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Culture et numérique : créer une nouvelle plateforme ou adapter le système ?

N’en déplaise à ceux et celles qui n’ont vu que dénigrement et manque d’ambition dans les réactions qui ont suivi la proposition d’Alexandre Taillefer (vidéo, 43:39 min.), celle-ci a favorisé des échanges révélateurs de la véritable nature de la transformation numérique à poursuivre. Proposer la création d’une nouvelle plateforme culturelle ne fait que remettre à plus tard les nécessaires adaptations qu’un système doit entreprendre pour durer et prospérer.

Frohawk Dodo

Face à complexité: la diversité des perspectives

La réaction de Sylvain Carle, exprimée à chaud lors de cette première édition du Forum Culture + Numérique, a été répercutée sur les médias sociaux.

Tellement pas d’accord avec la vison de plate-forme « du Québec pour le Québec » de @ataillefer. Un modèle anti-internet, anti-ouverture. #fcn

— Sylvain Carle (@sylvain) 21 mars 2017

À  l’émission de radio La sphère, diffusée le samedi suivant l’événement, Martin Lessard en a fait le sujet de sa chronique. Même les médias grands publics ont repris ce qui semblait une polémique, mais qui pourrait être le début d’échanges qui n’ont jamais eu lieu de façon ouverte et avec toutes les parties concernées.

Il y aurait pourtant lieu de faire converger les différentes lectures des causes et des symptômes du malaise croissant qui afflige plus spécifiquement les domaines des arts et de la culture dans le contexte de la transformation numérique. Ces quelques publications témoignent de la diversité des perspectives et des approches proposées pour une même problématique. Cette diversité constitue, selon moi, notre meilleure outil pour faire face à la complexité des changements qui se manifestent différemment et à divers niveaux dans des systèmes qui sont tous interdépendants.

Voici quelques perspectives qui sont toutes pertinentes et guidées par la recherche de solutions:

Le grand défi n’est-il pas plutôt de faire se rencontrer ces ressources mutualisées et les usagers/consommateurs? ET si au contraire, Taillefer et toi étiez du même combat?

Ce que je vois, c’est que vous êtes sans doute du même combat, mais à deux bouts du spectre. Toi, du côté de la ressource, du produit, de l’œuvre, et la mise en place des infrastructures qui faciliterait leur découvrabilité. Mais comme tu dis : « l’offre culturelle est abondante et que notre attention, elle, est limitée. » Et le problème est tout là. Cet aspect manque à ton équation. Non seulement notre attention est limitée, mais elle est dirigée, elle est détournée… par ces grandes plateformes. Taillefer, quant à lui, avec sa proposition, ne s’occupe que de l’usager; il aimerait créer un canal pour attirer l’usager et faire pointer son « attention » ailleurs, sur d’autres produits, d’autres biens et services. Locaux, ceux-là.

Et si finalement ces deux bouts du spectre devaient travailler ensemble, travailler soutenir la visibilité des ressources et des produits, mais aussi sur cette attention dispersée des usagers ?

Mais d’accord, il faut oublier la plateforme.

  • Suzanne Lortie, professeure à l’École des médias de l’UQAM, a commenté, comme suit, un article sur Facebook:

C’est ça, je crois, qui motive Alexandre Taillefer. Et c’est bien parfait.

« What Amazon Prime is selling most of all is time. Every executive I spoke to, when asked about how it all fits together, cites this desire to get you whatever you want in the shortest window possible. Stephenie Landry, the Amazon vice president who launched Prime Now in 2014 and has overseen its expansion into 49 cities in seven countries, explains that her business merely has to answer two questions: “Do you have what I want, and can you get it to me when I need it?” The rest of the customer experience is built around answering both questions in the affirmative. »
Why Amazon Is The World’s Most Innovative Company Of 2017

Et dans ses interventions qui émaillaient le fil des commentaires, elle a évoqué le modèle de rémunération du risque dans le cadre d’investissements publics; un modèle dont l’inadéquation affecte plus spécifiquement les nouveaux produits culturels.

 » si la discussion porte en même temps sur la reconfiguration des marges des détaillants et la mutualisation de la logistique, il faut donc commencer par le commencement pour les produits culturels: revoir les notions de pari passu, les piscines qui se remplissent consécutivement. »

Les systèmes grâce auxquels nos contenus culturels et artistiques sont produits et diffusés doivent s’adapter au contexte numérique pour y jouer un rôle plus proactif. N’y a-t-il pas là  des discussions qui sont trop souvent éludées, mais qu’il faudrait avoir le courage d’accueillir ?

Politique culturelle en crise ?

Certains états d’Asie ont, dès le début du 21ième siècle et alors que se développaient de nouveaux modèles économiques, pris des mesures visant à protéger leur culture et leurs productions. La culture a été intégrée à la politique industrielle de la Corée afin de préserver son identité culturelle et de favoriser ses productions au sein des marchés national et international. Protectionnisme ? Peut-être, mais il s’agissait avant tout de rechercher un équilibre entre  productions culturelles nationales et étrangères auprès des consommateurs.

Même si la présence, dans une même phrase, des mots « culture » et « économie » soulève la méfiance de plusieurs, il faut lire les publications résultant d’ateliers menés par des universitaires en économie, arts, culture et communication à propos des échecs des économies créatives et du recadrage des politiques culturelles. Selon un des auteurs, une économie de la culture devrait avoir pour éléments clés des politiques industrielle, des médias, de la ville, des arts, des artistes et autres travailleurs culturels, ainsi que de la culture et du développement durable. Selon lui, une politique industrielle, adaptée aux spécificités du domaine culturel, ne devrait plus être uniquement une stratégie de production, mais tenir compte de l’ensemble de l’écosystème, ce qui inclut la consommation (ou l’audience).

 » if we do introduce the question of cultural value into industrial policy then this cannot be simply a strategy for production – as Nicholas Garnham saw long ago. The market, the audience, the public and how they consume, access, participate, judge, learn, share and adapt has to be an essential part of an ‘industrial’ strategy. Production and consumption have to be seen as a whole in terms of cultural as well as economic value. »
After the Creative Industries: Cultural Policy in Crisis

Nous avons eu des consultations sur le renouvellement de la politique culturelle et sur la stratégie numérique du Québec, mais rarement abordons-nous les enjeux socio-économiques auxquels nous faisons face autrement que par le biais d’initiatives aux objectifs bien spécifiques et, conséquemment, aux impacts limités. En investissant nos efforts sur la création de nouveaux éléments plutôt que d’adapter nos systèmes, ne rendons-nous pas nos industries culturelles  encore plus vulnérables aux contraintes externes ?

Pour aller plus loin: Antifragile: Things that gain from disorder, de Nassim Nicholas Taleb.

Déclaration des communs numériques pour un Québec postindustriel

Il n’est pas minuit moins cinq, nous avons dépassé minuit. C’est fait !
/…/ Nous allons vivre dans un monde postaméricain, postInternet, post néolibéral et postmoderne, Michel Cartier

Société post-industrielle et ses modèles, par Michel Cartier, Le 21e sicèle

Dans Le 21e siècle, Michel Cartier réalise une extraordinaire synthèse des mutations que nous traversons, Bien plus qu’une révolution technologique, c’est un véritable changement de société qui s’est amorcé. Et il se fera avec ou contre nous.

C’est dans cette perspective que près d’une vingtaine d’associations, collectifs, entreprises et organismes sans but lucratif, qui jouent un rôle actif dans l’écosystème numérique québécois, s’unissent pour signer une Déclaration des communs numériques dans le cadre du processus de consultation de la Stratégie numérique du Québec.

La Déclaration affirme l’urgence de remettre le numérique au service de l’humain, de ses capacités fondamentales et des biens communs afin d’améliorer la vie des gens et de soutenir une démocratie plus inclusive.

Démarche de cocréation et processus itératif

FACIL et les collaborateurs du Café des savoirs libres se sont proposés d’inviter divers associations, collectifs, entreprises et organismes sans but lucratif à participer à la cocréation d’une déclaration commune plutôt que de contribuer individuellement à la consultation gouvernementale. Le 12 novembre 2016, lors d’une première rencontre, à Montréal, à la bibliothèque Mordecai Richler, les participants se sont entendus sur des principes généraux plutôt que sur des moyens, afin de rassembler des signataires partageant les mêmes préoccupations. La démarche se veut itérative et ouverte aux regroupements et associations qui se reconnaîtront dans cette déclaration ou qui souhaiteraient s’en inspirer pour élaborer leur propre document.

Les signataires de la Déclaration croient :

  • Que le gouvernement doit s’assurer que  les citoyen.ne.s et les membres de la société civile soient davantage engagé.e.s dans l’élaboration de cette Stratégie du numérique qui a des implications dans la fabrique de leur vie aujourd’hui et demain;
  • Que le gouvernement se doit d’être exemplaire en s’engageant à amorcer en son sein les changements organisationnels et culturels requis afin de moderniser l’État, de s’ouvrir à la démocratie participative et d’améliorer les services aux citoyens (dépoussiérons le rapport Gouverner ensemble, présenté en 2012 par Henri-François Gautrin , alors député de Verdun et leader parlementaire adjoint du gouvernement);
  • Que de nombreuses voix n’auront pas eu les moyens et les capacités d’être entendues et
  • Que des questions fondamentales n’auront pas été posées et discutées à travers la méthode de consultation actuelle.

La Déclaration soulève certaines d’entre elles.
Lire la Déclaration des communs numériques (PDF, 56 Ko)

Web des données: les connexions qui transforment

Web des données depuis 4 ans (2010).

Comme il est possible de le constater en effectuant une recherche avec Google, le web se transforme progressivement et, avec lui, les systèmes d’information.

Nous passons de bases données qui sont conçues pour retrouver une information à des données ouvertes et liées qui, publiées dans le web, permettent à des machines d’établir des connexions et de générer, par inférence, une information qui ne se trouve pas dans notre base de données.

Sélection de lectures parmi mes signets les plus récents sur Diigo:

Connexion

Le web a été conçu pour être exploré par des humains et par des machines. Pour les modèles d’affaires numériques, la découverte de ce que nous ignorions a beaucoup plus de valeur que la recherche de choses que nous connaissons.  C’est, notamment, pour cette raison que les géants du numériques investissent dans les technologies du web sémantique (ou web des données) car elles permettent de représenter les connexions possibles entre différents éléments d’information.

“The value that I see going forward is the linking part of the data environment,” Wiggins added. “You start searching at one point, but you may be linked to things you didn’t know existed because of how another institution has listed it. This new system will show the relationship there. That’s going to be the piece that makes this transformative. It is the linking that is going to be the transformative.”

Searching for Lost Knowledge in the Age of Intelligent Machines – As search engines are radically reinvented, computers and people are becoming partners in exploration.

Curation de données

Nouvelle compétence clé: la curation de données, à la quelle on ajoutera le nécessaire esprit critique qui ne peut être remplacé par les algorithmes.

Avec tous les algorithmes statistiques et tous les outils d’analyse automatique de données (« big data analytics ») du monde, nous aurons encore besoin d’hypothèses causales, de théories et de systèmes de catégorisation pour soutenir ces théories. Les corrélations statistiques peuvent suggérer des hypothèses causales mais elles ne les remplacent pas. Car nous voulons non seulement prédire le comportement de phénomènes complexes, mais aussi les comprendre et agir sur la base de cette compréhension. Or l’action efficace suppose une saisie des causes réelles et non seulement la perception de corrélations. Sans les intuitions et les théories dérivées de notre connaissance personnelle d’un domaine, les outils d’analyse automatique de données ne seront pas utilisés à bon escient. Poser de bonnes questions aux données n’est pas une entreprise triviale !

La litéracie en curation de données

Médiation

Comment éveiller des décideurs aux changements radicaux qui sont annoncés partout, mais qui ne s’expérimentent pas dans le quotidien puisqu’il se transforme de façon beaucoup plus lente et progressive ?

In addition to the artworks and product demos, there are video infographics explaining what companies can and are doing with your data right now, whether it’s credit score calculation, email metadata analysis, or how your wifi-enabled smartphone is basically always snitching on you.

Once you’re thoroughly alarmed by the reality of what we have given up in freedom for the conveniences wrought by our ad-driven world, the team has helpfully created a Data Detox Bar where you can learn about reasserting control over your network existence and limiting your exposure. And the entire exhibit is staffed with all white-wearing “Ingeniouses” who will answer questions or just provide a shoulder to scream into after discovering that there is no such thing as “anonymized data.”

For the truly curious, of which I am one, there are workshops and presentations that provide an even deeper look into the gaping maw of our networked world.

Go to The Glass Room. If Black Mirror Had a Showroom, This Would Be It

Stratégie numérique pour le Québec: sur les modèles d’une nouvelle économie

Site de la consultation sur la stratégie numérique, Ministère de l'Économie, de la Science et de l''Innovation, Québec.

Mes contributions, dans le cadre de la consultation sur la stratégie numérique du Ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation du Québec. Celles-ci témoignent de ma perspective, qui est essentiellement orientée vers les sciences de l’information. Et c’est d’une pluralité de regards et d’expertises sur les enjeux des transformations en cours dont nos dirigeants ont besoin.

C’est malheureusement, pour ceux et celles qui souhaiteraient offrir autre chose qu’une liste de souhaits, une démarche qui appartient plus à la réalisation d’une étude de marché qu’à un processus structuré d’écoute pour enrichir une réflexion (décision?) gouvernementale. Voici mes contributions fournies en quatre temps, compte tenu de l’espace accordé, mais qui sont ici, allongées de quelques mots afin d’en préciser le sens.

Économie numérique 1/4 – Les modèles
Des modèles d’affaires centrés sur l’exploitation de l’information: la donnée a plus de valeur que le produit qu’elle décrit et l’exploitation de données est plus rentable que la production de ressources. Nous n’avons pas de culture de la donnée (absence de normalisation et d’interopérabilité des bases de données, au sein d’un même système d’information et entre organisations apparentées).

Économie numérique 2/4 – Les données
Les données de nos BD sont inexploitables dans le web (normalisation, interopérabilité, sémantique) parce que nous concevons des systèmes sans penser à générer de l’information pour qu’elle soit largement diffusée. Nous formons des professionnels compétents mais nous les confinons à la gestion de bibliothèques.

Économie numérique 3/4 – Les compétences
Nous sommes mal équipés pour comprendre et réagir rapidement aux changements en cours. Nous passons du web des documents au web des données. Nous risquons d’être mis hors jeu par des joueurs qui participent à l’élaboration des règles que nous ne maîtrisons pas, alors que nous focalisons sur le développement d’outils.

Économie numérique 4/4 – Le web des données
La capacité de découvrabilité de nos produits dépend de plateformes étrangères qui, elles, s’enrichissent avec l’exploitation des données que nous générons. Allons-nous continuer à soutenir le développement de silos de données ou apprendre les changements qui  sont à l’oeuvre dans le web  et à quoi servent des métadonnées?

Fablabs en bibliothèques: documenter une démarche de cocréation

Cartograhie collaborative des fablabs en bibliothèque.
Cartograhie collaborative des fablabs en bibliothèque à District 3, Université Concordia, Montréal, 23 septembre 2016.

Par leur mission, les bibliothèques contribuent au réseau des communs (voir la définition à la fin de ce billet), ces ressources partagées qui permettent à chacun de créer de la valeur. Comment peuvent-elles se transformer afin d’accompagner leurs différents publics pour qu’ils puissent développer leur potentiel créatif ?

Alors que ces lieux et la profession même de bibliothécaire se transforment, les fablabs, ces laboratoires de fabrication ouverts au public, deviennent des terrains d’expérimentation de choix pour actualiser la fonction de médiation. Mais comment mutualiser les apprentissages et connaissances pour permettre à d’autres bibliothèques et, par extension, de nombreux citoyens, de faire cette expérience ?  C’est sur ce sujet qu’une activité a été offerte dans le cadre de la Semaine québécoise de l’informatique libre (SQIL), en septembre dernier.

Proposée par le Café des savoirs libres (dernière mutation du collectif informel Bookcamp Montréal) et organisée par la Ville de Montréal (direction des bibliothèques publiques), cette activité réunissait des bibliothécaires et des représentants de fablabs québécois dont Monique Chartrand (Communautique).

Bibliothèques et fablabs: mode d’emploi des communs

Documenter une activité est une forme de reconnaissance offerte à ceux et celles qui ont donné de leur temps et partagé leurs connaissances. C’est également une information qui pourrait être partagée avec les citoyens qui sont concernés par ces services, ainsi qu’avec d’autres contributeurs potentiels.

Cahier des participants
Retour sur l’activité de cocréation: scénario, projets choisis, liste des participants, références utiles.

Cartographie collective des fablabs
État des lieux des fablabs en bibliothèques, au Québec: tableau  à compléter.

Projet de collaboration professionnelle
Le Wiki Fabs labs Québec fera une place spéciale aux bibliothèques. Ce projet a pour cofondateur Guillaume Coulombe, qui maîtrise le wiki sémantique et qui a également réalisé une encyclopédie du violon traditionnel québécois.

Documenter pour faciliter la réutilisation

Voilà qui mérite d’être souligné: un excellent travail de documentation d’une démarche de cocréation.  Une habitude à développer par tous les organisateurs d’activités participatives pour lesquelles on attend un résultat: cocréation, hackathon, maker space et même si ne n’est plus tendance, quelquechose-camp.  (si vous n’êtes pas familier avec ce vocabulaire, lire Viens dans mon tiers-lieu, j’organise un hackathon en open source).

Documenter le déroulement d’une activité (scénario), la contribution des participants, les enjeux et propositions formulés, ainsi que, le cas échéant, les engagements pris est un le meilleur moyen pour obtenir des résultats concrets. C’est un effort indispensable pour partager plus largement, mobiliser et, surtout, préparer le passage à l’action.

Les communs, qu’est-ce c’est ?

Valérie Peugeot, présidente de Vecam, une organisation qui milite pour une appropriation des pratiques numériques par les citoyens, explique très clairement, en deux minutes, ce que sont les communs dans cette vidéo. Madame Peugeot a également participé, en présentiel, à la conférence sur les communs numériques.

Consultation publique sur le Québec numérique et le défi de la démocratie participative

Consultation publique - Politiques numériques au Québec 20151120

Sylvain Carle nous conviait le 20 novembre dernier à une Consultation publique sur les politiques numériques au Québec. À sa façon, il nous faisait participer, en parallèle, à la démarche  du gouvernement du Québec sur la transition numérique où seuls quelques représentants des industries et institutions étaient conviés.

Plusieurs participants ont appelé à passer à l’action. Agir, oui, mais sur quoi et, surtout, dans quelle(s) direction(s) et avec quelles intentions? Nous pourrions nous ranger derrière les 13 écrits, mais tout comme les programmes des partis politiques (auxquels nous reprochons leurs processus en vase clos), il manque la vision. Cette vision d’un Québec transformé socialement et économiquement par ses citoyens qui se sont affranchis des vieux modèles de pensée, découvrent de nouveaux outils et expérimentent de nouveaux usages.

Conversations et convergence

Cette rencontre était nécessaire. Il était plus que temps que nous conversions/convergions depuis la publication des écrits des 13 étonnés. Publication qui fut médiatisée mais non accompagnée des espaces et usages du web participatif. L’invitation de Sylvain a permis de réaliser la diversité des définitions, attentes et visions de ce que signifie la transition numérique du Québec (chercher le mot clic #numQc sur Twitter). Et encore, une partie de la diversité, puisque l’assemblée était très majoritairement masculine, francophone, blanche, certainement très diplômée et entre la trentaine et la soixantaine. Ceux et celles qui se trouvent de l’autre côté de la fracture numérique n’y étaient pas représentés.

Démocratie participative

Cette rencontre, je l’espère, devrait nous rappeler d’être inclusifs, de mettre les avantages numériques au service du bien commun et de ne pas retomber, au cours de notre démarche (ou action politique), dans les ornières de ces processus que nous nous efforçons de changer.  La démocratie ouverte et participative est un apprentissage dans l’action qui demande beaucoup d’humilité et d’authenticité.

Lors de cette rencontre, et lors de toute prochaine activité, nous devons nous rappeler les mots clés de cette culture numérique que nous souhaitons tant voir contaminer les esprits, les organisations et les collectivités: pluralité, conversation, ouverture, collaboration, partage, etc. Oui, c’est difficile de changer, et oui, agir en démocratie participative nous demandera du temps et des efforts. Comment nous poser en sherpas numériques si nous ne pouvons pas y arriver?

Québec numérique: le vrai changement n’est pas technologique

Jeu de la transition numérique - Fing
Le jeu de la transition numérique – Fing

Initialement publié dans le blogue de Direction informatique, le 4 novembre 2015.

Peut-on faire entrer le Québec dans l’ère numérique avec une démarche, des politiques et des programmes de l’ère industrielle?

C’est pourtant l’impression que donne la consultation annoncée il y a une quinzaine de jours par le gouvernement. Comment, alors, échapper au darwinisme numérique, cette sélection naturelle des cerveaux qui met hors jeu ceux qui n’ont pas appris à se réinventer?

La véritable nature du changement

S’il s’agissait uniquement d’un enjeu technologique, la modernisation des infrastructures et des équipements constituerait une piste de solution toute tracée. Cependant, les défis auxquels la société, les industries et les institutions font face sont d’une toute autre nature. Il est important de rendre explicite cette « transformation numérique » dont on parle afin de bien saisir la véritable nature d’une transformation qui est souhaitée ou redoutée, selon notre niveau de confort face à un monde qui change.

Le modèle mental de l’ère industrielle

Consultant et conférencier, Fred Cavazza  analyse et commente la progressive adoption des nouveaux usages par les entreprises depuis les premiers âges du web.  Selon lui,  il est tentant d’adopter de nouvelles technologies, comme un site de commerce en ligne, sans opérer les transformations qui sont pourtant vitales pour les dirigeants et organisations de l’économie numérique. Il insistait encore tout récemment sur l’urgence d’acquérir les connaissances et aptitudes qui sont essentielles à la transformation:

/…/même si c’est plus valorisant et beaucoup moins risqué, résistez à l’envie de procéder à des transformations de surface pour gagner du temps. L’important n’est pas de sauver les apparences, mais de s’intéresser à la partie immergée de l’iceberg. Pour ce faire, la formation est un élément-clé pour transmettre rapidement des savoirs, faire évoluer les mentalités et initier une dynamique de changement en interne.

Victime ou acteur du changement?

Mais  pourquoi changer si tout fonctionne encore de manière acceptable? En affaires, comme dans notre vie personnelle, le changement nous est imposé par des circonstances extérieures. Nous ne modifions nos stratégies et nos projets que lorsque nous rencontrons des écueils ou que nous sommes en situation d’échec. Certains esprits clairvoyants tentent d’identifier et de décoder les signaux faibles des discontinuités afin d’avoir le temps de se repositionner. Or, en général, par aversion aux efforts intellectuels et matériels que requiert tout changement, la majorité des individus et des organisations attendent d’être au pied du mur pour réagir. Ce fut le cas des médias. C’est actuellement le cas, entre autres, du commerce de détail et c’est peut-être déjà le cas de plusieurs institutions.

Le numérique, c’est complexe

La révolution numérique étant un phénomène qui transcende les secteurs d’activité humaine, sa définition varie selon la perspective de celui ou celle qui l’expérimente ou l’observe. Cependant, une des plus efficaces démonstrations de la complexité et de l’envergure du changement est l’excellente vidéo (moins de 8 minutes) produite par Michel Cartier il y a déjà cinq ans: Êtes-vous prêts pour le 21e siècle.

Mais alors, comment réussir à prendre le virage numérique avant de frapper le mur? Certainement pas en adoptant des solutions simplistes, limitées aux avancées technologiques et compartimentées par secteur d’activité. Et, surtout pas, en excluant la dimension humaine et sociale du phénomène. Peter Drucker a relevé dès 1967 cet enjeu incontournable de la révolution numérique:

We are becoming aware that the major questions regarding technology are not technical but human questions,

Si la maîtrise des nouveaux outils et usages, qu’il s’agisse de mobilité, d’objets connectés ou de science des données, nous accordait une certaine maturité technologique, il manquerait malgré tout à nombre de nos élus et dirigeants la capacité ou la volonté de sortir du schéma mental qui conditionne actuellement leurs décisions.

Connecter les réseaux

Évidement, on ne devient pas visionnaire en suivant une formation, mais on peut se mettre à l’écoute de ceux qui décodent et expérimentent les changements.  On peut également se sensibiliser aux enjeux qui bouleversent les écosystèmes socioéconomiques comme l’on fait les élus, ailleurs dans le monde, qui ont rassemblé les forces vives de l’innovation dans divers domaines au cours d’états généraux ou d’assises publiques.

Comment transformer les mentalités, les usages et les modèles afin que des écosystèmes complets se reconfigurent et que nous ne devenions pas que les clients, mais les bâtisseurs de la nouvelle économie? Dans un billet publié récemment, j’écrivais : « Si nous retirions le mot « numérique » de l’expression « transformation numérique », nous inviterions probablement les bonnes personnes autour des tables de discussion ».

Sommes-nous prêts, élus, dirigeants, chercheurs, créateurs et citoyens, pour ce type de changement?

Feuille de route de l’économie numérique: il y a un trou

Initialement publié dans le blogue de Direction informatique, le 26 octobre 2015.

À la feuille de route et au groupe-conseil sur l’économie numérique annoncés le 23 octobre par Philippe Couillard, il manque ce qui fait la puissance des géants technologiques et la vraie modernisation de l’État : la culture de la donnée. Dommage d’accorder si peu d’intérêt à une compétence du domaine de l’information, le « I » des « TI » dont on ne retient que la technologie.

Attendre quoi?

Plusieurs observateurs au sein de mon réseau, tels Mario Asselin et Clément Laberge, se sont inquiétés de la volonté affichée de prendre le temps de « bien faire les choses ». Leurs allégeances politiques n’entrent pas en ligne de compte car, en l’occurrence, ce sont avant tout des partisans d’un Québec numérique. Cette mise en attente est décevante pour ceux et celles qui forment les cohortes des nouveaux métiers et entreprises de l’économie numérique.  Il y a méprise sur la nature du changement. La véritable rupture est occultée par les innovations technologiques qui ne sont que les instruments et infrastructures permettant d’exploiter la matière première de cette économie : les données.

On consulte…

Nous nous attendions à ce que notre gouvernement propose une politique afin de soutenir la transformation de l’État et de favoriser le passage de notre économie de l’ère industrielle à l’ère numérique. Nous devrons cependant patienter en attendant les résultats d’une consultation qui vise à « établir un diagnostic de l’économie numérique au Québec, à déterminer les priorités d’action et à définir les grandes lignes de force où le Québec devrait investir afin de prendre une place enviable dans ce domaine ».

Permettez-moi d’exprimer la crainte qu’une telle démarche se solde par l’élaboration de nouveaux programmes visant uniquement le développement technologique alors que le plus grand défi à relever concerne l’aptitude des dirigeants à comprendre et à adopter de nouveaux usages et modèles d’affaires.

Au cœur de l’économie numérique : les données

Ce qui a particulièrement retenu mon attention, c’est qu’il n’y a pas de place pour l’information au sein du groupe-conseil. On a pensé aux entreprises, aux groupements associatifs pour le développement des affaires, aux organisateurs d’événements, aux start-ups, aux organismes de recherche en technologies de l’information, mais, hélas, pas aux sciences de l’information. Où sont ceux qui font la promotion des formats standards pour l’interopérabilité des ensembles de données, des politiques pour la production et la diffusion de métadonnées et des opportunités qu’offre le web sémantique? Qui viendra souligner qu’une véritable littératie de l’information permettrait de corriger la myopie technologique des équipes de projets numériques?

Il y a deux ans, je concluais ainsi un billet sur le faible intérêt de nos dirigeants pour la matière première de l’économie numérique: « Si l’information est réellement le carburant de l’économie du savoir, alors il semble que nous soyons en train de construire des réseaux de pipelines sans nous soucier de l’approvisionnement en pétrole ».

Oui, nous sommes en retard de plusieurs trains et à plus d’un titre. Nous disposons pourtant de nombreuses sources d’inspiration, notamment en France, avec le projet de transformation de l’État par le numérique et la feuille de route stratégique sur les métadonnées culturelles qui a pour objectif d’accroître le rayonnement des contenus culturels.

Yves Williams, l’un des pionniers de l’histoire du Québec numérique, a répondu à ce commentaire :  « Le train n’est pas en retard… il est toujours en gare. Il se cherche une locomotive! ».

Le premier ministre Philippe Couillard sera-t-il celui qui mettra enfin sur les rails la locomotive de l’économie numérique?

Expo67 à l’ère numérique: nos mémoires mises en réseau

Pourquoi s’intéresser aux souvenirs d’Expo67 quand « Internet, c’est une exposition universelle à tous les jours » ?

Écoutez bien Julie Bélanger, fondatrice du groupe Expo67 sur Facebook, et Luc Gauvreau, passionné de culture et d’histoire (et un peu geek à heures). Les valeurs et l’esprit de l’événement qui a fait entrer le Québec dans la modernité sont encore bien présents et ont également marqué l’ADN culturel de Montréal.

En participant au hackathon des Journées de la culture, à Montréal du 25 au 27 septembre 2015, Luc et moi souhaitons attirer l’attention des institutions (bibliothèques, musées, archives) sur les contributions citoyennes à la mémoire collective à l’ère numérique:

  • Comment celles-ci pourraient-elles se connecter à nos souvenirs partagés?
  • Comment pourraient-elles entrecroiser nos mémoires avec leurs propres collections?

Le 50e anniversaire d’Expo67 sera plus qu’une commémoration, ce sera un point de départ pour la mise en réseau de nos mémoires et de nos cultures. Et si l’esprit d’Expo67 se manifestait dans l’île de Montréal, ses bibliothèques publiques et ses lieux de culture lors de cet anniversaire alors que nous soufflerons les 375 bougies de Montréal ?

Vidéo réalisée par Christian Aubry, au Parc Jean-Drapeau (Expo67, Terre des Hommes), le 19 septembre 2015.

Culture participative et mémoire collective: tous curateurs des souvenirs d’Expo 67

Expo 67 c’est plus qu’un événement: c’est un « éveillement ».

Ce mot est de Luc Gauvreau, un spécialiste de littérature et d’histoire québécoise qui devenu un peu geek à force de numériser des documents pour en extraire des données et les passer à la moulinette de Google Refine.

Je ferai équipe avec Luc (et d’autres volontaires) lors de l’édition montréalaise du Hackathon des Journées de la culture, du 25 au 27 septembre prochains.

Plan de l'Expo 67 appliqué sur une vue par satellite (Google Earth) des îles Saine-Hélène et Notre-Dame.
Plan de l’Expo 67 appliqué sur une vue par satellite (Google Earth) des îles Saine-Hélène et Notre-Dame.

En 2017, Montréal célébrera son 375e anniversaire. Il y aura également 50 ans que, dans un Québec tout juste sorti de la Grande noirceur,  une ville accueillait le monde sur des îlots au milieu du fleuve. Nous nous proposons de réutiliser ou adapter des technologies existantes et gratuites afin de cartographier les lieux et pavillons d’Expo 67 et d’enrichir la documentation disponible avec les contributions des citoyens. Cette interface permettra de stimuler la mémoire des visiteurs et des témoins afin de recueillir leurs souvenirs. Réunis dans un grand calendrier collectif des événements, ces témoignages pourront ainsi être partagés avec les générations plus jeunes.

Le web a permis aux passionnés d’histoire et de culture comme Luc de déterrer des documents enfouis dans les répertoires et bases de données, de partager les fruits de leurs recherches et d’accomplir des tâches souvent ingrates et pour lesquelles les institutions ont peu de ressources (ou d’intérêt). Je crois, comme Luc, que nous devons réanimer la mémoire d’un lieu qui, bien qu’aujourd’hui disparu, a tourné définitivement Montréal vers le monde et a activé dans son ADN la curiosité, l’ingéniosité, l’envie de faire autrement et un goût prononcé pour les rassemblements festifs.  Réactiver Expo 67 dans la mémoire de chacun, c’est aussi ouvrir un laboratoire nouveau pour transmettre la culture.

Nous disposons des éléments suivants:

Mises à jour (16/09/2015)

  • Site Villes éphémères, de Roger La Roche qui fait un impressionnant travail de documentation. Un bon exemple de la contribution des citoyens-experts au travail de mémoire collective.
  • Expo67 – Vive le Québec moderne! Ce blogue, signé prettykitsch, est un coffre au trésor. Parmi de très nombreux documents et anecdotes, on y trouve les archives de Claire Cloutier La Chance, qui travaillait au service des relations publiques de l’Expo, à titre de responsable des manifestations spéciales et des cérémonies officielles de la Place des Nations.

Mise à jour (17/09/2015)

  • Expo Lounge, très chouette blogue, en anglais, d’un amateur de la culture populaire de l’époque (et fan de Michèle Richard). Mention spéciale pour les anecdotes et liens vers des trouvailles.

Mise à jour (18-09-2015)

Nous recherchons des équipiers qui pourront contribuer, par leurs connaissances techniques et leurs conseils,  à faciliter la cartographie collaborative du site. Nous souhaiterions, notamment, que les citoyens puissent ajouter (sans programmation) des éléments sur la carte, les enrichir par leurs commentaires et liens vers d’autres ressources.

En complément, voici deux vidéos repérées par Luc, parmi une multitude de documents partagés sur YouTube:

Tout comme Luc, les membres du groupe Expo sur Facebook et tant d’autres ailleurs sur Internet, l’auteur de ces modélisations expose au présent des bribes de notre histoire sociale et culturelle.  Le projet que nous souhaitons concrétiser lors du hackathon est bien plus que de la technologie. Il vise une mise en relation d’éléments qui leur donnera encore plus de sens et une mise en réseau de passionnés autour d’un sujet commun. Nous avons bon espoir que les institutions de la mémoire collective accueillent avec intérêt les initiatives issues des cultures de la participation et du réseau.

Il est primordial que  la mémoire de cet événement ne se perde pas et qu’il soit possible aux générations futures de découvrir ce qui a amener le monde à Montréal et permis aux Montréalais de s’ouvrir sur le monde.