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Définir numérique, données et «IA» est encore un défi

Glossaire, sciences de l'information
Cned-PA [CC BY-SA 4.0], Wikimedia Commons
L’absence de références communes pour une diversité d’acteurs a très probablement un effet négatif sur l’impact et la portée des initiatives numériques.  Elle ne favorise pas, non plus,  de débats interdisciplinaires critiques sur les enjeux de société.  Nous devrions investir davantage dans une meilleure compréhension commune des concepts afin d’être mieux préparés à travailler ensemble pour faire face à des problématiques complexes. Voici quelques pistes pour éclairer notre compréhension:

De quoi le numérique est-il le nom ?

Il y a eu «nouvelles technologies», «nouveaux médias» (suivi de l’abandon progressif de l’adjectif), «virtuel» (bien que l’environnement et les usages numériques soient bien réels), puis, «numérique» (en opposition à «analogique»). Mais de quoi ce concept flou à saveur culturelle et sociale est-il le nom ?

Voici un texte qui pourrait nous aider à discerner les caractéristiques qui sont spécifiquement numériques dans les modèles de production et de circulation des contenus.

Nous sommes obligés de prendre en compte le fait que l’on ne communique pas seulement sur le web: on organise sa journée, on achète des produits, on gère ses comptes en banque, on met en place des manifestations contre le gouvernement, on s’informe, on joue, on éprouve des émotions.
Voilà pourquoi le numérique n’est pas seulement une technique de reproduction qui s’oppose à l’analogique, mais il devient une véritable culture, avec des enjeux sociaux, politiques et éthiques fondamentaux et qu’il est urgent d’analyser et de prendre en compte.

Pour une définition du numérique, Marcello Vitali-Rosati.

Littératie de la donnée: de statistique à statactivisme

La littératie de la donnée est trop souvent restreinte aux capacités numériques, statistiques et techniques nécessaires à  la lecture à à l’exploitation de jeux de données. Cette définition réduit notre capacité à questionner la fabrication des données (elles ne sont jamais neutres), les méthodologies et politiques auxquelles elles sont soumises, ainsi que les pratiques sociales que les bases de données reflètent.

Gaining a sense of the diversity of actors involved in the production of digital data (and their interests, which may not align with the providers of infrastructures that they use) is crucial when assessing not only the representational capacities of digital data but also its performative character and role in shaping collective life.

Jonathan Gray, Carolin Gerlitz, Liliana Bounegru,  Data Infrastructure Literacy.

Intelligence artificielle: sphères technologique et cognitive

J’éviterai d’employer le terme galvaudé d’intelligence artificielle et m’en tiendrai, comme le premier des deux experts [Yann LeCun] à l’expression « science des données », l’intelligence reste une notion encore largement énigmatique aujourd’hui, comme le répète dans toutes ses conférences le second expert [Stéphane Mallat]. Pour apporter mon grain de sel au débat, je tenterai d’y appliquer une approche issue des sciences de l’information pour revenir à A. Desrosières en conclusion.

Jean-Michel Salaün, La science des données en quête du « su ».

Compétences spécifiques aux données: entre savoir et pratique

Or, nous sommes loin d’être tous égaux dans la manipulation des données : dans la compréhension de statistiques, dans la prise en main d’un fichier tableur un peu costaud, dans le bidouillage d’une base de données, dans la compréhension des enjeux… Les compétences requises mêlent à la fois un savoir geek (informatique), expert (statistique), critique (sciences humaines – travailler les corrélations), parfois juridique…

Amandine Brugière, Y a-t-il des compétences « Data » spécifiques?

Femmes en TI : libérer l’ambition pour transformer notre monde

Grace Hopper, conceptrice du langage COBOL.
Grace Hopper, conceptrice du langage COBOL.

 

Initialement publié dans le blogue de Direction informatique, le 11 mai 2015.

La conférence 2015 Femmes en TI, organisée par le Réseau Action TI et ses partenaires, avait lieu la semaine dernière. Alors que la difficulté de se faire une place dans un univers surtout masculin était l’un des principaux sujets de discussion l’an dernier, c’est le thème de l’ambition féminine qui a été à l’honneur cette année.

La présence des femmes dans le secteur des technologies de l’information (TI) a une multitude de visages et se manifeste de bien des façons. Pourtant, elles y demeurent peu représentées : on compte deux femmes pour huit hommes en TIC au Québec, selon le Diagnostic sectoriel 2015 de TECHNOCompétences.

La question était donc de savoir quels moyens prendre pour faire changer cette statistique.

1. Bâtir et entretenir notre réseau

Isabelle Hudon, chef de la direction de la Financière Sun Life Québec et présidente d’honneur de la conférence, a lancé avec humour : « le réseautage est un sport extrême où les hommes excellent ».

Généralement très actives sur les réseaux sociaux, nous, les femmes, semblons en effet beaucoup moins enclines que les hommes à développer des relations professionnelles ou d’affaires. C’est une compétence qu’il faut pourtant maîtriser afin d’accéder à des projets et des responsabilités qui constituent autant de défis que d’apprentissages.

2. Sortir de notre zone de confort

À la fin de ses études de mathématiques, Joanne L. Martin a dû se documenter sur le « benchmarking » (analyse comparative en français) après avoir décroché son premier emploi. Elle s’est ensuite hissée à la fonction de responsable de la sécurité des systèmes d’information et vice-présidente en risques TI chez IBM. Aujourd’hui retraitée, elle a insisté sur la nécessité de prendre des risques pour saisir les occasions : « You don’t need a detailed map. Chance will happen. But you have to be willing to take risks ».

Il faut donc compter sur notre expertise, nos compétences clés, et continuer à apprendre en n’hésitant pas à relever de nouveaux défis. Pour Marie-Josée Lamothe, qui est directrice générale en stratégie de marques pour Google Canada, cette philosophie devrait logiquement nous forcer à « sortir de notre zone de confort quand tout va bien. »

3. Embrasser la complexité des projets numériques

Protection des données personnelles, prévention des risques, visualisation de données : les projets numériques, on le voit, réunissent à présent plusieurs métiers et relèvent souvent de plusieurs unités d’affaires. La plupart d’entre nous avons déjà les compétences requises pour faire face à la complexité des interactions à dimensions multiples.

4. Changer la culture: de la tradition à la diversité

Et si nous mettions notre différence à profit pour transformer nos organisations ainsi que les pratiques relatives aux métiers des TIC? Selon Caroline Deguire, directrice générale de l’Association québécoise des informaticiens et informaticiennes indépendants (AQIII), nous avons « les compétences pour contribuer à changer la façon de concevoir et de produire en TI ».

5. Libérer notre ambition

Isabelle Hudon, Marie-Josée Lamothe, Kim Tomassin (associée directrice chez McCarthy Tétrault), Isabelle Marcoux (présidente du conseil de Transcontinental) et Sophie Brochu (présidente et chef de la direction de Gaz Métro) en sont à la deuxième phase de l’Effet A, un projet qui vise à soutenir l’ambition de femmes d’âges et de milieux différents. Selon elles, l’ambition est légitime et doit être encouragée chez les femmes. Perçue par certain(e)s comme la manifestation d’un opportunisme centré sur des intérêts personnels, l’ambition a davantage le sens d’une force de contribution personnelle à la mission d’une organisation ou aux aspirations d’une collectivité.

Le pouvoir de transformer notre monde

Ce sont les mots d’un homme que je reprendrai en guise de conclusion. Dominique Fagnoule, premier vice-président à la direction en TI à la Banque nationale du Canada, a livré ce constat très juste : « les TI ne font pas le changement. C’est la diversité qui est porteuse de changement ».

Oui, les femmes ont un rôle important à jouer dans la transformation des TI.

Au lieu de nous questionner sur les raisons pour lesquelles on y retrouve encore si peu de femmes, misons plutôt sur ce qui pourrait les y attirer.