouvelle économie numérique.

Ne serait-il pas temps que le gouvernement assume enfin un réel leadership dans ce domaine en accordant une priorité stratégique à la gestion et à l’exploitation des données?

Serons-nous clients ou bâtisseurs de la nouvelle économie?

Initialement publié dans le blogue de Direction informatique, le 8 avril 2014.

Program or be programmed - David Rushkoff

Il y a plus d’avantages à être celui qui contrôle un système que celui qui l’utilise.

L’intense compétition entre les acteurs mondiaux des technologies de l’information et l’importance des investissements consentis par plusieurs gouvernements témoignent du passage de l’ère industrielle à celle du numérique.

Malheureusement, il semble qu’au Québec et au Canada, nous ayons choisi d’être des clients plutôt que de figurer parmi les bâtisseurs de la nouvelle économie.

La semaine dernière, on apprenait que Bibliothèque et Archives Canada (BAC) se prépare à remettre la gestion de son catalogue à OCLC, une organisation basée aux États-Unis, faute d’avoir trouvé chez nous un fournisseur capable d’effectuer la modernisation de son système de gestion. Comme c’est le cas dans la plupart des organisations, BAC est aux prises avec un système qui est désuet et ne répond pas aux exigences d’interopérabilité et de flexibilité des réseaux d’information collaboratifs.

Les professionnels des sciences de l’information connaissent bien OCLC (Online Computer Library Center), un organisme à but non lucratif à qui on doit, entre autres, WorldCat, l’agrégation des catalogues de bibliothèques publiques du monde, et Dublin Core, le schéma de métadonnées normalisé qui permet de décrire des ressources numériques. Il ne fait aucun doute que le développement du nouveau système de BAC serait ainsi entre de bonnes mains, même s’il n’est pas souhaitable que les données du patrimoine documentaire et culturel canadien soient hébergées hors de nos frontières.

Cette nouvelle soulève par ailleurs trois enjeux importants pour notre avenir dans une économie numérique :

1. Les systèmes collaboratifs et les données connectées

Il est inquiétant qu’aucune entreprise canadienne du secteur des technologies de l’information ne puisse satisfaire les besoins de BAC. Ce sont des besoins très similaires à ceux des administrations publiques, notamment, dans le contexte des systèmes collaboratifs et du partage de données.

2. L’expertise de l’information

L’exploitation de données n’est pas uniquement une question de technologie. C’est également la maîtrise des principes, méthodes et normes d’organisation des données et des contenus que l’on retrouve en bibliothéconomie et en sciences de l’information. Il y a encore trop peu de spécialistes de l’information là où il le faudrait, notamment en amont des grands projets numériques.

3. La présence numérique

Étrangement, lorsqu’on recherche sur Internet nos créations artistiques et notre patrimoine culturel, les sites des grands acteurs du commerce électronique devancent généralement ceux de nos institutions culturelles. Quand ils ne sont pas inaccessibles aux internautes, les catalogues de nos bibliothèques, musées et autres diffuseurs sont en effet invisibles pour les moteurs de recherche.

4. La dépendance technologique

En sous-traitant la maîtrise d’oeuvre et l’hébergement de projets numériques, les gouvernements privatisent peu à peu l’information, fragmentent des ensembles de données qui devraient être interconnectés et renoncent à développer une expertise interne. De ce fait, en augmentant leur dépendance à des fournisseurs externes, les administrations publiques vont à contre-courant de la nécessaire appropriation des compétences et des usages numériques par les organisations.

Les données, leur valorisation et leur exploitation, sont au cœur de l’économie de l’ère numérique. Nous avons encore le choix entre devenir les bâtisseurs ou rester les clients d’outils technologiques, tout comme nous avons encore le choix entre exploiter nos contenus et en céder le contrôle.

Tout comme le système du catalogue de BAC, combien de temps nous reste-t-il avant de devenir numériquement obsolètes?

La 3e révolution industrielle: survivre ou prospérer ?

Billet publié initialement sur le blogue de MusiQcNumeriQc, un groupe informel de réflexion sur le virage numérique en culture, et plus spécifiquement sur la musique.

La culture est un moteur économique

Voici un très bon argumentaire à l’usage de ceux qui doivent soutenir les investissements publics dans des projets culturels. Il nous est servi par le directeur des communications et affaires publiques de CGI.

Notre productivité est faible. Notre niveau de dérochage est élevé. On parle sans cesse d’une société du savoir où les travailleurs instruits doivent être plus productifs et compétitifs. Investir en culture, c’est soutenir notre productivité et c’est créer de la richesse.

On y mentionne également, un des trop rares débats sur la culture, au cours de la dernière campagne électorale (La culture n’a pas de prix, Les Affaires, 31/08/2012).

Locomotive - Improved road locomotiveAprès celles de la vapeur et du pétrole, une nouvelle ère post-énergies fossiles.

La révolution numérique est sans retour

Investir en culture, nous sommes « pour », évidemment. Mais plus importante que la mondialisation, c’est la troisième révolution industrielle qui pose les plus grands défis pour la culture (et bien d’autres secteurs d’activité économique) au Québec.

La 3e révolution industrielle repose sur l’économie des réseaux (distribution) et les énergies vertes. Plusieurs pays sont en train d’adapter progressivement leurs modèles économiques traditionnels afin d’échapper aux diktats du marché actuel des énergies fossiles. Ces changements (positifs et négatifs) ont des répercussions, à divers niveaux, dans de nombreux secteurs d’activité. La culture n’y échappera pas.

Investir dans des programmes d’alphabétisation numérique nous donnerait les moyens nécessaires pour vivre (et non survivre) les bouleversements qui changent irrémédiablement les modes de production/distribution et les modèles économiques.

Les jeux sont faits, avec ou sans nous

Si la plupart des entreprises du Québec tardent encore à saisir l’urgence du virage numérique, d’autres organisations ont compris. Les gros joueurs de l’industrie du divertissement revoient leurs positions et tissent de nouvelles alliances afin d’occuper l’espace numérique et de tenter de contrôler les réseaux/plateformes de communication/distribution. Excellent rapport de veille du FMC sur ces nouvelles entreprises qui sont déjà géantes dès leur naissance.

Adapter les programmes

Que faire ? Les programmes de soutien aux activités culturelles sont actuellement inadéquats, déconnectés de la réalité numérique. Il semble évident que la culture numérique et les connaissances liées aux nouveaux usages n’ont pas encore remonté dans le percolateur de l’appareil gouvernemental. Exigeons de nos associations professionnelles, nos organismes et nos conseils sectoriels une prise de position sur le virage numérique en culture. Ceci aura pour effet d’obliger ces derniers à s’informer et à consulter leurs membres pour ensuite relayer leurs demandes aux administrations qui sont responsables des programmes de soutien.

 

Sociofinancement : importance de la relation avec les créateurs

Qui dit relation, dit émotion. Entre l’illusion d’une relation affective (« J’aime ») avec une marque et le développement d’une relation avec des créateurs, basée sur l’engagement envers une cause, je privilégie la seconde option, sans aucune hésitation. J’ai contribué au financement d’un autre documentaire des productions du Rapide-Blanc, sur le fleuve Saint-Laurent, dans la même veine que le très engagé  Chercher le courant.

Sociofinancement - Projet Le fleuve Saint-Laurent
Sociofinancement – Projet Le fleuve Saint-Laurent

J’ai reçu un DVD en cadeau et l’équipe me tiendra au courant de l’évolution du projet. J’aimerais bien qu’il y ait un blogue de production : le making off en temps réel est beaucoup plus engageant, permet de documenter et conserver plusieurs aspects de la production qui, autrement, ne sont pas archivés et sert de dynamo la campagne de promotion du produit. Afin d’accroître le financement de son projet, Rapide-Blanc a fait appel à son réseau de contacts, à ceux qui ont apprécié ses documentaires, à ceux qui soutiennent les causes environnementalistes, bref à tous ceux qui pouvaient se sentir interpellés par la cause environnementale. En utilisant Haricot.ca, une plateforme de sociofinancement (crowdfunding), Rapide-Blanc a non seulement atteint son objectif, mais a également débuté la campagne de marketing de son prochain documentaire. Les plateformes de sociofinancement, dont la populaire Kickstater, sont des leviers incontournables pour le (micro) financement de projets. L’an dernier, Tara Hunt, une techno-entrepreneure basée à Montréal, avait trouvé grâce à IndieGoGo le financement nécessaire à une formation de perfectionnement. Le sociofinancement, c’est la culture du partage où la dimension émotionnelle de la relation (fréquemment occultée dans la logique marchande du marketing pourtant désigné « social ») a toute son importance. Un modèle économique basé sur l’engagement (love money) qui séduit peu à peu les artistes et autres intervenants du secteur de la culture.

Will crowdfunding completely replace the consumer model? No. The old consumer model will continue to retain a significant portion of economic activity—not every product, project, or idea is suitable for crowdfunding. Though just like we are starting to reclaim our relationships with the artists, we are called to participate in reclaiming our communities. We are invited to join not out of responsibility, but out of gratitude, a key emotion of the new paradigm. Crowdfunding is a model that better allows us to connect our personal gifts with receivers. This is aligned with the nature of the gift.

Charles Eisenstein, Why crowdfunding is just the beginning.