Myopie technologique et dérive des projets numériques

Œillères pour poney.
Œillères plates pour poney.

 

Initialement publié dans le blogue de Direction informatique, le 18 mars 2015.

L’absence d’une gouvernance de l’information serait-elle à l’origine des dérives des projets numériques?

En janvier dernier, à la suite d’une discussion que nous avons eu sur les histoires d’horreur en projets informatiques, Pierrot Péladeau publiait un billet de blogue sur les compétences que devrait posséder une direction de l’information.  À titre de spécialiste de l’organisation et de la circulation de l’information, je réitérais ce que j’avais déjà exprimé dans un billet publié sur ce blogue. L’approche technocentriste, comme l’arbre qui cache la forêt, accroît considérablement le risque d’échec ou d’enlisement d’un projet. C’est une vision unidimensionnelle d’une réalité multidimensionnelle.

Analyse d’affaires unidimensionnelle

Exiger d’un analyste d’affaires la connaissance d’une technologie spécifique c’est faire passer le schéma d’une application (modules, tâches, fonctions) avant la réalité de l’organisation. Celle-ci est pourtant beaucoup plus complexe, étant un construit humain diversifié et imprévisible.  Pour bien marquer l’écart entre ces deux mondes, ajoutons la réduction des silos fonctionnels, l’émergence des réseaux informels et non hiérarchiques et la mise en place de structures collaboratives.

Conséquemment, on ne s’étonnera pas qu’une analyse des besoins d’affaires tienne davantage de l’analyse fonctionnelle et qu’elle ne parvienne pas à anticiper les délais et les coûts additionnels qui sont générés par les « externalités ».

Confusion de l’information et de l’informatique

Depuis plus de 25 ans, nous confondons le contenu et le contenant : le système informatique est devenu l’information. Un directeur principal de l’information (Chief Information Officer en anglais) ne détient pas de compétences spécifiques en matière d’organisation et de circulation de données et de documents. Un système d’information n’est plus un ensemble de données, documents, processus et outils, mais une marque, un produit technologique. On investit dans les pipelines, mais on oublie ce qui y circule.

Pourquoi une gouvernance de l’information?

Cette confusion a des conséquences extrêmement importantes sur le développement d’une vision stratégique du rôle de l’information. C’est une problématique étrangement peu étudiée en sciences de la gestion, mais qui est clairement exposée par le professeur Cédric Beaudet, de HES, Neuchâtel) :

Le système d’information d’entreprise n’étant pas entièrement informatisé, il ne doit pas être confondu avec le système informatique. Les technologies de l’information (matériel informatique et logiciels) sont quant à elles le support du système informatique.  Nous pouvons donc affirmer que la gouvernance IT permet de diriger et de contrôler le système informatique et non pas le système d’information d’entreprise.

En amont de la gouvernance de projets numériques, une gouvernance de l’information offrirait un cadre pour la prise de décision et la reddition de compte qui sont nécessaires pour la production, l’usage, l’archivage, la qualité et la valorisation de l’information.

Multiplier les perspectives, réduire les risques

La gouvernance est une discipline multiexpertises. Professeur en physique, informatique et biologie, Albert-László Barabási est directeur du Center for Complex Network Research. Il propose des approches qui permettent d’anticiper le comportement de systèmes complexes.

I believe that for a field to be successful, you have to have an ecosystem there, an ecosystem of very different perspectives because if you have a one-line type of thinking, any problem in the field could destroy it. But if you have lots of different people who look at different aspects of the problem, with different expertise and have a different set of goals that they’re trying to get out from the project, then the field is much healthier, much more innovative. It progresses in a better way.

Traduction libre :

Je crois que pour qu’un champ de pratique soit propice à la réussite,  il faut un écosystème;  un écosystème qui réunit des perspectives très différentes parce que si vous avez une seule ligne de pensée,  un seul problème survient et tout est détruit. Mais si vous avez beaucoup de gens différents qui considèrent les différents aspects du problème, avec une expertise différente et en fonction de buts différents, le champ de pratique est alors beaucoup plus sain, beaucoup plus innovant. Il progresse beaucoup mieux.

La gouvernance de l’information ne vise pas uniquement à corriger la myopie technologique des organisations, elle constitue avant tout une démarche de changement intégral pour faire tomber les silos organisationnels, culturels et technologiques.

Si nous retirions le mot « numérique » de l’expression « transformation numérique », nous inviterions probablement les bonnes personnes autour des tables de discussion.

Dans une économie où des empires se créent sur l’exploitation de données, ne serait-il pas temps de développer une véritable culture de l’information?

Données ouvertes: comment améliorer la qualité et l’utilisabilité des ensembles

 

Commission européenne - Formation en ligne sur la qualité des données ouvertes

 

Éléments d’information pour la préparation d’un atelier dans le cadre d’un événement montréalais pour la Journée internationale des données ouvertes, le 21 février prochain, à la Maison Notman.

Voici des enjeux et des exemples qui sont susceptibles de réunir des représentants des gouvernements, des organismes et des citoyens autour d’une démarche constructive.

Littératie de l’information et culture des données

Développer une culture des données pour que la libération de données soit plus qu’une démonstration de transparence : le développement d’écosystèmes actifs et diversifiés.

L’open data est-il un leurre politique ?

Nous avons besoin d’une culture qui fasse bien comprendre qu’une donnée n’est pas quelque chose de naturel, mais de construit. Les données sont construites, produites, et le processus de fabrication est aussi important que la donnée en elle-même.

Curation des données: améliorer le rendement de la libération des ensembles

Il n’est pas suffisant de libérer des données: il faut pouvoir les trouver et comprendre ce à quoi elles peuvent servir. Ceci implique un catalogage précis des ensembles: type d’information, origine, secteurs d’activités concernés, liste des données, période couverte de même qu’une indexation par mots clés contrôlés et par les utilisateurs (folksonomie). L’indexation permet de relier entre eux des ensembles de données quelque soit leur origine et leur classification.

Sorting Through the Government Data Explosion

All the data the American government is pouring onto the Web will be useful only if people can make sense of it. What’s needed are tools for sorting, combining and presenting raw data sets in visual form.

Approche centrée sur l’utilisateur

Accéder à l’information municipale, provinciale et fédérale qui concerne notre lieu de résidence ou la localisation de notre entreprise. Remédier à la dispersion de l’information (qui, quoi, quand, où?) par la standardisation des métadonnées et l’interopérabilité des ensembles de données.

The biggest failure of open data in government

Do you know all the different government bodies and districts that you’re a part of? Do you know who all your elected officials are? Do you know where and when to vote or when the next public meeting is? Now perhaps you’re thinking that this information is easy enough to find, so what does this have to do with open data? It’s true, it might not be too hard to learn about the highest office or who runs your city, but it usually doesn’t take long before you get lost down the rabbit hole. Government is complex, particularly in America where there can be a vast multitude of government districts and offices at the local level.

Interopérabilité des données quelque soit leur origine

Un guide pour favoriser l’interopérabilité des ensembles de données. Métadonnées descriptives de base : organisation, événement, personne, législation.

The Open Civic Data Project – Sunlight Foundation

Using Open Civic Data makes it is easier for governments to share data and for people to engage with their governments. Open Civic Data also provides guidance on how to publish all of this information so it can be shared across city, county and state jurisdictions. Adoption of Open Civic Data can:

  • Make content about local governments easier to find.
  • Provide a clear path for archiving and relating data across years.
  • Help governments make their data more open to citizens and developers alike.
  • Increase data portability across cities, counties and states.

Standards d’interopérabilité : modèles d’approches

Utiliser un langage commun à tous les services du gouvernement qui produisent des données pour la description des ensembles de données. Standards d’interopérabilité de la politique de qualité des données du gouvernement de l’état du New South Wales, Australie.

Data Interoperability Standards

The links below provide access to data standards which support data interoperability and exchange of information by NSW Government agencies.

Standards offer a common language enabling agencies to appropriately share or compare data managed across diverse systems.

  • Standard Approach to Metadata (pdf)
  • Standard Approach to Information Architecture (pdf)
  • Standard for Customer Reference Data (pdf)
  • Standard for Spatially Enabling Information (pdf)
  • Standard for Human Services Classification (pdf)
  • Standard for Data Quality Reporting (pdf)

Facteurs contribuant à la réutilisation des données

Éléments communs des meilleures pratiques de gestion de données ouvertes. Série de présentations du groupe Open Data Support, au sein de la Communauté européenne.

La qualité des Données et Métadonnées Ouvertes

  • Fournir des descriptions appropriées aux données (métadonnées);
  • Utiliser des vocabulaires standards pour les données et métadonnées;
  • Spécifier la licence sous laquelle les données peuvent être réutilisées;
  • Respecter les exigences légales en matière de protection de données personnelles et autres données sensibles;
  • Représenter les métadonnées et les données selon les principes de données libres en utilisant les URIs persistants pour identifier les ressources;
  • Fournir des informations sur la source des données.

 

Distribution de masse et individualisation de la consommation

Signalisation: tirez, poussez

Lu dans le cahier Télévisions du journal Le Monde (7-13 juillet 2014).

Maîtriser le code, c’est contrôler la connaissance et la diffusion. Ayants droit et groupes audiovisuels ne l’ont manifestement pas encore bien assimilés. (Olivier Dumons)

La télé rattrapée par les pirates, par Olivier Dumons

Les chaînes cherchent à endiguer l’essor du piratage de leurs contenus numériques. Certaines proposent même de nouer des partenariats avec des sites de copie de programmes.

Nous somme clairement dans une phase de transition. La télévision de rattrapage n’existait pas il y a trois ans. Sous la pression des usages, les ayants droit vont devoir évoluer, la réglementation devra suivre et la manière de commercialiser aussi. On voit bien par exemple qu’un abonnement à bas coût peut régler beaucoup de problèmes. Il nous faut donc inventer des modèles d’affaires qui tiennent compte de ces possibilités techniques plutôt que de sortir un arsenal répressif. » (Philippe Deloeuvre, directeur de la stratégie, France Télévisions)

Les chaînes françaises se cherchent un avenir, par Olivier Dumons

Groupe d’étude « Médias et nouvelles technologies » du Sénat – Réunion des principaux acteurs de l’audiovisuel français afin d’exposer leurs craintes face aux nouveaux acteurs audiovisuels de type Netflix, ainsi que face aux mutations du marché. 25 juin 2014.

Les diffuseurs s’adressaient jusqu’à présent à des foyers avec des réseaux assez encadrés. Aujourd’hui, nous devons nous adresser à des individus distincts, comme dans la téléphonie. /…/ Cette individualisation de la consommation nous affecte fortement car nous n’avons toujours pas trouvé de solutions pour financer le cinéma français avec cette demande individuelle, aussi forte soit-elle. (Manuel Alduy, directeur de Canal+)

Le numérique accélère le déclin de l’antenne, par Joël Morio

Un foyer sur cinq ne dispose que d’une box pour recevoir les programmes, même sir la télévision numérique terrestre reste le premier mode de réception (57,9%). /…/ Les tablettes, ordinateurs et smartphones se substituent doucement mais sûrement à l’écran du salon.

Inversion du courant

À contrario de la distribution de contenu dans un marché de masse:  l’individualisation de la consommation (accéder au contenu que je veux et quand je veux) propulsée par l’adoption généralisée des outils et usages numériques.

Dans l’urgence, recherche de nouveaux modèles de financement, de distribution et de production.

L’individualisation de la consommation requiert , non seulement la maîtrise du code mais surtout, la littératie des données. Celle-ci permet de contextualiser la demande afin que les infrastructures, les acteurs et les contenus puissent s’adapter et demeurer des options.

Littératie des données: transparence et qualité de l’information

Commission européenne - Formation en ligne sur la qualité des données ouvertes
Commission européenne – Formation en ligne sur la qualité des données ouvertes

Nous avons besoin d’une culture qui fasse bien comprendre qu’une donnée n’est pas quelque chose de naturel, mais de construit. Les données sont construites, produites, et le processus de fabrication est aussi important que la donnée en elle-même. Evelyn Ruppert, sociologue spécialiste des données.

Données ouvertes, journalisme de données, intelligence d’affaires et exploitation de la datamasse (big data, au sens de biomasse): les données sont les principales ressources de l’ère numérique. La qualité des données et la normalisation des ensembles de données sont cependant des enjeux qui demeurent généralement ignorés dans les projets numériques.  Il n’est donc pas étonnant que l’information dont nos gouvernants et nos institutions disposent soit difficilement exploitable et peu fiable.

Mémoire déposé à la commission Charbonneau

Le 13 juin 2014, j’ai déposé un mémoire dans le cadre des consultations publiques de la Commission d’enquête sur l’industrie de la construction (commission Charbonneau) qui vise plus particulièrement l’attribution de contrats publics.

Lire  le mémoire que j’ai déposé à la commission Charbonneau.

Mise à jour (14 juillet 2014)

Je tiens à souligner qu’à ma connaissance deux autres mémoires ciblent spécifiquement le rôle essentiel que joue la libération des données publiques dans l’établissement de processus transparents et équitables:

NordOuvert /OpenNorth

Rôle des données ouvertes pour diminuer la corruption et les bonnes pratiques internationales en matière de divulgation des données sur les marchés publics.

Hackons la corruption

Projet de citoyens visant à combattre la corruption en améliorant la transparence des contrats publics publiés sur le site du Système électronique d’appels d’offres (SEAO.ca)

FACIL 

Organisme sans but lucratif dont le mandat est de promouvoir l’adoption, l’usage et la démocratisation de l’informatique libre.  N’ayant pas pu publier de mémoire, FACIL a transmis ses commentaires à la Commission dont en voici un extrait:

Pour le dire sans détour, nous croyons que les systèmes publics d’information à la disposition des citoyens pour l’exercice de leurs devoirs de surveillance des activités de l’État doivent être revus complètement afin de les rendre compatibles avec l’éthique de l’informatique libre. C’est à cette condition qu’ils seront vraiment utiles autant aux citoyens lambda qu’aux élus et aux fonctionnaires.

Les trois documents que nous vous présentons traitent, dans l’esprit du «gouvernement ouvert», des critères que doivent rencontrer les systèmes informatiques de divulgation de l’information sur les marchés publics et le lobbyisme. Le premier a été produit par FACIL, tandis que les deux autres sont des traductions de FACIL. Mathieu Gauthier-Pilote, membre du conseil d’administration de FACIL

Le «Dossier gouvernement ouvert» peut être consulté sur le wiki de FACIL: http://wiki.facil.qc.ca/view/Dossier_gouvernement_ouvert

Il est très encourageant de constater la présence d’acteurs du secteur numérique  parmi les propositions soumises aux consultations publiques dans le cadre de cette commission d’enquête.

Que restera-t-il de la commission Charbonneau?

Initialement publié dans le blogue de Direction informatique, le 10 mars 2014.

La Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction a récemment invité les citoyens et les organismes à s’exprimer relativement à l’infiltration de la corruption au sein de processus de gestion publique.

La commission qu’on appelle communément « Commission Charbonneau » devrait favoriser, entre autres, l’implantation d’un système plus intègre et plus équitable. Mais est-ce bien suffisant?

Signalisation-Rond-point

Ce ne sont pas uniquement les processus qu’il faut réviser, c’est aussi l’organisation de l’information : ce qui la rend signifiante et qui facilite le repérage des anomalies et des schémas récurrents.

En janvier dernier, avait lieu à Montréal OpenContracting, une première rencontre sur la standardisation des données relatives aux projets d’aide internationale. La normalisation des métadonnées, ces descripteurs qui décrivent un ensemble de données, permet de connecter entre elles des sources d’information et d’améliorer la traçabilité des flux financiers. La Banque mondiale s’intéresse à cette initiative, car les programmes d’aide au développement sont désormais scrutés par des citoyens et des organismes qui attendent une reddition de compte. Il y a partout, au sein des entreprises comme des gouvernements, un urgent besoin d’organisation et de normalisation des données afin de faciliter le travail des vérificateurs.

Quand on parle de normes et standards dans le domaine des technologies de l’information, on pense surtout à la programmation, aux infrastructures ou aux protocoles, mais rarement aux métadonnées. Et pourtant, comment prendre de bonnes décisions quand les données de nos systèmes ne peuvent se connecter entre elles ?

Connecter les ensembles de données

Au sein de processus, comme la gestion de contrats publics, il faudrait une politique de qualité des données et des principes auxquels devraient se conformer les concepteurs de bases de données. Voici quelques exemples :

  • La nomenclature de champs commune
  • Les formats de métadonnées standards
  • Les règles d’intégrité des données (ex.: champ non renseigné et sans explication, valeur incohérente, orthographe inconstante)

Les journalistes qui ont travaillé avec les données comme celles du Système électronique d’appels d’offres (SEAO) du gouvernement du Québec, entre autres, ont pu constater que ces principes ne sont pas appliqués.

Uniformiser les soumissions

Il est beaucoup plus facile d’analyser les renseignements concernant une entreprise, ainsi que les éléments qui sont inclus dans une soumission, lorsque toutes les données requises sont recueillies à l’aide d’un formulaire – d’une façon similaire à une déclaration de revenu. Autrement, les éléments essentiels sont noyés dans un document qui peut dépasser une centaine de pages.

Il faut donc souhaiter l’uniformisation du format des soumissions par l’imposition d’un support numérique, d’une structure et de champs identiques à tous les soumissionnaires d’un même appel d’offres.

La mise à disposition de données fiables, de qualité et à jour est le moyen le plus efficace et le moins coûteux pour contrecarrer la systématisation de pratiques illégales au sein des administrations publiques. Exposer les lacunes du processus et les dérives d’un système est nécessaire, mais il est essentiel, pour une administration publique efficace, vigilante et transparente, d’investir dans la normalisation de ses ensembles de données.

Adopter des principes et des règles communes

Ce qu’il faut retenir des événements de la Journée internationales des données ouvertes, le 22 février dernier, c’est que différentes administrations publiques se préparent à favoriser l’interconnexion des données.

En effet, les villes de Montréal, Québec, Gatineau, Sherbrooke ainsi que le gouvernement du Québec ont convenu de l’adoption d’une licence commune pour la mise à disposition des ensembles de données ouvertes. Il s’agit d’un gros coup de barre vers la normalisation, alors que les silos technologiques, structurels et culturels prévalent au sein des organisations.

Que restera-t-il des révélations de la commission Charbonneau si nous ne nous attaquons pas au cœur du problème qu’est la qualité de l’information?

Données ouvertes : transformer le gouvernement

Initialement publié dans le blogue de Direction informatique, le 27 janvier 2014.

Si on peut s’interroger sur la qualité des ensembles de données ouvertes, comme c’est le cas pour celles du Système électronique d’appel d’offres (SEAO), que penser de celle des bases de données de l’appareil gouvernemental?

Jusqu’à présent, les professionnels des sciences de l’information étaient pratiquement absents des projets informatiques. Pourtant, la libération de données constitue une opportunité pour les spécialistes de l’organisation et de l’indexation de contenu, mais aussi pour les administrations qui souhaitent passer en mode numérique.

Principes de l'ouverture des données
Principes de l’ouverture des données – Portail des données ouvertes de la Ville de Montréal

Vecteur de changement

Le parlement de l’État du New South Wales en Australie, qui décrétait en novembre dernier que les données gouvernementales seraient ouvertes par défaut, a publié une politique pour assurer la qualité de ses données. Cette politique comprend des normes, des directives et des procédures pour une gestion des données et de l’information de manière sécuritaire, structurée et uniforme.

En libérant ses données par défaut, ce gouvernement oblige l’ensemble de ses ministères, agences et institutions à prendre les mesures nécessaires pour que les systèmes d’information soient conformes. Un tel changement en profondeur soutenu par le ministère des Finances.

Et ici?

De nombreux organismes, réseaux et initiatives citoyennes interagissent avec des représentants des administrations provinciale et municipales qui sont convaincus du rôle central des données pour le développement socioéconomique du Québec.

Voici deux activités d’intérêt qui auront lieu sous peu :

1. Des normes mondiales pour les contrats publics

Le 31 janvier prochain aura lieu à Montréal un atelier sur le développement de normes pour la divulgation des données des contrats publics.

L’adoption de normes communes est essentielle parce qu’elle permet de connecter des ensembles de données et d’analyser de l’information pour prendre de meilleures décisions.

C’est un événement auquel se devraient d’assister les représentants de l’administration, des technologies, des sciences de l’information, du monde des affaires.

2. Des données ouvertes pour se faciliter la ville

Le 22 février prochain, des événements auront lieu simultanément au Québec pour souligner la Journée internationale des données ouvertes. Pour l’occasion, la Ville de Montréal accueillera dans ses locaux de la rue Brennan une rencontre organisée par Québec Ouvert.

Les citoyens, les fonctionnaires, les entrepreneurs, les développeurs et les chercheurs qui souhaitent se tenir à jour sur les récents développements, échanger des informations, présenter des projets ou étendre leur réseau de contacts sont les bienvenus.

Harout Chitilian, le vice-président du comité exécutif de la Ville de Montréal, qui est responsable de la réforme administrative, du dossier de la Ville intelligente ainsi que des technologies de l’information, sera présent.

Amélioration ouverte

Dans le foulée de précurseurs comme les États-Unis et plusieurs pays d’Europe, de nombreuses administrations publiques libèrent des ensembles de données qu’elles mettent à la disposition des citoyens et entreprises.

En plus de la transparence, de telles initiatives permettent d’atteindre plusieurs objectifs, comme favoriser le développement d’applications, améliorer l’accès à l’information, accroître l’offre de services gouvernementaux, contribuer à la recherche et au démarrage d’entreprises.

Surtout, libérer des données c’est améliorer ses processus internes par l’adoption de normes reconnues et de meilleures pratiques. La libération de données est un vecteur de transformation organisationnelle.

Contrats publics: standards de qualité des données ouvertes

Le 31 janvier prochain aura lieu à Montréal un atelier sur le développement de normes pour la divulgation des données des contrats publics. La piètre qualité des données ouvertes du Système électronique d’appels d’offres (SEAO) devrait nous inciter à exiger l’adoption d’une politique pour des données fiables, à jour et exploitables.

Open Contracting est une initiative internationale, parrainée, entre autres, par la World Wide Web Foundation. Il s’agit d’une première action officielle qui a pour objectif le développement de standards pour améliorer la qualité de l’information des marchés publics.

L’atelier est gratuit et ouvert à toux ceux qui s’intéressent aux enjeux de la transparence, de la gouvernance et de l’accès à l’information: citoyens,   professionnels des technologie de l’information, fonctionnaires, entrepreneurs, juristes.

L’activité aura lieu au Hilton Bonaventure, de 9h00 à 15h00, le 31 janvier 2014. Inscription requise pour participer.

Commerce électronique: deux bonnes raisons pour aller voir ailleurs

Initialement publié dans le blogue de Direction informatique, le 18 décembre 2013.

Lorsqu’on parle de commerce électronique au Québec, il est souvent question de stratégie et de technologie, mais rarement d’information. Pourtant, qui n’a déjà fait ou entendu ce genre de commentaire : « C’est plus facile à trouver avec Google que sur le site de [XYZ]! »?

Tout comme l’information stratégique, l’organisation et l’exploitation des données concernant l’offre commerciale ne semblent pas encore faire partie des enjeux prioritaires de trop d’entreprises.

Labyrinthe de la Cathédrale de Reims

Une question d’information

Selon une étude récemment publiée par le CEFRIO, malgré la croissance du nombre d’achats en ligne, ceux-ci sont majoritairement effectués à l’extérieur du Québec. Quel dommage pour notre économie! Parmi les raisons qui pourraient expliquer cette préférence, il y en a deux pour lesquelles il serait tout à fait possible d’apporter des correctifs :

1. Le catalogue de produits n’est pas terrible

Les géants du commerce en ligne, ainsi qu’un nombre croissant de grandes marques américaines, investissent dans la mise en valeur de leur offre commerciale sur Internet en ouvrant aux internautes de très efficaces catalogues de produits.

Cela fait plusieurs années que des sites de commerce européens déploient cette force de frappe numérique. Il suffit, lors d’un séjour outre-mer, de chercher un simple appareil électro-ménager en ligne pour se voir proposer différentes marques et prix à même les résultats affichés par Google. Par ailleurs, plusieurs grandes enseignes s’intéressent au web sémantique afin d’ajuster leur moteur de recherche interne aux besoins exprimés de façon non explicite.

Désolée d’insister : les métadonnées descriptives sont au cœur de la recherche sur Internet. Les moteurs de recherche raffolent particulièrement de celles qui s’appuient sur des formats standards car elles sont faciles à interpréter et à contextualiser. Or, la plupart des catalogues en ligne au Québec ne sont constitués que de fiches d’information qui sont fournies par les manufacturiers. Résultat : il y a aucun format commun et on utilise un vocabulaire qui s’adresse davantage au service de l’approvisionnement qu’à la clientèle cible.

Enrichir les données d’une fiche produit avec des métadonnées permet d’ouvrir un catalogue à un grand nombre d’applications de recherche, et ainsi, de diffuser plus largement une offre qui, autrement, restera confinée au site Internet d’origine.

De tous les secteurs d’activité au Québec, par exemple, seule la musique connaît une initiative liée aux métadonnées. Il s’agit de TGiT, qui promeut l’adoption de métadonnées standards incrustées aux fichiers MP3 afin d’intensifier la présence numérique des créations québécoises.

La concertation autour de normes requiert des efforts considérables de la part de l’ensemble des acteurs d’un écosystème, mais c’est à ce prix que s’acquiert une présence forte et une certaine autonomie face aux géants du web comme Amazon et Apple.

2. La recherche sur ce site est une corvée

L’accessibilité et la qualité de l’information concernant les produits et leurs processus d’achat sont à l’origine de l’insatisfaction de nombreux consommateurs.

Si la partie transactionnelle peut être améliorée par des spécialistes de l’interface utilisateur, l’architecture de l’information devrait être élaborée avec les méthodes des sciences de l’information. De trop nombreux catalogues en ligne, incluant ceux des grandes entreprises, n’ont pas de schéma de classification, de catégorisation et de métadonnées cohérents et évolutifs qui permettraient aux moteurs de recherche internes et externes d’être plus efficaces.

Les moteurs de recherche internes sont rarement paramétrés adéquatement et cela constitue le plus grand irritant : il y a trop de résultats ou bien aucun résultat, le tout sans proposition d’alternative.

Un autre sujet d’amélioration est la recherche à facettes, qui permet de trier des résultats en fonction d’attributs spécifiques. Ces attributs se limitent habituellement au prix et à la marque, alors que d’autres informations plus utiles, comme les caractéristiques propres au type de produit, n’y sont pas.

Par exemple : pour un convecteur de 150 watts, on devrait proposer linéaire, thermostat intégré, puissance, spécialité (p. ex. un chauffe-serviettes). C’est un investissement qui permet de faciliter la recherche et, donc, d’accroître les ventes et de rentabiliser ainsi le coût d’acquisition de la technologie.

De plus, ces attributs permettent non seulement de contextualiser l’offre (p. ex. la variété des options), mais également d’enrichir l’analyse des données sur les besoins de la clientèle.

Le catalogue de produits demeure le maillon faible du commerce électronique au Québec. Pour trop d’entreprises, c’est encore une brochure ou, au mieux, une arborescence de site web. Mais pour les plateformes commerciales à succès, il s’agit plutôt d’un ensemble de données structurées s’adressant aux consommateurs afin de faciliter leurs décisions d’achat. Et pour celles qui sont entrées dans l’économie numérique, c’est aussi la composante d’un système d’information stratégique.

Pour Noël 2014, les sites de commerce en ligne seront-ils enfin passés en mode « information » au Québec?

Contrats publics: des données de qualité pour une meilleure vigilance

Initialement publié dans le blogue de Direction informatique, le 2 décembre 2013.

Par les temps qui courent, on entend souvent dire que des pratiques transparentes et équitables seraient essentielles afin d’accroître la concurrence entre les soumissionnaires et obtenir un meilleur rapport qualité-prix pour réduire les dépenses publiques.

Dans ce contexte, la publication de données relatives au processus d’octroi de contrats publics contribuerait à la transparence de l’appareil gouvernemental et faciliterait la vigilance des citoyens et des fonctionnaires. Encore faut-il que ces données soient structurées, fiables et cohérentes.

Système électronique d'appels d'offres du gouvernement du Québec - SEAO

Le cas du SEAO

Les contrats publics du gouvernement du Québec représentaient, en 2011, un marché de plus de 5 milliards de dollars. En juin dernier, le gouvernement du Québec, par le biais du Conseil du Trésor, libérait les données du Système électronique d’appels d’offres (SEAO). Cette plateforme réunit les appels d’offres du gouvernement du Québec, des municipalités et de divers organismes et agences.

Le 16 novembre dernier, lors d’un hackathon organisé à la Maison Notman, à Montréal, des volontaires se sont penchés sur les données ouvertes du SEAO. Une équipe technique a procédé à l’analyse et au nettoyage de l’ensemble de données. Constat : de nombreux champs sont vides, il n’y a pas d’identifiant unique pour les fournisseurs, ni de formats de métadonnées standards et, surtout, on y trouve un grand nombre de doublons, notamment pour les noms d’entreprise. Ainsi, après « nettoyage », le nombre de fournisseurs est passé de 54 692 à 37 579.

Aussi, le modèle de données fourni est bien insuffisant pour contextualiser l’information et les documents enfermés dans des fichiers PDF ce qui interdit une analyse approfondie de leur contenu.

Intégrité des données et qualité de l’information

Une autre équipe a tenté d’évaluer le système du SEAO en regard des directives sur l’ouverture des données des marchés publics qui ont été publiées par la Sunlight Foundation. Cette association internationale fait la promotion de normes et standards pour la transparence des gouvernements.

Parmi les lacunes identifiées dans le système, voici des éléments qui sont essentiels à la qualité de l’information, mais malheureusement absents des données publiées :

  • Un identifiant unique utilisé de bout en bout du processus de marchés publics, de l’avis d’appel offres jusqu’au rapport des dépenses. Cet identifiant devrait permettre les relations parent-enfant entre les entités à identifier.
  • L’adoption de normes existantes pour la diffusion des données et pour assurer l’interopérabilité de celles-ci entre les unités administratives.
  • Le texte intégral des contrats.
  • L’état des contrats (date d’achèvement prévue, date d’achèvement réelle, dépassements de coût, rendement du contractant).
  • Les données concernant la sous-traitance.

Fonctionnaires et élus mieux équipés et plus vigilants

Ces éléments permettraient de concevoir un tableau de suivi des contrats, depuis la rédaction de l’appel d’offres jusqu’à la livraison des produits/services. Ce serait là, plus qu’une preuve de transparence présentée aux citoyens, un véritable outil de surveillance pour les élus et les fonctionnaires dont la visibilité sur les dossiers et les processus n’est, hélas, souvent guère meilleure que celle des citoyens.

Ce n’est cependant réalisable que si l’on améliore la qualité des données à la source, en imposant des règles concernant la divulgation ainsi que des formats de saisie.

Que pouvons-nous attendre du développement de méga systèmes d’information ou même, de « villes intelligentes », si les administrations publiques n’appliquent pas les méthodes et les normes requises pour assurer la qualité des données ?

Promesses du «BI» et réalités de l’information

Initialement publié dans le blogue de Direction informatique, le 13 novembre 2013.

Si les collections des bibliothèques étaient gérées comme on gère l’information dans les organisations, nous aurions des bibliothèques du Moyen-Âge, où seul un moine érudit pourrait trouver l’information dont vous avez besoin.

Avec ses innombrables répertoires de fichiers, ses nomenclatures incompréhensibles, ses cachettes et ses cul-de-sac, l’écosystème de l’information en entreprise ressemble bien plus à la bibliothèque cauchemardesque du roman Le nom de la rose qu’à un centre de données parfaitement bien organisées. L’informatique décisionnelle ou business intelligence en anglais réaliserait-elle des prodiges ?

Statistiques et indicateurs

La réalité de la gestion et de l’exploitation de l’information dans une organisation a peu changé depuis des décennies. Si la capacité de traitement et d’analyse de l’informatique décisionnelle a considérablement évolué, les problématiques de la gestion stratégique de l’information sont demeurées les mêmes :

Les silos informationnels

C’est l’un des défis les plus importants de l’informatique décisionnelle. Produire une information exacte et complète à propos d’une situation ou d’un événement requiert la mise en relation de données et d’informations diverses et en provenance de différents systèmes et unités d’affaires.

C’est un parcours qui comporte des barrières structurelles (directions, divisions, services), culturelles (rétention de l’information, lutte de pouvoir) et technologiques (systèmes fermés et incompatibles, absence de formats de métadonnées standards).

La partie immergée de l’iceberg

Tel que commenté dans un précédent billet, les organisations investissent davantage dans l’informatique que dans l’information. Rares sont les entreprises qui ont su instituer une véritable culture qui valorise sa gestion et son partage. Le repérage, la collecte et le traitement de l’information sont pourtant des activités quotidiennes : aux courriels, échanges verbaux, annotations de document, présentations et rapports auxquels s’ajoutent aujourd’hui les contenus transitant sur les plateformes collaboratives et les réseaux sociaux.

Cette information n’est pas constituée de données structurées, elle n’est pas catégorisée, elle n’est pas toujours explicite (plus souvent implicite ou ambiguë) et elle est difficilement repérable à l’aide d’un moteur de recherche. Elle a pourtant autant de valeur que celle qui se trouve parmi les données structurées et unifiées dans un entrepôt de données.

L’absence de contexte

La mise en contexte des données est essentielle à une information de qualité. Les indicateurs des systèmes d’aide à la décision projettent une réalité : celle qui provient des données structurées, des calculs et des rapports. On peut s’interroger sur leur capacité à traduire la complexité des multiples facettes d’une organisation. Prenons par exemple la baisse des ventes d’un produit qui peut être liée à un ensemble de facteurs et dont les indicateurs avancés sont, entre autres, des données non explicites et des contenus non structurés comme des échanges de courriels, le tout en provenance de sources diverses :

  • La gestion du personnel (roulement élevé du côté des représentants);
  • Le service à la clientèle (réclamations des consommateurs);
  • La veille stratégique (succès d’un produit concurrent);
  • Le marketing (dénigrement sur les médias sociaux);
  • La gestion des stocks (difficulté d’approvisionnement);
  • La production (baisse de la qualité des pièces d’un fournisseur);
  • Les ventes (commentaires d’acheteurs: produit vieillissant).

Pour contextualiser l’information, il faut pouvoir faire des liens entre les ensembles de données. Une tâche quasi impossible, compte tenu des silos informationnels.

Intelligence collective et informatique décisionnelle

L’intelligence collective d’une organisation repose sur une approche méthodique de la gestion de l’information qui s’appuie sur des standards reconnus, comme les formats de métadonnées descriptives. Elle devrait recourir à des compétences spécialisées dans le traitement et l’organisation des contenus. Elle concerne par ailleurs tous les membres de l’organisation. À cet égard, il faut développer une culture de l’information qui encourage la participation de chacun à la qualification (signalement, validation, modification) et à la gestion des contenus (sélection, mots clés).

L’informatique décisionnelle repose essentiellement sur des données structurées. La technologie ne constitue donc qu’un élément de la solution. Ce sont l’expertise et l’expérience humaine qui contribuent à enrichir cette matière brute en l’organisant, en la reliant à d’autres informations, en la contextualisant et en la partageant.

Tant que les silos informationnels perdurent et qu’il n’y a pas de véritable culture de la gestion de l’information, l’informatique décisionnelle ne peut être vraiment efficace.

Dans ces conditions, ne croyez-vous pas qu’une prise de décision éclairée relève du miracle ?

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