Vers une stratégie numérique gouvernementale ?

Ne plus discriminer le logiciel libre au gouvernement est un choix politique. L’éthique, l’autonomie, le partage et la collaboration qui sont valorisées par le logiciel libre pourront-elles changer la culture de l’appareil gouvernemental ?

Voici l’allocution prononcée (sans notes et, il faut le dire, avec naturel) par la présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne, lors de la clôture du Salon du logiciel libre du Québec, le 7 décembre 2010.

Notes prises au cours de l’allocution:

  • Reconnaissance de la discrimination du logiciel libre dans les processus d’approvisionnement du gouvernement (il aura fallu la poursuite intentée par Savoir-faire Linux pour en arriver là);
  • Constat de l’effet de silo résultant de la décentralisation de la gestion des ressources informationnelles (« la main gauche ne sait pas ce que fait la main droite »);
  • Retard numérique du Québec (le fameux plan numérique, brièvement mentionné);
  • Modernisation des architectures technologiques et des méthodes de gestion de projets (passer de fossile à agile);
  • Attention aux chantiers éléphantesques (projet GIRES, de funeste mémoire) : morceler les projets;
  • La politique cadre ciblera particulièrement les secteurs de la santé et de l’éducation;
  • Il faudra s’armer de patience pour qu’un logiciel libre remplace un logiciel propriétaire lorsqu’il s’avère être la meilleure solution. Le changement n’adviendra pas du jour au lendemain. Il faudra 2 à 3 ans pour la mise en œuvre de la politique cadre;
  • Expertise interne : manque de connaissances informatiques adéquates au sein de l’appareil gouvernemental.
  • Changement organisationnel et culturel (numérique) profond et de très grande ampleur (il affectera les fournisseurs externes) : un nouveau Klondike pour les sociétés conseils ?

Dépôt du projet de loi 133

Le logiciel libre a fait une entrée officielle au gouvernement du Québec, hier, avec le dépôt du projet de loi 133: Loi sur la gouvernance et la gestion des ressources informationnelles des organismes publics et des entreprises du gouvernement.

Le texte de loi confirme le retour à une gestion centralisée des ressources informationnelles. Il met en lumière la question du manque de compétences de pointe en informatique, faute d’avoir externalisé graduellement cette expertise, à l’image des services d’ingénierie (contrecoup des partenariats public-privé). Un enjeu aussi stratégique que la maîtrise et l’exploitation des TIC doit demeurer sous la vigilance et le contrôle de spécialistes compétents de l’administration publique.

Souhaitons que cette centralisation améliorera les pratiques de gestion dans l’appareil gouvernemental (moins de silos, plus de collaboration, meilleure communication et surtout, amélioration de la supervision et de la coordination des initiatives).

Politique cadre

Publiée par le Ministère des Services gouvernementaux, la politique cadre contient les principes d’application pour la mise en œuvre des changements qui seront requis et/ou entraînés lorsque le projet de loi aura été approuvé par l’Assemblée nationale.

Il s’agit également de l’annonce d’une première stratégie gouvernementale d’exploitation des technologies de l’information et des communications (on oublie trop souvent le «C» lorsqu’on parle des TI). C’est un appel aux directions technologiques à élargir leur vision notamment en matière d’intégration des nouveaux usages du numérique.

La direction des ressources informationnelles devra faire preuve de vision et de leadership pour piloter ce chantier.

Après la révolution tranquille, la révolution numérique ?

Le choix du logiciel libre est une des manifestations de la révolution numérique. Le gouvernement 2.0 en est une autre. Ce sont des choix qui peuvent changer positivement la façon dont on fait de la politique.

Voici une très intéressante application de gouvernement 2.0 fourni par Bertrand Duperrin (@bduperrin), qui suivait le fil #s2lq malgré le web et le décalage horaire. La Ville de Bordeaux a mis en ligne un environnement interactif pour permettre aux citoyens de participer au processus décisionnel.

***** Mise à jour (10 décembre 2010)

Commentaire critique de Nelson Dumais sur le projet de loi 133 (carnet Technaute) sur l’annonce gouvernementale, certes, c’est une perspective toute personnelle, mais combien intéressante (et réjouissante pour les sceptiques).