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Serons-nous clients ou bâtisseurs de la nouvelle économie?

Initialement publié dans le blogue de Direction informatique, le 8 avril 2014.

Program or be programmed - David Rushkoff

Il y a plus d’avantages à être celui qui contrôle un système que celui qui l’utilise.

L’intense compétition entre les acteurs mondiaux des technologies de l’information et l’importance des investissements consentis par plusieurs gouvernements témoignent du passage de l’ère industrielle à celle du numérique.

Malheureusement, il semble qu’au Québec et au Canada, nous ayons choisi d’être des clients plutôt que de figurer parmi les bâtisseurs de la nouvelle économie.

La semaine dernière, on apprenait que Bibliothèque et Archives Canada (BAC) se prépare à remettre la gestion de son catalogue à OCLC, une organisation basée aux États-Unis, faute d’avoir trouvé chez nous un fournisseur capable d’effectuer la modernisation de son système de gestion. Comme c’est le cas dans la plupart des organisations, BAC est aux prises avec un système qui est désuet et ne répond pas aux exigences d’interopérabilité et de flexibilité des réseaux d’information collaboratifs.

Les professionnels des sciences de l’information connaissent bien OCLC (Online Computer Library Center), un organisme à but non lucratif à qui on doit, entre autres, WorldCat, l’agrégation des catalogues de bibliothèques publiques du monde, et Dublin Core, le schéma de métadonnées normalisé qui permet de décrire des ressources numériques. Il ne fait aucun doute que le développement du nouveau système de BAC serait ainsi entre de bonnes mains, même s’il n’est pas souhaitable que les données du patrimoine documentaire et culturel canadien soient hébergées hors de nos frontières.

Cette nouvelle soulève par ailleurs trois enjeux importants pour notre avenir dans une économie numérique :

1. Les systèmes collaboratifs et les données connectées

Il est inquiétant qu’aucune entreprise canadienne du secteur des technologies de l’information ne puisse satisfaire les besoins de BAC. Ce sont des besoins très similaires à ceux des administrations publiques, notamment, dans le contexte des systèmes collaboratifs et du partage de données.

2. L’expertise de l’information

L’exploitation de données n’est pas uniquement une question de technologie. C’est également la maîtrise des principes, méthodes et normes d’organisation des données et des contenus que l’on retrouve en bibliothéconomie et en sciences de l’information. Il y a encore trop peu de spécialistes de l’information là où il le faudrait, notamment en amont des grands projets numériques.

3. La présence numérique

Étrangement, lorsqu’on recherche sur Internet nos créations artistiques et notre patrimoine culturel, les sites des grands acteurs du commerce électronique devancent généralement ceux de nos institutions culturelles. Quand ils ne sont pas inaccessibles aux internautes, les catalogues de nos bibliothèques, musées et autres diffuseurs sont en effet invisibles pour les moteurs de recherche.

4. La dépendance technologique

En sous-traitant la maîtrise d’oeuvre et l’hébergement de projets numériques, les gouvernements privatisent peu à peu l’information, fragmentent des ensembles de données qui devraient être interconnectés et renoncent à développer une expertise interne. De ce fait, en augmentant leur dépendance à des fournisseurs externes, les administrations publiques vont à contre-courant de la nécessaire appropriation des compétences et des usages numériques par les organisations.

Les données, leur valorisation et leur exploitation, sont au cœur de l’économie de l’ère numérique. Nous avons encore le choix entre devenir les bâtisseurs ou rester les clients d’outils technologiques, tout comme nous avons encore le choix entre exploiter nos contenus et en céder le contrôle.

Tout comme le système du catalogue de BAC, combien de temps nous reste-t-il avant de devenir numériquement obsolètes?

La 3e révolution industrielle: survivre ou prospérer ?

Billet publié initialement sur le blogue de MusiQcNumeriQc, un groupe informel de réflexion sur le virage numérique en culture, et plus spécifiquement sur la musique.

La culture est un moteur économique

Voici un très bon argumentaire à l’usage de ceux qui doivent soutenir les investissements publics dans des projets culturels. Il nous est servi par le directeur des communications et affaires publiques de CGI.

Notre productivité est faible. Notre niveau de dérochage est élevé. On parle sans cesse d’une société du savoir où les travailleurs instruits doivent être plus productifs et compétitifs. Investir en culture, c’est soutenir notre productivité et c’est créer de la richesse.

On y mentionne également, un des trop rares débats sur la culture, au cours de la dernière campagne électorale (La culture n’a pas de prix, Les Affaires, 31/08/2012).

Locomotive - Improved road locomotiveAprès celles de la vapeur et du pétrole, une nouvelle ère post-énergies fossiles.

La révolution numérique est sans retour

Investir en culture, nous sommes « pour », évidemment. Mais plus importante que la mondialisation, c’est la troisième révolution industrielle qui pose les plus grands défis pour la culture (et bien d’autres secteurs d’activité économique) au Québec.

La 3e révolution industrielle repose sur l’économie des réseaux (distribution) et les énergies vertes. Plusieurs pays sont en train d’adapter progressivement leurs modèles économiques traditionnels afin d’échapper aux diktats du marché actuel des énergies fossiles. Ces changements (positifs et négatifs) ont des répercussions, à divers niveaux, dans de nombreux secteurs d’activité. La culture n’y échappera pas.

Investir dans des programmes d’alphabétisation numérique nous donnerait les moyens nécessaires pour vivre (et non survivre) les bouleversements qui changent irrémédiablement les modes de production/distribution et les modèles économiques.

Les jeux sont faits, avec ou sans nous

Si la plupart des entreprises du Québec tardent encore à saisir l’urgence du virage numérique, d’autres organisations ont compris. Les gros joueurs de l’industrie du divertissement revoient leurs positions et tissent de nouvelles alliances afin d’occuper l’espace numérique et de tenter de contrôler les réseaux/plateformes de communication/distribution. Excellent rapport de veille du FMC sur ces nouvelles entreprises qui sont déjà géantes dès leur naissance.

Adapter les programmes

Que faire ? Les programmes de soutien aux activités culturelles sont actuellement inadéquats, déconnectés de la réalité numérique. Il semble évident que la culture numérique et les connaissances liées aux nouveaux usages n’ont pas encore remonté dans le percolateur de l’appareil gouvernemental. Exigeons de nos associations professionnelles, nos organismes et nos conseils sectoriels une prise de position sur le virage numérique en culture. Ceci aura pour effet d’obliger ces derniers à s’informer et à consulter leurs membres pour ensuite relayer leurs demandes aux administrations qui sont responsables des programmes de soutien.

 

Sociofinancement : importance de la relation avec les créateurs

Qui dit relation, dit émotion. Entre l’illusion d’une relation affective (« J’aime ») avec une marque et le développement d’une relation avec des créateurs, basée sur l’engagement envers une cause, je privilégie la seconde option, sans aucune hésitation. J’ai contribué au financement d’un autre documentaire des productions du Rapide-Blanc, sur le fleuve Saint-Laurent, dans la même veine que le très engagé  Chercher le courant.

Sociofinancement - Projet Le fleuve Saint-Laurent
Sociofinancement – Projet Le fleuve Saint-Laurent

J’ai reçu un DVD en cadeau et l’équipe me tiendra au courant de l’évolution du projet. J’aimerais bien qu’il y ait un blogue de production : le making off en temps réel est beaucoup plus engageant, permet de documenter et conserver plusieurs aspects de la production qui, autrement, ne sont pas archivés et sert de dynamo la campagne de promotion du produit. Afin d’accroître le financement de son projet, Rapide-Blanc a fait appel à son réseau de contacts, à ceux qui ont apprécié ses documentaires, à ceux qui soutiennent les causes environnementalistes, bref à tous ceux qui pouvaient se sentir interpellés par la cause environnementale. En utilisant Haricot.ca, une plateforme de sociofinancement (crowdfunding), Rapide-Blanc a non seulement atteint son objectif, mais a également débuté la campagne de marketing de son prochain documentaire. Les plateformes de sociofinancement, dont la populaire Kickstater, sont des leviers incontournables pour le (micro) financement de projets. L’an dernier, Tara Hunt, une techno-entrepreneure basée à Montréal, avait trouvé grâce à IndieGoGo le financement nécessaire à une formation de perfectionnement. Le sociofinancement, c’est la culture du partage où la dimension émotionnelle de la relation (fréquemment occultée dans la logique marchande du marketing pourtant désigné « social ») a toute son importance. Un modèle économique basé sur l’engagement (love money) qui séduit peu à peu les artistes et autres intervenants du secteur de la culture.

Will crowdfunding completely replace the consumer model? No. The old consumer model will continue to retain a significant portion of economic activity—not every product, project, or idea is suitable for crowdfunding. Though just like we are starting to reclaim our relationships with the artists, we are called to participate in reclaiming our communities. We are invited to join not out of responsibility, but out of gratitude, a key emotion of the new paradigm. Crowdfunding is a model that better allows us to connect our personal gifts with receivers. This is aligned with the nature of the gift.

Charles Eisenstein, Why crowdfunding is just the beginning.