Archives pour l'étiquette contrôle

iPad au secours des vieux modèles ?

Le iPad est-il une autre bouée de sauvetage à laquelle le tenants du contenu payant peuvent s’accrocher ?

Les industries du contenu qui nagent à contre courant des changements technologiques et sociaux, pensent-elles avoir trouvé le moyen de convaincre les internautes de payer pour accéder à du contenu ?

Dématérialisation et perte de contrôle

Il est difficile pour certains industriels d’accepter les effets de la dématérialisation du contenu. En effet, les œuvres littéraires, musicales, cinématographique et autres ne sont plus indissociables de leur support (livre, disque, pellicule, journal, etc.).

Solution miracle ?

Tel que mentionné antérieurement dans un de mes billets, Résistance au changement et solutions miracle, l’une des solutions la plus en vue est d’utiliser un support physique pour contrôler l’accès au contenu (cas du journal qui fournit une imprimante avec l’abonnement à son édition numérique).

Envieuse du Apps Store de l’iPhone et du Kindle d’Amazon, l’industrie des médias attend beaucoup des développements technologiques qui lui permettraient de maintenir son modèle d’affaires traditionnel, basé sur le contrôle de la distribution et de la relation avec les lecteurs.

Modèle avantageux pour qui ?

Le modèle économique basé sur le contrôle de l’accès au contenu par le biais d’une technologie de distribution (Apple/iTunes pour les iPod et iPad; Amazon pour le Kindle) peut cependant s’avérer beaucoup plus payant pour le propriétaire de la plateforme que pour le producteur de contenu.

De plus, le producteur met un intermédiaire entre lui et sa clientèle, alors que la relation et la proximité avec la clientèle sont essentiels au marketing social.

Web 2.0 , vraiment ?

Why iPad Is Actually a theyPad
Why iPad Is Actually a theyPad

Comme l’a si bien formulé un commentateur sur Twitter : iPad est un outil de consommation, pas un outil de production.  Comme bien d’autres, un chroniqueur du New York Observer, fait remarquer qu’il s’agit plus d’un « theyPad » qu’un iPad, en démontrant la faiblesse de ses fonctionnalités participatives.

The iPad’s panoptical physical openness is also a step into a future where there is no longer the pretense of wise crowds. Rather, we are at the mercy of digital elites who impose their products and values on a crowd that is infinitely malleable and manipulable. Carrying our new tablets under our arm, able to use them to consume but not to create—to receive, but not to retort or dissent—we are all members of the new Consumertopia. It may be a flashy new wilderness, but it’s a wilderness nevertheless.

Un point de vue radical, mais qui expose cependant des ambitions de contrôle qu’on attribue plus souvent à Microsoft qu’à Apple.

Mais sommes-nous réellement passés d’une culture de consommation de contenus à une culture de création de contenus ?

Se priver de l’effet de réseau

Se limiter aux applications c’est délaisser  les avantages de l’Internet: diversité, sérendipité, dissémination et de là, se priver de l’effet de réseau. À ce propos,voici un billet de Florian Sauvageau, publié sur le blogue qu’il tenait lors de la production du documentaire « Derrière la toile, le quatrième pouvoir » :

Je relis souvent des données ou des explications que j’ai déjà lues.On cite souvent les mêmes personnes. Mais je peux difficilement ne pas les lire, de crainte de perdre une explication qui me permettra de mieux comprendre l’ensemble de la crise profonde qui transforme le monde du journalisme ici comme ailleurs. Curieux paradoxe enfin, l’immense majorité des articles que je consulte sur Internet proviennent de journaux ou de magazines-papier,qui sont les meilleurs analystes de leur propre infortune.

Passages : les éditeurs s'emparent des droits numériques


    Jugement Google/La Martinière : Alea jacta est ? « :: S.I.Lex ::

    La fin du droit d’auteur à l’ère numérique, a commenté Narvic, qui a signalé cet excellent billet de Lionel Maurel, sur S.I.Lex.

    Le billet commente le jugement concernant la numérisation d’œuvres littéraires par Google. Selon Lionel Maurel, le jugement est une décision qui conforte les titulaires de droits dans leur conception que rien ne doit changer en matière de gestion des droits d’auteur. Et ceci, même dans un environnement numérique où les usages, les pratiques et les modèles économiques sont irréversiblement modifiés.

    Les droits numériques appartiennent aux éditeurs

    [ce jugement] une pirouette qui en dit très long sur sa conception des rapports entre auteurs et éditeurs et qui me paraît assez inquiétante pour l’avenir :

    “en l’absence de revendication de ou des auteurs, la personne morale qui exploite sous son nom une oeuvre est présumée, à l’égard des tiers contrefacteurs, être titulaire sur cette oeuvre, quelque soit sa nature et de sa qualification, du droit de propriété incorporelle de l’auteur”

    Le poids de la preuve reviendra donc aux auteurs.

    Commentaires qui enrichissent la réflexion

    Il faut lire les commentaires d’Hubert Guillaud (rédacteur en chef d’InternetActu.net et auteur d’un blogue sur l’édition électronique) et de Narvic (ex-journaliste, contributeur à Slate.fr et auteur d’un excellent blogue de veille).

    Ce dernier signale, à juste titre,  qu’on ne fait que déplacer le problème en proposant des mesures de contrôle. Comme l’affirmait Michael Geist, lors des audiences sur la réforme de la loi canadienne sur la protection du droit d’auteur, il faut protéger la création et non les modèles d’affaires mourants.

La logique de l'abondance

La logique de l’abondance rend impraticables les modèles d’affaires actuels qui sont basés sur la rareté.

Le médium de communication qu’est le Web n’étant plus le privilège de quelques interlocuteurs, les standards et repères d’une certaine économie sont bouleversés par cette nouvelle redistribution des moyens.

Avec le Web est arrivée l’abondance : un choix toujours grandissant de contenus, de réseaux et d’outils. Quels sont les changements prévisibles de l’abondance sur les modèles économiques actuels, basés sur la rareté (contrôle de l’accès) ? Un économiste*** a tenté de décrire cette logique de l’abondance et ses conséquences sur les modèles économiques actuels, et également sur les organisations. En voici un aperçu :

Le développement de la logique d’abondance qui prévaut dans la nouvelle économie est étroitement associée à l’effet de réseau.

L’abondance repose sur les réseaux identitaires et la confiance; elle n’est donc pas favorable aux monopoles. Les stratégies traditionnelles de positionnement et d’établissement de standards deviennent donc éphémères et sans garantie de résultats.

La logique de l’abondance rend presque impraticable la fidélisation de la clientèle. L’abondance permet la liberté de choix: le paradis du consommateur.

***Article publié par Juan Urrutia Elejalde publié sur le web sous le titre La Lógica de la Abundancia. Ce monsieur est économiste et titulaire de la chaire d’analyse économique fondamentale de la Universidad del País Vasco, ou l’Université du pays basque (Euskal Herriko Unibertsitatea), prés de Bilbao, en Espagne. Mille excuses à l’auteur si mon interprétation ne rend pas justice au texte original.

Résistance au changement et solutions miracles

Envieuse du Apps Store de l’iPhone et du Kindle d’Amazon, l’industrie des médias attend beaucoup des développements technologiques qui lui permettraient de maintenir son modèle d’affaires traditionnel, basé sur le contrôle de la distribution et de la relation avec les lecteurs.

Une des solutions en vue : contrôler la distribution par l’intermédiaire du support.

Retour à l’impression

Les abonnés du Denver Post pourront imprimer leur version personnalisée du journal. Inspiré par le modèle des manufacturiers d’imprimantes et des entreprises de télécommunications (fournir le support pour facturer le bien/service consommable), le journal croit que les abonnés seront ravis d’obtenir une imprimante à rabais (rabais que le manufacturier compensera par la vente des cartouches d’encre). Aucun détail n’a été oublié:

« We’ll know when the printer is running low on ink, » Vandevanter said, « and we’ll know how much was used to print the I-Edition. » He added, « We’re not going to pay for the ink for you to print out your novel. »

MediaNews to Begin Customized Printing in Denver Homes Next Week

Annoncée, à tort,  comme un outil de micro-édition alors qu’il s’agit d’un service d’impression sur demande, l’Espresso Book Machine est une imprimante-relieuse qui permet de reproduire les ouvrages du catalogue auquel elle est reliée. Comme d’autres bibliothèques universitaires au Canada, la bibliothèque de l’Université McGill pourra mettre à la disposition des chercheurs sa collection de documents anciens dont elle a, d’ailleurs amorcé la numérisation. Cette technologie ne permet maleureusement pas d’exploiter les avantages de la numérisation des documents (recherche dans le texte et sur le Web, annotations, partage de notes).

Le règne de la micro-édition est-il arrivé ?

Contrôler le réseau (et les lecteurs)

La liseuse Kindle est l’outil de distribution d’une entreprise commerciale (Amazon). Le concept repose sur le contrôle de l’accès, de la présentation et de l’utilisation : le contenu est indissociable du contenant. Il n’est pas possible de lire un ouvrage acheté avec le Kindle sur un autre support, pas plus qu’il n’est possible de l’annoter ou d’en partager un extrait avec d’autres.

Comme le rapporte Jeff Jarvis dans sa chronique publiée par The Guardian, News matters so much more than what delivers it :

The problems with the Kindle could be – and no doubt will be – solved. The reader works wonderfully for books. But it also tries to turn a newspaper into a book, starting us on the first page of the first story and nudging us through its awkward user interface to proceed a page-turn at a time through the entire product, as we used to on paper. The digital among us, however, no longer read news in this way. Online, we search and link and flit and explore. We are in control of the experience, not some editor somewhere.

L’industrie en état de déni

L’industrie est en état de déni et refuse le changement.

Rupert Murdoch, propriétaire du groupe média News Corp., fait clairement connaître ses intentions quant à la distribution de ses contenus.

I can assure you we will not be feeding our content rights to the fine people who created the Kindle. We will control the prices for our content and we will control the relationship with our customers. Any device maker or website which doesn’t meet these basic criteria on content will not be doing business long-term with News Corporation.

News Corporation F3Q09 Earnings Call Transcript

****Pour comprendre les craintes de Mr. Murdoch face à Amazon, voir le billet de Joe Wikert qui explique pourquoi on trouve encore peu de magazines sur la liseuse Kindle : Getting More Magazines on the Kindle.  Il raconte également comment son employeur, O’Reilly Media, trouve son compte avec Amazon.

Pas de solution miracle

Mais voilà, il n’y a pas de solution miracle. Toujours Jeff Jarvis, précédement cité.

But no single gadget will be their saviour. None will bring back the good old days – if they were that – of news and the world delivered in neat little packages we paid for.

L’innovation s’est aussi l’adaptation au changement

Comme la plupart des observateurs de l’industrie le soulignent depuis déjà longtemps,  il ne s’agit pas de la mort des médias mais d’un changement de paradigme qui rend obsolètes leurs modèles d’affaires actuels (et ceux de bien d’autres industries, à long terme). L’industrie doit tenir compte des règles de ce nouveau pradigme pour innover.

Toujours le contrôle de la distribution

Il est intéressant de constater à quel point les patrons de presse ignorent ou feignent d’ignorer les ruptures qui interviennent dans leurs modèles d’affaires depuis l’évolution du Web et qui rendent irréversibles certaines tendances.

Également, il est étonnant (devrait-on s’en étonner) que les dirigeants de groupes de médias, au Canada et aux États-Unis, qui font des déclarations publiques sur l’état des médias ne parlent pas (ou si peu) de la pratique journalistique.

Rupert Murdoch clame que la gratuité des contenus est un échec pour les journaux tout en se félicitant que le Wall Street Journal ait conservé le modèle payant. Il proclame le retour à l’ordre normal des choses.

In just three weeks, 360,000 people have downloaded the Journal’s iPhone mobile reader. As you can imagine, we will soon be making them pay handsomely for the privilege of accessing the world’s best business news source.

Murdoch Leads the Charge on Paid Content

Barry Diller, propriétaire d’une trentaine de sites Internet, pour la plupart payants (comme dating.com), renchérit en prédisant le retour au contenu payant dans 5 ans. Il ne manque qu’une bonne technologie permettant de facturer, à forfait ou à la pièce, l’accès à tout contenu informationnel et, pourquoi pas, au Web.

The right billing system, broadly applied, would remove « one of the greatest bars of buying anything » which « is the steps it takes » to complete a purchase.

The entire Internet, in effect, would become an app – or content – store.

Barry Diller: The Internet ‘Absolutely’ Will Become a ‘Paid System’. Time Projection: Within 5 Years

On pense encore au contrôle de la distribution alors que le web a libéré le contenu du contenant et permet aux citoyens de consommer l’information à leur guise : elle peut être rediffusée (entre autres par RSS ou par des API adaptées à divers supports),  intégrée à d’autres contenus, commentée, remixée, mise en relation (liens) et cela, autant par les journalistes que par n’importe quel internaute.

Contenu, contenu, contenu

L’information qui est produite par les professionnels (journalistes) et diffusée par des entreprises (journaux) est un des enjeux les plus intéressants de la crise des médias (devenue expression courante). Peu importe le médium et les modèles d’affaires et de revenu du contenant, il faut à présent compter avec les lecteurs et le contenu devient alors beaucoup plus important qu’il ne l’a jamais été.

La publicité n’a plus besoin des médias

Mitch Joel, expert en marketing numérique, cite une sélection de très récentes constatations publiées à propos des médias. L’essor de la publicité en ligne, la diversité de ses manifestations possibles et  et les avantages inégalés du web en termes de ciblage et de mesure d’audience rendent beaucoup moins attrayante l’utilisation des supports médias.

Et cela est plus particulièrement remarquable dans l’industrie des journaux et magazines.

Le modèle d’affaires des journaux repose sur les revenus de la publicité. La production de contenus informationnels sert à attirer une audience qui justifie les tarifs proposés aux annonceurs. Jusqu’à présent, les médias traditionnels étaient les supports publicitaires incontournables.

Avec le web, la publicité a trouvé des moyens beaucoup efficaces de réaliser ses objectifs (rejoindre un marché spécifique, mesurer ses résultats et réagir rapidement). D’abord, sur le modèle traditionnel, par l’intermédiaire des plateformes numériques des médias, puis sans intermédiaire, en lien direct avec leurs marchés, grâce aux réseaux sociaux.

Les médias n’ont plus d’autre choix que celui de se réinventer

Si les journaux sont peu à peu délaissés par les annonceurs, ils devront enfin se recentrer sur leur audience et tenter de leur offrir des produits d’information qui sauront la retenir et la fidéliser. Les journaux devront s’en remettre aux journalistes pour produire une information différente de la production industrielle : enquête, analyse, historique, liens pertinents, outils de visualisation de données, etc.

Nous avons besoin des journalistes

Dans sa lettre ouverte aux journalistes, Peggy Holman (éditrice du livre The Change Handbook et contributrice du groupe de discussion Journalism that matters), la crise de confiance des lecteurs envers les journalistes (et les journaux qui les emploient).

If I – and others -believe that, why do so many of us seem hostile to the press? Because we feel betrayed. Where were you when we needed you? Where were your warnings about the state of the economy? About the lies of weapons of mass destruction? About the many stories closer to home that affect our lives and well-being? Did you miss the clues yourself? Did you know and not help us hear your messages? How could you let us down?

Et pourtant, comme Mme Holman le dit si bien,  nous avons besoin des professionnels de l’information pour cette tâche immense et essentielle de repérer des évènements et des faits, de les partager avec nous et de nous faire participer aux discussions sur ces sujets d’actualité.

I want your partnership to navigate these confusing times. You don’t need to guide me or be my gatekeeper. The fence is gone. I have the means to speak for myself. And if that makes you fear for your relevance, your ability to bridge the technical divide or the enduring values of journalism, know that we can help each other. I want you by my side – your skills, values, and all – as we, together, travel through this challenging time. Let us re-negotiate our commitments to each other.

Quelle valeur ajoutée apportez-vous?

Comme le rapporte Jeff Jarvis, une sommité du domaine du journalisme et des médias,  dans son billet Journalists, where do add value? , il ne sera plus possible de se contenter de rediffuser une information ou d’insérer un lien vers sa source.

Whether you’re a blogger or a new form of news organization, you’re going to have to ask with every move whether it will add value to the news ecosystem. If it doesn’t, you shouldn’t do it.

Peu importe le médium et le format, nous attendons des journalistes plus que la copie d’un communiqué d’entreprise ou le compte rendu d’un évènement. Alors que le web permet à chacun d’entrer en conversation avec d’autres, nous attendons aussi de pouvoir échanger avec les journalistes. Cependant, il semble que ce face à face en dérange ou en  insécurise plusieurs.

Communication bidirectionnelle

Comme le relève justement Emmanuelle Garneau-Gamache, spécialiste en marketing et en journalisme, on se préoccupait peu des lecteurs (ou consommateurs):

Dans cette histoire, on dirait que tout le monde ( journalistes / annonceurs / media ) s’arqueboute sur de vieux réflexes. Sans jamais prendre en considération l’essentiel: et le consommateur lui, il trouve ça comment ?

Ces consommateurs (d’information, comme de toute autre chose) ont acquis, grâce au Web, des rôles clés dans l’écosystème des médias. La communication n’est plus unidirectionnelle, mais bidirectionnelle.

L'hypermédiation profite aux intermédiaires

Très intéressante analyse de Frédéric Filloux du modèle d’affaires sur Internet, basé sur la publicité. Son billet, Advertising: real change must happen, examine les statistiques récentes des revenus publicitaires et met en évidence la domination de Google, le maître d’oeuvre d’un système très profitable (search ad, publicité contextuelle, surtout avec AdWords, achat de mots clés à l’encan).

L’hypermédiation: le règne des intermédiaires sur le Web

En 2000, Nicholas Carr avait publié dans Harvard Business Review, un article sous la thématique The Future of Commerce: Hypermediation: Commerce as Clickstream

Transactions over the Web, even very small ones, routinely involve all sorts of intermediaries, not just the familiar wholesalers and retailers, but content providers, affiliate sites, search engines, portals, Internet service providers, software makers, and many other entities that haven’t even been named yet. And it’s these middlemen that are positioned to capture most of the profits./…/

/…/the emerging economic structure of e-commerce: the profits lie in intermediate transactions, not in the final sale of a good.

Pour Carr, il était alors évident que deux types d’intermédiaires se partageraient la plus grosse part des revenus publicitaires sur le Web:

  • Les sites de contenu spécialisé qui occupent une niche (effet longue traîne).
  • Les entreprises dites, d’infrastructure comme les moteurs de recherche, serveurs publicitaires et réseaux d’affiliation, pour qui l’échelle et, surtout, l’innovation technologique jouent un rôle primordial.

The Web didn’t kill mediators. It made them stronger.

Pour Carr, en 2009, c’est l’hypermédiation qui est une menace pour les producteurs de contenu, plus spécifiquement, les éditeurs de journaux et de magazine. L’offre médiatique dépasse la demande.Il faut donc réduire la production, sinon les producteurs eux-mêmes.

Le coupable est, entre autres, la syndication de contenu. Celle-ci ne devrait pas être autorisée ailleurs que sur papier.

/…/it requires news organizations to begin to impose controls on their content. By that, I don’t mean preventing bloggers from posting fair-use snippets of articles. I mean curbing the rampant syndication, authorized or not, of full-text articles. Syndication makes sense when articles remain on the paper they were printed on. It doesn’t make sense when articles float freely across the global web. (Take note, AP.)

Google profite de l’hypermédiation

Frédéric Filloux, soulève le déséquilibre marqué des parts de bénéfices entre Google et ses partenaires (sites de contenus, médias).

But this strong performance comes with declining prices and a growing imbalance in Google’s favor, at the expense of its partners (i.e. media sites)./…/ You get it: media are getting less and less advertising dollars and euros from Google.

As many say, perhaps without realizing it, without intent, see the company’s Don’t Be Evil motto, Google is killing the golden goose as it preserves its fat (38%) operating margin. For many websites, especially small ones, working with The search engine becomes less attractive.

Ceci ajouté à cela:

Ce qui laisse entrevoir de possibles changements des modèles d’affaires.

La peur de ce qu'on ne comprend pas

Le Devoir, sous la plume d’un de ses collaborateurs, publie une critique (?) de l’édition française du livre d’Andrew Keene, Le culte de l’amateur – Comment Internet tue notre culture.

Le web est apparemment le seul médium de communication où on trouve de la manipulation, de la désinformation, des mensonges et des rumeurs non fondées, de la paresse intellectuelle, des pirates d’œœuvres protégées et surtout, des individus qui sont les agents d’une entreprise de destruction de la culture (avec un grand C).

Le collaborateur du Devoir, qui signe la critique du livre, semble ignorer que tous ces apparents méfaits se manifestent régulièrement dans les médias traditionnels.  Et que M. Keene se sert de ces démonstrations beaucoup trop sensationnalistes pour être justes pour se faire l’avocat d’un plus grand contrôle du Web.

On cherche encore l’approche critique dans cet article qui ne contient que des extraits du livre et dont la conclusion dénote la position de son auteur :

Fidèle à la méthode d’argumentation américaine qui procède par une dynamique combinaison d’anecdotes et d’idées afin d’illustrer une thèse, l’ouvrage d’Andrew Keen nous met efficacement en garde contre «le chaos démocratisé du contenu autoproduit», qui risque de tuer le meilleur de notre culture au profit d’une insignifiante culture de soi.

Pourtant, lors de la parution de la version originale du livre (The Cult of the Amateur), un critique du New York Times, qui n’est pas un évangéliste du Web, avait une perception plus nuancée des propos de M. Keene.

This book, which grew out of a controversial essay published last year by The Weekly Standard, is a shrewdly argued jeremiad against the digerati effort to dethrone cultural and political gatekeepers and replace experts with the « wisdom of the crowd. » Although Mr. Keen wanders off his subject in the later chapters of the book – to deliver some generic, moralistic rants against Internet evils like online gambling and online pornography – he writes with acuity and passion about the consequences of a world in which the lines between fact and opinion, informed expertise and amateurish speculation are willfully blurred.

Pris à parti, comme bien d’autres personnalités du Web 2.0, Jimmy Wales, le fondateur de Wikipedia, a directement répondu à M. Keene en mettant à nu son manque d’objectivité intellectuelle.

Voir la vidéo du débat entre Jimmy Wales et Andrew Keene.

Il aurait été de bon aloi de faire une petite recherche (sur le Web) pour trouver un bon nombre des arguments de M. Keene réfutés, ainsi que des démonstrations que le Web n’est pas plus méchant que les autres médias.

Lobbying intense des médias auprès de Google

Extraits de Media Giants Want to Top Google Results. Publié dans Advertising Age, 23 mars 2009.

En novembre 2008, lors de la dernière rencontre, sur invitation seulement, des membres du Publishers Advisory Council de Google, les géants des médias se sont fait plus pressants :

« You should not have a system, » one content executive said, « where those who are essentially parasites off the true producers of content benefit disproportionately. »

Ils en ont contre les critères des algorithmes de Google, dont le fameux PageRank qui repose entre autres sur le nombre de liens que reçoit une page. Les médias réalisent enfin combien les principes d’optimisation de contenu et la connaissance pratique des usages des réseaux sociaux sont importants. En ces temps difficiles où les annonceurs en veulent réellement pour leur argent, apparaître dans la troisième page de résultats sur Google est devenu alarmant.

Nouvelle charge des médias en janvier dernier :

/…/ Martin Nisenholtz, New York Times Co. senior VP-digital operations, got up at the annual Online Publishers Association summit in Florida, an event closed to the press, to blast both the algorithm and the results presentation on the screen.

Mais c’est le 30 avril, à la prochaine rencontre privée du Publishers Advisory Council, de Google que les grands éditeurs prévoient agir de concert pour obtenir une réponse à leur demande (et un engagement clair):

They’re also beginning to cast around for new leverage. Publishers on both sides of the Atlantic are increasingly adopting the Automated Content Access Protocol, which intends to tell search engines what they can use and how. It’s focused on copyright, but widespread adoption might give publishers new clout with Google.

Voir commentaire critique d’Ars Technica, A Skeptical Look at The Automated Content Access Protocol, sur le procédé.

Les grands médias ne profitent-ils pas eux aussi des efforts des autres joueurs (blogueurs, nouveaux médias, communautés) plus audacieux qu’eux sur le web?

Christian Marclay et l'avenir du disque

Sérendipité: Christian Marclay et l’actualité

Visite, en famille, de l’expo Christian Marclay, REplay, à la Fondation DHC et série d’articles du Devoir sur la crise de l’industrie du disque. La vidéo Record Players, 1984, souligne la fragilité du support. Le processus de destruction rythmée des disques est, en soi, une création sonore.

Le disque de vinyle, ce support incongru, par sa fragilité et son mode d’utilisation, aux yeux de ma fille de 17 ans qui n’utilise plus que des fichiers mp3.

Série d’articles du Devoir (21 mars 2009) sur la crise de l’industrie de la musique au Québec.

ADISQ – Les rencontres (15 et 16 avril 2009)

On a l’impression que l’industrie de la musique commence enfin à comprendre le changement en marche depuis le début des années 2000 (Napster, Kazaa).

Rencontres québécoises de l’industrie de la musique, le grand rendez-vous annuel des professionnels du monde de l’enregistrement sonore, du spectacle et de la radio, au Québec. Avec la multiplication des services en ligne et des dispositifs de communication sans fil, la musique, toute la musique, est désormais accessible en tout temps, en tout lieu, avec une offre de plus en plus personnalisée aux goûts et préférences de l’utilisateur.

Les solutions proposées par l’industrie pour régler la crise sont principalement de nature juridique et financière (licence globale: facturer les fournisseurs d’accès Internet).

Aucune amorce de réflexion quant au modèle d’affaires, toujours basé sur le support physique. Que fera-t-on lorsque que la virtualisation (cloud computing) aura été massivement adoptée ?

Malgré les très nombreuses études et publications qui font l’analyse des changements qui frappent l’industrie de la musique, celle-ci semble ne s’intéresser qu’aux moyens de protéger ses revenus (ce qui est légitime, tout comme la protection du droit d’auteur). A-t-elle fait cas de ce qui a amené tant d’amateurs de musique à transgresser les lois ?

Ce que les plateformes d’échanges permettent (au delà de la gratuité de la copie):

Communautés d’intérêt (découvrir d’autres musiques avec ceux qui partagent les mêmes goûts que moi, et non me faire pousser un palmarès dicté par des impératifs de marketing ou par la moyenne des ours, soit  l’amalgame des préférences d’individus sans intérêts communs).

La possibilité d’écouter gratuitement un nombre illimité de titres juste pour la découverte. Ne pas regretter ses coups de tête du moment (combien de CD achetés pour une chanson à la mode, rendue kétaine le mois suivant ?).

Sélectionner un titre et ne pas être obligé de prendre tout l’album.

Le plus vaste catalogue d’œuvres (du plus commercial au plus petit bout de la queue de la longue traîne).

Pas de barrières géographiques. Quelque soit votre pays de résidence, le système n’utilisera pas le géopositionnement (adresse IP) pour vous interdire l’accès au contenu. Très utilisé pour la distribution de vidéos, notamment par iTunes, ce système encourage les internautes à se tourner vers les sites de téléchargement illégal alors qu’ils seraient prêts à payer pour une copie de bonne qualité.

Ce que les plateformes d’échanges n’offrent pas:

Des enregistrements de haute qualité (et complets).

Des métadonnées structurées et exactes (interprètes, auteurs, titre, titre alternatif, instruments, historique de publication, et pourquoi pas, les paroles en v.o. et leur traduction).

Réinventer le modèle

L’avenir de l’industrie de la musique passe par la réinvention du modèle d’affaires, qui ne peut plus être basé sur la distribution d’une galette de plastique. Un modèle qui doit faire une place importante au public (il serait temps de s’intéresser à la communautique, pas uniquement à Facebook, mais à l’appropriation des technologies et des médias de communication par les citoyens).